Dossier manga - Area 51
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Publié le Vendredi, 23 Febuary 2018


La ville où règne la folie


Pfiou. A force de parler, j’en ai le gosier asséché. Vous m’excuserez, le temps d’attraper un verre propre et de dégoupiller ma bouteille. Un peu de whisky, voilà qui rafraichit. C’est bon, on peut continuer. Hé, pour tout vous dire, je me croirais presque en interrogatoire, mais pas du côté que j’préfère. Enfin bon, je peux bien vous accorder cette faveur. Laissez-moi juste me resservir une goutte avant.
  
  

  
  
Donc j’vous parlais des apparences trompeuses. Je maintiens ce que j’ai dit. Ceci dit, parfois, faut pas chercher midi à quatorze heure non plus. Ce bon Masato Hisa, parfois, quand il me racontait ses histoires, il voulait juste faire de l’humour sans chercher plus loin.  Et si y’a une chose que je me dois de dire, c’est que le bonhomme est pas mauvais dans son domaine. C’est surtout qu’il fait jamais des blagues bêtes et méchantes. Non. Pour faire un peu d’esprit, j’dirais qu’il y a de la finesse dans sa folie. Puis il y a de la mise en scène, et tout ça, des choses développées. Faut aussi dire que certaines de ces vieilles légendes de l’Area 51, elles ont quand même un peu périmé avec les siècles écoulés. Y’en a certaines qui sont plus très bien dans leurs bottes et qui ont un sacré paquet d’araignées au plafond. Mais faut pas s’leurrer, c’est aussi pour ça qu’on les aime. Prenez ces deux gosses que j’ai croisés l’autre jour là. Hensel et Gretel qu’ils s’appelaient, me semble. De vrais petites gueules d’anges. Bon, d’accord, ils avaient troqué leurs friandises contre un katana et un naginata. Mais à priori, tant qu’vous êtes pas apparentés à une sorcière, z’avez pas de soucis à vous faire, vous savez.

Le truc, c’est que j’suis quand même bien content que les gens, dans l’Area 51, ce sont de bons boute-en-train. Comme j’vous en ai déjà parlé, la vie ici-bas, c’est pas tous les jours la joie. Au contraire. C’est un peu comme la météo dans le nord. Un jour y’a un rayon de soleil, le lendemain il pleut des hallebardes. Ca change comme ça du tout au tout, sans crier gare, et on est bien contraint de se laisser prendre au jeu. Y’a rien qu’on puisse y faire. M’enfin, pour quelqu’un qui se contente de regarder, ça devrait plaire, ce genre de montagnes russes. Puis faut avouer que si les virages sont serrés, ils sont drôlement bien négociés. Masato Hisa, il sait de quoi il parle. Puis surtout, il sait comment en parler. C’est comme ces gens capables de mettre en scène tout et n’importe quoi, comme s’ils avaient repris le meilleur de tous ces films, de toutes ces scènes qu’on a vu dans notre vie.
  
  

  
  
Du coup, je me dois quand même de vous prévenir. Pour vous plaire dans l’Area 51, faut quand même pas être trop rigide. Si vous êtes du genre à geindre parce qu’on mélange les choux et les carottes,  mieux vaut passer votre chemin. Ici, tout est permis. Il n’y a de loi que jusqu’où va votre imagination. Et j’vais vous dire, c’est très bien comme ça. C’est ça qui lui donne son charme à ce taudis. Si j’risquais pas de me faire courser par un golem après avoir fait un tour de la ville perché dans les airs, suspendu à un Tengu, ben je crois bien que je m’ennuierais ferme. Heureusement, dans cet endroit, ça, ça risque pas d’arriver. Faut donc vous accrocher. Et faut pas avoir froid aux yeux ni être trop pointilleux. Mais ce qui est sûr, c’est qui si vous correspondez au genre de la maison, vous risquez bien de prendre votre pied comme rarement auparavant.  Et ça, c’est moi qui vous le garantis. Ici, c’est pas de la fantasy, c’est pas de la science-fiction. Dans le jargon, y’a même pas de mot pour décrire ce qu’on peut y voir. J’dirais que c’est un joyeux foutoir. Mais ce qui est dingue dans tout ça c’est que, on n’sait trop comment, tout ça tient ensemble d’une manière ou d’une autre. Et c’est pas un coup de vent qui suffirait pour faire s’écrouler le bazar. Mine de rien, le mangaka là, Hisa, c’est un fichu bricolo pour arriver à ce résultat-là. Et sa construction, dans le genre moderne retro improbable et détonant, elle vaut le coup d’œil.
  
  
  


© Masato Hisa 2011 by SHINCHOSHA PUBLISHING CO

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