Banana Fish - Actualité manga
Dossier manga - Banana Fish

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Sommaire

Publié le Jeudi, 25 August 2011


Paradise City at Heaven’s door


Le personnage d’Ash est bien évidemment le point central de toute la série. D’un côté ange, de l’autre démon, tous les protagonistes de Banana Fish s’accordent à dire que ce complexe chef de rue affiche bien d’autres visages que celui, impitoyable, qu’il montre à ses ennemis. Tantôt doux, tantôt féroce, il oscille entre sa grande humanité et la réalité de la vie qui l’oblige à mettre de côté, parfois, ses valeurs et ses désirs de paix. Entre admiration et passion, le lecteur découvre peu à peu qui peut bien être ce personnage aux multiples facettes et à la construction très habile. On constate en premier lieu que ce protagoniste, malgré tout ce qu’il met en œuvre pour s’en protéger, sème le malheur autour de lui. Cela semble être une fatalité chez lui, et c’est d’ailleurs sa plus grande peur et la raison pour laquelle il a du mal à faire confiance et à s’attacher. Entre ses amis, ses proches et jusqu’aux membres de sa famille, Ash amène les ennuis avec lui et partout où il passe, ses ennemis le suivent. Quitte à se venger de sa diabolique capacité à leur échapper sur d’autres, innocents et peu en mesure de se défendre. Tout est bon pour le toucher, alors, et parfois le chantage devient une arme redoutable lorsqu’il est pris au sérieux par Ash, qui n’a pas toujours de véritable choix entre sa liberté et la vie de ses amis les plus chers ... Il est alors toujours sur le qui vive, prêt à toute éventualité, prêt à perdre tout sur un simple faux mouvement. Chaque combat met en jeu toute sa vie, et notamment la liberté qu’il recherche tant, sans avoir à obéir à quiconque. C’est sans doute pour ça qu’on le compare à un lynx, tant il est à la fois sur la réserve en défense et paré à l’attaque, en sortant les crocs aussi rapidement qu’une bête féroce. On se délecte de l’aura qui se dégage de ce regard de défi perpétuel, qui sait s’inquiéter notamment pour Eiji, qui aurait dû plus que tout autre être tenu à l’écart de la cruauté du monde de la mafia et du commerce de drogues. Cet univers, rempli de mystères dans lequel il se plonge malgré le danger, va induire une lutte cruelle pour la victoire, où l’on découvrira un Ash transformé, d’un dynamisme et d’une précision incroyables mais aussi, malheureusement pour son âge, d’une absence totale de pitié et d’une conviction sans égales. Ce qui nous amène devant un impact incroyable sur le lecteur, qui est totalement happé par la rapidité d’exécution de tout cela, par la violence que doit gérer un adolescent, et par l’importance qu’il place dans l’amitié qui le lie avec ses proches.

