Arago - Actualité manga
Dossier manga - Arago
Sommaire

Publié le Jeudi, 10 April 2014


Shônen d’action, mythologie occidentale

 
 
Arago est un shônen où le surnaturel domine et constitue l’âme de la série, l’originalité de l’univers, et lui donne toute sa fraicheur. Néanmoins, Takahiro Arai n’a pas sélectionné un bestiaire au hasard pour composer son histoire, bien au contraire. Le plus souvent, le cadre d’un titre d’action visant le jeune public est le Japon et, par conséquent lorsqu’il est question de mythologie, les croyances sont japonaises. D’autres pans du patrimoine nippon, notamment les œuvres du studio Ghibli, ont prouvé que les artistes japonais aiment retranscrire le folklore du pays du soleil levant, leur propre culture. Pourtant, Arai n’est pas de ce genre et affectionne d’avantage l’identité occidentale. Il nous l’a prouvé en dessinant l’adaptation manga de Darren Shan, et développe une nouvelle fois ses inspirations à travers Arago qui se déroule dans une Angleterre moderne. Une nouvelle fois, le lecteur explore le paysage britannique et observe les inspirations culturelles du mangaka.

D’une manière globale, Takahiro Arai pioche dans les différentes mythologies européennes lorsqu’il n’explore par le folklore irlandais. D’autres créatures, elles, semblent tout juste inspirées mais résultant néanmoins de l’imagination du mangaka, tandis que d’autres sont des créatures mystiques bien connues telles que les loups-garous. Parfois, les entités sont liées à des pratiques occultes, une autre thématique qui a beaucoup inspiré l’auteur. Plus particulièrement, il y a un artiste qui revient souvent tout le long du titre : William Blake. Peintre et poète anglais des XVIIIème et XIXème siècles associé au Romantisme, l’œuvre de Blake s’est caractérisée par une série de titres prophétiques venant caractériser sa pensée. En résulte une mythologie qui a marqué Takahiro Arai, à tel point qu’il arrive à Seth, dans le récit, de citer Blake.
 
  
  
 
 
Les créatures surnaturelles sont ainsi variées dans Arago mais illustrent les inspirations européennes de l’auteur. Certaines bestioles sont, de nom, connues du tous, notamment le loup-garou ou même les gremlins, cette fois issus directement de leurs origines plus que du film de Joe Dante. Les diverses entités forment le point culminant de chaque intrigue et représentent souvent le défi à relever pour Arago. Il ne faut pas parler systématiquement d’ennemis mais plutôt de sources de mystères, des enquêtes que le détective en herbe se devra de résoudre. Quelques-unes de ces entités deviendront des alliés de choix, de véritables mascottes que nous retrouverons de manière régulière dans l’histoire et qui formeront l’entourage peu commun de notre héros, l’aidant souvent dans ses combats et investigations. Pour certaines bestioles, il convient même de parler de personnages à part entière plus que de créatures, comme Beggar, le crâne doué de parole qui accompagne Arago dans son aventure, ou encore Guri-Guri, le gremlin aussi mignon qu’attachant. Toutes ces entités doivent leur capital sympathie et leur intérêt à leurs origines. Il n’est pas dit, en effet, que le scénario de chaque histoire serait aussi intéressant si le bestiaire était similaire à ce que l’on voit le plus souvent dans les titres du genre. Le lecteur occidental se trouve ainsi en terrain connu et n’est dépaysé qu’indirectement. Pour lui, le chamboulement est d’avoir affaire aux inspirations occidentales de l’auteur qui nous livre pourtant un titre d’action tout ce qu’il y a de plus classique. Certaines œuvres nippones se sont déjà inspirées ouvertement de la culture européenne, par exemple Saint Seiya qui reprend la mythologie grecque dans un cadre purement nekketsu, ou encore le jeu vidéo Persona 3 dont les entités sont inspirées de cette même mythologie, mais rarement de cette façon.

Mais Takahiro Arai ne fait pas que puiser ci et là dans les différents pans de la culture européenne et, s’inspirant de la mythologie de notre beau continent, créée lui-même ses propres mythes. L’intrigue, évoquée rapidement, ne survient véritablement qu’au bout de quelques volumes et porte pour nom les « trésors d’Erin », des artefacts octroyant des dons incroyables à leurs porteurs, la marque de fabrique du titre qui aboutit à une trame scénaristique plus dense et palpitante. Nous avons évoqué plus tôt la difficulté pour l’auteur à lancer véritablement son récit, les trésors d’Erin forment la bonne idée du mangaka, une légende à part entière qui se marie à merveille avec les inspirations du dessinateur en plus de créer un fil rouge dans le titre, amenant des situations classiques pour un shônen d’action mais vraiment bien menées. Après lecture des neuf volumes qui composent la série, on peut penser que le concept trainait dans la tête de l’auteur dès l’ébauche du premier chapitre, mais que ce dernier a mis un certain temps pour exploiter correctement ses idées. Et si la mythologie propre à Arago est vraiment intéressante, il se peut que le lecteur reste sur sa faim tant il manque au récit quelques informations quant à l’origine de ces joyaux mais aussi un développement de leurs particularités.
 
Quand on évoque les atouts d’Arago, voire simplement ses particularités, il convient de développer toute cette dimension mystique. Les inspirations de Takahiro Arai donnent une véritable identité à l’œuvre et même si on repère chez l’auteur certaines difficultés à exploiter correctement ses concepts, le tout permet un voyage dépaysant et conduit à une intrigue finalement passionnante.
   
  

ARAGO © 2010 Takahiro ARAI / Shogakukan Inc.

Suivre les commentaires du dossier

Ajouter un commentaire

*


Le code HTML est interprété comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Si vous voulez créer un compte, c'est ICI et c'est gratuit!

> Conditions d'utilisation
MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News