Banana Fish - Actualité manga
Dossier manga - Banana Fish

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Publié le Jeudi, 25 August 2011


I Welcome to the Jungle, sweet child o’mine


En premier lieu, il convient sans doute de tenter de définir ce manga qu’est Banana Fish. Si l’on se contente d’un simple mot, c’est un shojo. Mais les exemples qu’on peut avoir de ce genre nous viennent à l’esprit, avec des histoires d’amour souvent lycéennes, des grands yeux remplis d’émotions, des situations très fleurs bleues qui permettent de combler le besoin de romantisme des lectrices. Toujours, une histoire d’amour se glisse entre les pages pour nous emmener à la découverte de beaux sentiments. Eh bien dans le grand débat du classement des mangas dans un genre ou dans l’autre, on ne positionnerait sans doute pas Banana Fish dans cette catégorie. Ou plutôt, il prendrait plusieurs places sous différentes appellations pour expliquer ne serait-ce qu’un peu ce qu’est cette lecture. Il en a en effet tous les codes : un jeune adolescent en guise de héros pour le shonen, des thèmes violents et sans aucune censure sont abordés, pour la maturité du seinen ou plus simplement le développement des émotions et l’auteur, une femme, ce qui le rapprocherait plutôt du shojo dans lequel il a finalement atterris. Mais c’est plutôt l’image d’un vieux roman policier qui nous vient à l’esprit : à la fois très simple, et si complexe qu’on ne saurait réellement le définir. Une relique, certainement, comme on n’en fait plus à présent en matière de genre, tellement qu’il aurait fallu un mot tout spécifiquement qui soit inventé pour l’occasion. Voilà, voilà à quoi on doit s’attendre en lisant Banana Fish. Bien que ce ne soit pas tout à fait terminé ... En effet, beaucoup lui ont donnés l’étiquette de « yaoi » ou du moins de « boy’s love » à sa sortie. La raison de cette curieuse distinction ? L’amitié qui lie les deux héros, plus profonde qu’une simple relations de copinage et pourtant pas celles de deux amants. Le genre se faisant rare en France à l’époque de sa sortie, cette idée lui a rapidement collé à la peau, n’étant en rien arrangé par les images de l’artbook, que les chanceux trouveront facilement sur internet. Cela a sans aucun doute influé sur les ventes désastreuses de la série à l’époque, pour un public qui pouvait s’arrêter à la rumeur sans chercher plus loin.

Pourtant, cette fameuse amitié est l’un des fondements du récit. Celui-ci est en effet basé sur trois concepts clairement ancrés dans la narration et qui définisse bien la lecture qu’on en a : un anti-héros, clairement représenté par Ash qui se montre violent, parfois égoïste, se plaçant dans un camp de gangs de rue qui ne font pas que gentiment fumer dans un coin. C’est le caïd, celui qui ne cherche pas le moins du monde à sauver le monde et se fait sa justice lui-même. Pire, il trempe dans un monde répréhensible et dangereux, n’a d’autre morale que ses valeurs personnelles et se moque bien de la loi quand il s’agit de survivre. Il lui faudra obligatoirement un ennemi juré, une Némésis qui en l’occurrence se trouve être son exact opposé : calme, très professionnel et jamais impulsif, en plus d’être extrêmement détaché de tout, Blanca est l’image que l’on attend longtemps pour contrer la suprématie d’Ash et faire basculer le récit. C’est lui seul qui peut l’affronter réellement, mais également le comprendre parfaitement. Son mentor, Blanca représente la faiblesse d’Ash, ses failles et son seul véritable adversaire. Le blanc et le noir, en quelque sorte, bien que l’on ait du mal à classer l’un dans le camp des gentils et l’autre dans celui des méchants. Tout est bien plus ténu et complexe que cela entre le maître et son élève, et seul l’un peut tenter de comprendre l’autre, sans toujours prévoir la moindre de ses réactions cependant. Enfin, l’amitié évoquée plus haut, qui est la base de l’histoire, son fondement et ce qui la porte du premier tome jusqu’au dernier. Cette relation étrange, que l’on croit tantôt amicale, tantôt amoureuse, tantôt fraternelle. Eiji et Ash sont en fait tout cela à la fois l’un pour l’autre, et se suffisent amplement l’un à l’autre. C’est de là que se construit réellement le récit, et non pas des oppositions entre clans que l’on découvre pourtant rapidement. Sans cela, l’affrontement n’aurait pas eu la même saveur, les combats non plus. C’est sans doute aussi de là que vient l’importance des sentiments dans ce manga, et donc sa catégorisation en tant que shojo. Toujours est-il que c’est l’un des trois piliers de l’aventure Banana Fish, et non pas, comme son nom l’indique, le mystérieux produit appelé ainsi.
 
 


Pour revenir sur les fondements du manga, il faut s’attarder sur les inspirations d’Akimi Yoshida. L’Amérique l’a longtemps fascinée par ses œuvres, et elle a à plusieurs reprises fait de la culture américaine le paysage de ses histoires, ce qui justifie le lieu de déroulement d’un de ses plus gros succès. De plus, deux univers littéraires l’ont guidée sur les fondamentaux de Banana Fish. Le premier est une histoire courte de J.D Salinger « Un jour rêvé pour le poisson banane », qui lui a soufflé le Banana Fish en lui-même, l’autre est « Les neiges du Kilimandjaro » d’Ernest Hemingway, où il est plusieurs fois fait référence à la comparaison entre le léopard de ce roman et l’attitude d’Ash, son envie de se battre et de survivre jusqu’au sommet. C’est d’ailleurs en grande partie ce qui justifie les nombreuses illustrations du « lynx » et d’un léopard, dont les pensées sont les mêmes selon Yoshida. Enfin, sa dernière inspiration vient d’elle-même ! En effet, avant la sortie du premier chapitre de Banana Fish, Akimi Yoshida avait déjà créé l’univers et pensé les personnages. Il existe ainsi un one-shot appelé « Private opinion » paru en avril 1995 qui rassemble deux parties. La première nouvelle, éponyme, est écrite à la fin de l’année 1994 mais pense déjà les personnages importants de Banana Fish. En effet, elle permet à l’auteur de nous faire découvrir la rencontre entre Ash et Blanca, il y a de ça bien longtemps. La seconde nouvelle, « Fly boy, in the sky », nous présente ce qu’était le quotidien d’Ibé et Eiji avant leur départ pour l’Amérique. Notamment, les raisons qui les ont poussés à entreprendre leur voyage, chose assez mystérieuse dans le manga Banana Fish. Et c’est donc après ces deux extraits de vie que l’auteur se lance dans l’écriture de son œuvre, preuve que cette histoire, chère à son cœur, était élaborée depuis longtemps et qu’il ne lui restait plus qu’à nous la faire partager ... Notons finalement que même après la fin de son manga, l’auteur ne lâche pas complètement ses personnages tout comme elle les as laissé s’exprimer avant la parution de la série. Ainsi, on peut retrouver un des personnages de Banana Fish dans « Yasha » et « Eve no Nemuri », sorte de prologue en cinq tomes de « Yasha ».



BANANA FISH © 1987 Akimi YOSHIDA/Shogakukan Inc.

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