Bien triste histoire que l’on découvre au fur et à mesure, alors que l’auteur nous en livre toujours un peu plus sur son héros qui, derrière la violence de ses actes et la combattivité de ses idées, peut se révéler bien touchant malgré lui. Certains moments de calme nous révèlent alors la profonde humanité qui se dégage de lui, avec ses failles et ses anecdotes passées qui demeurent encore présentes, des années après. On peut citer beaucoup d’exemples, mais c’est bien sûr face à Eiji que ceux-ci auront le plus d’impact. Quand ils se disputent pour le menu du jour, quand ils partagent un moment complice au retour d’un affrontement particulièrement violent, quand ils se comprennent d’un seul regard et qu’Ash, qui se sent alors enfin en sécurité, s’abandonne aux larmes dans ses bras. Ces instants là seront sans aucun doute les plus forts du manga, puisque si le lynx se montre ainsi c’est qu’il est totalement ouvert et abandonné aux bons soins de son ami, livré à lui-même et enfin suffisamment serein pour extérioriser sa peur, sa tristesse qui existent bien sous son masque de dureté indéfectible. L’instant où il dit au revoir à Eiji tout en sachant qu’il ne retournera pas le voir avant son départ au Japon est également un moment particulièrement touchant. On sent en effet que les deux adolescents ont du mal à s’exprimer avec des mots corrects alors qu’ils s’apprécient particulièrement sans toujours arriver à se comprendre. Venir de deux mondes différents n’a rien d’évident, et Ash préférera ici protéger son ami plutôt que de céder à son égoïsme de le voir rester à ses côtés pour l’accueillir après sa vengeance, pour lui souhaiter la bienvenue chez lui. Et, tout au long des épreuves que le jeune homme traverse on ne se demande toujours qu’une seule chose, inexorablement. Ash va-t-il trouver ce bonheur auquel il aspire, ou du moins retourner à un univers qui ne lui porte pas plus de préjudice que tout ce qu’il a connu ? Mais un autre problème se pose, est-ce-que l’adolescent grandi trop vite est capable de retourner dans le « avant » en connaissant les bienfaits d’être aimé, d’avoir un regard bienveillant qui se pose sur soi où que l’on aille, quoi que l’on fasse ? Car plus le récit avance, plus il comprend ce genre d’émotions et d’attentions, et plus replonger dans son quotidien de violence et d’horreurs lui est difficile. Entre accepter de se livrer un peu et savoir retrouver toute sa morgue, Ahs y parviendra-t-il ? Vaut il mieux s’adoucir, quitte à devenir plus faible et risquer de perdre sa liberté ou bien refuser l’aide que l’on nous propose et rester distant, froid et dur, mais éternellement libre ... et seul ? Voilà tout le paradoxe de ce personnage, tout ce qu’il nous propose en réflexion et en difficultés. Dès les premières pages, Ash interpelle, fascine, par un caractère rebelle sous lequel on devine sans peine ses faiblesses, son jeune âge et la réalité d’une vie qui n’a pas dû être facile tous les jours. Il nous fait immédiatement l’effet d’un gosse qui aurait grandi trop vite, de force et dans la rue si bien qu’on aurait presque envie de le protéger. Presque, le pistolet qu’il nous braque dessus dès la couverture du premier tome nous tenant légèrement en retrait ...





Attardons nous un instant sur l’affreuse réalité de ce manga. Le monde décrit par Akimi Yoshida est rempli d’horreur(s), de violence, de meurtre, et autres abominations que ne devraient pas connaitre les adolescents qui en peuplent les pages. En effet, certaines recrues des gangs de NY sont particulièrement jeunes (on pense à Skip ou à Sing), d’autres sont à peine adolescents, et ce pour la plupart. Ainsi, à l’âge où normalement on découvre les joies des relations humaines, où l’on apprend à se connaitre soi-même, où l’on va en cours à reculons et où l’on attend les vacances avec impatience ... d’autres ne connaissent même pas certains de ses concepts. Si Eiji fait alors figure de personnage normal et représente l’idéal habituel, du moins en terme de tranquillité, l’auteur nous le décrit comme un jeune japonais mal dans sa peau, blessé dans son estime et déprimé au point de revivre dans un univers qui, s’il n’est pas le sien, le fascine. Pourtant, des épreuves très dures attendent les plus jeunes de ces héros d’un jour. Entre Eiji qui se retrouve plongé dans tout ce marasme de violence, Shorter qui doit obéir à son clan plutôt qu’à son amitié, Yut-Lung dont la méchanceté a été créée par la trahison des siens, ... Ces vies si peu avancées qui sont, bien plus que celles de Dino ou ses subordonnées plus avancés en âge, plongées dans un affrontement sanglant et difficile mais bien réel. Comme s’ils ne représentaient parfois aux yeux des grands pontes de ces univers que de la chair à canon, des moyens de pression, des microbes insignifiants. Mais le pire sera sans doute, en fin de série, la guérilla menée contre Fox. Nous ne détaillerons pas ici les tenants et aboutissants de cet affrontement, en nous attardant seulement sur l’impact de ce combat, ridicule en soi. Ash décide ainsi de se confronter à Fox dans un combat de stratégie et d’intelligence contre des professionnels, lui l’adolescent qui a simplement vu trop de choses pour son âge. Ce petit jeu du chat et de la souris va laisser de nombreux morts dans le sillage de Fox, qui tuent tous ceux qui se trouvent sur sa route, qu’ils soient des enfants ou non, qu’ils sachent quoi que ce soit ou non. C’est donc l’hécatombe des voyous de New-York, et Ash sait très bien qu’il ne pourra pas longtemps fuir à l’infini en laissant se faire massacrer ses hommes ou ceux des gangs adverses. Ce moment de lecture se fait d’ailleurs sur un ton horrifié, par rapport au décalage qu’il existe entre les deux clamps qui s’affrontent sans pitié. D’un côté, des gamins des rues peu entrainés si ce n’est au commandement de caïds, au tir approximatif et à la bataille en bonne et due forme. De l’autre, des machines à tuer et à gagner, des monstres de préparation, de précision et sans aucune pitié.

Enfin, on notera que l’auteur aborde tous les thèmes qui peuvent entrer dans la construction de ses personnages, avec une ambiance sous-jacente toujours glauque même si elle n’est jamais directement détaillée. Les sous entendus, les aperçus qu’on en a, tout cela nous permet d’imaginer l’ampleur que ces situations prennent dans un contexte plus réel. En vrac et pour l’exemple, on retrouve Ash en prison où les pratiques de viol homosexuel par celui qui cogne le plus fort sont largement mises en avant. C’est un thème récurrent dans cet univers carcéral, pourtant la mangaka ne s’en sert pas uniquement pour servir l’horreur ou le dégoût que l’on a de ces comportements, mais d’avantage pour soulever la grande force de caractère de son héros, ainsi que son lourd passé qui le suit à la trace et l’a rendu plus résistant face aux épreuves de la vie, envers et contre tous ceux qui tentent maladroitement de l’atteindre en se fiant à son visage d’ange. Mais les sévices physiques ou sexuels commencent bien avant, jusqu’à son enfance, là où il a grandit, où une mésaventure plus que fâcheuse l’aura déjà plongé dans le monde horrible des dérives sexuelles de certains individus peu scrupuleux, incapables de résister à sa beauté si lisse et attirante. Les vices de l’homme ne s’arrêtent pourtant pas là dans la découverte pour notre héros, puisqu’il est un temps soumis à Dino Golzine. Ce dernier l’a longtemps vendu dans un des bars qu’il dirige, à certains grands politiques et hommes de confiance dans cette société, décidemment pourrie jusqu’à la moelle. L’auteur met ainsi en relief les plus durs moments de la vie d’Ash, sans jamais nous en parler réellement, sans jamais nous en montrer les images. Tout repose sur notre imagination, et c’est sans doute cela qui rend le tout si dégoutant. Ce qui l’est presque plus quand l’aspect sexuel disparait et que Dino souhaite exploiter l’intelligence de son ancien subordonné, qu’il décide d’adopter en tant que fils. C’est tout autant monstrueux, d’autant plus qu’en prenant le statut de père, Dino n’a pas gagné en tendresse ni en sympathie, juste en aplomb et en puissance sur Ash. Il veut le briser par tous les moyens possibles, le détruire comme il pense l’avoir créé. On peut aussi parler de la haine entre notre héros et Arthur, une lutte dans laquelle aucun ne peut survivre tant que l’autre n’est pas mort, mais également du viol de la femme d’un personnage que l’on connait bien, des expériences humaines que Dino n’hésite pas à plébisciter pour explorer la drogue du Banana Fish en laquelle il place de grands espoirs ... Et bien sur de Fox, personnage haïssable par excellence. Et pourtant, de Golzine ou de Fox on ne saurait dire qui est le pire, ou alors notre instinct virerait vers celui qu’on déteste pourtant tellement pour avoir violé, prostitué et molesté Ash. Car Fox est pire, il fait ressurgir les vieux fantômes de notre héros sans la moindre compassion et sans la moindre tendresse à son égard, ce qui le rend impitoyable alors que Dino, au moins, laissait passer certaines choses.



BANANA FISH © 1987 Akimi YOSHIDA/Shogakukan Inc.

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