Dossier manga - Anedoki
Sommaire

Publié le Vendredi, 14 May 2021


Une comédie romantique typique de son autrice


Mizuki Kawashita a une belle expérience dans le domaine de la comédie romantique. Avec Ichigo 100%, elle est même devenue une fière représentante du genre côté shônen, notamment en ce qui concerne la revue Shônen Jump. Son titre a marqué le début des années 2000, au point que des mangaka comme Yûsuke Murata la considère comme porteuse du genre et égérie de la romcom de son époque. Mais malgré ce beau succès, la notoriété de l'autrice a périclité au fil des années, les séries courtes (donc avortées) s'étant succédé, tandis que la fin de la décennie 2010 n'a pas tellement permis de revoir l'artiste à l’œuvre sur un projet d'envergure.

Néanmoins, on peut affirmer une chose : Il existe une véritable patte Mizuki Kawashita, reconnaissable aussi bien par le dessin que par les atmosphères dépeintes dans ses œuvres. Ichigo 100% reste le témoin le plus fort du style de l'artiste, puisque c'est sur 19 volumes qu'on peut apprécier son évolution. Pêle-mêle, on retient de l'aventure sentimentale de Junpei Manaka une tranche de vie au côté harem (l'adolescent étant bien entouré côté jeunes filles), des gags coquinous misant sur les culottes et les sous-vêtement sans toutefois tomber dans l’obscénité, des représentations érotoco-mignonnes des demoiselles dans le sens où le titre ne se voulait jamais vulgaire, mais aussi des notes ponctuelles d'émotions servies par des séquences intimes et envoutante. Une série aux multiples facettes donc, et c'est ce qu'on pouvait espérer retrouver dans Anedoki, un titre que l'artiste présente comme un manga porté sur les émotions, dans ses notes de début de premier tome. Faire palpiter les cœurs est sont leitmotiv, une volonté que l'on retrouve dans la deuxième partie du titre. « Doki » renvoie en partie à l'expression « dokidoki », symbolisant les palpitations du cœur lors d'une situation excitante. La première partie du nom de la série, « Ane », est une forme familière pour nommer la figure de la grande sœur, un point qui nous intéressera davantage dans la partie suivante de ce dossier.

Alors, comment Mizuki Kawashita a-t-elle présenté sa patte à travers cette nouvelle série ? Lancée quatre ans après la fin d'Ichigo 100%, lors de l'été 2009, l’œuvre représentait une forme de pari pour l'autrice qui devait proposer une histoire différente tout en s'imposant une nouvelle fois dans le Shônen Jump. On traitera le résultat en terme de notoriété un peu plus tard, pour se concentrer ici sur la recette proposée. Anedoki, c'est donc l'histoire du quotidien tourmenté de Kôta, un collégien de 13 ans qui voit débarquer chez lui Natsuki, une lycéenne de 17 ans. Pour un jeune adolescent en plein épanouissement, notamment du côté de sa libido, devoir vivre avec une fille plus épanouie (mais aussi plus formée physiquement) sera tumultueux, le garçon devant alors jongler entre ce nouveau train de vie et sa vie de collégien où ses relations se font plus classique. D'un côté, il y a donc cette cohabitation qui n'a rien de très commun, dans le sens où Natsuki s'est immiscée de force dans la vie du jeune héros. Et de l'autre, Kôta doit assumer sa vie d'ado, aux côtés de camarades qui ont les idées aussi mal placées que lui, tandis qu'une fille de son âge fait chavirer les cœurs : Kanade, la petite idole du collège.


ANEDOKI © 2009 by Mizuki Kawashita/SHUEISHA Inc.

Comme dans Ichigo 100%, le pitch d'Anedoki repose sur une opposition entre plusieurs choix du personnage central. D'un côté, Kanade, la fille dont il devrait logiquement être épris car de son âge, et de l'autre Natsuki qui représente un monde inconnu pour Kôta, celui de l'âge adulte. Petite différence néanmoins, la romance n'a rien de linéaire, comme ce fut le cas avec le triangle Junpei,/Aya/Tsukasa de la série phare de l'autrice. Le protagoniste n'est pas soumis à un réel choix sentimental en ce qui concerne l’essence d'Anedoki, et doit simplement subir un quotidien qui mènera à de nombreux quiproquos. La recette est finalement simple mais suffisante pour permettre à l'artiste d'aborder une comédie romantique dans la pure lignée du Jump, où les situations déjantées se succèdent, et lesquelles sont imprégnées d'un soupçon d'érotisme très mesuré. « L'ecchi » prend ici une forme très épurée en se limitant à des intéractions cocasse entre Kôta et Natsuki. Le fait que cette dernière soit épanouie physiquement suffit à attiser la curiosité libidineuse de l'adolescent et à créer différentes situations jamais grotesques, mais souvent drôle et suffisantes pour parler à l'imaginaire du jeune lecteur du Jump, qui en a vu passer d'autres avant Anedoki. La série ne va donc jamais trop loin à ce sujet, et à raison : La différence d'âge entre Kôta et Natsuki est assez importante pour fixer des limites, là où Ichigo 100% présentait des rapports entre lycéens d'un âge similaire. Les situations pouvaient donc se permettre plus poussées sans créer de limite morale entre les personnages eux-même, la frontière existant davantage entre le le lecteur et l’œuvre qui ne devait pas tomber dans l'illégalité en montrant des relations explicites. L'atmosphère érotique (souvent caractérisée par le personnage de Satsuki) ne se retrouve pas dans Anedoki, beaucoup plus gentillet à ce sujet.

Ces ambiances distinguent donc les deux œuvres, mais le style de Mizuki Kawashita se retrouve dans un autre aspect : La manière de l'autrice de jongler entre les situations humoristiques et les moments d'intimité. Élément classique de la romcom shônen, ce jonglage a un cachet particulier lorsqu'il est traité par la mangaka. Cette dernière sait croquer ses personnages et exprimer leurs dilemmes sentimentaux, en mettant en avant les enjeux qui peuvent se cacher derrière la moindre réponse du héros. Ici, Kôta jongle entre ses sentiments légitimes pour Kanade, et son attirance pour Natsuki qui semble davantage de l'ordre de l'expression des hormones. Cela n'empêche pas des moments véritablement touchants, et une conclusion qui mise sur l'aspect émotionnel plus que sur l'humour ou la coquinerie, deux éléments totalement absents du final.


ANEDOKI © 2009 by Mizuki Kawashita/SHUEISHA Inc.

La fin de l'histoire est aussi une force qu'on attribue à l'autrice, toujours grâce à Ichigo 100% qui prenait le lecteur à revers que quelques points, que nous ne dévoileront pas pour ne pas gâcher la surprise d'une lecture de l’œuvre (quant bien même la série serait aujourd'hui difficile à trouver). Mais si celle de sa série phare semblait préparée, l'évolution des personnages ayant été menée à termes, Anedoki n'a pas eu cette chance. En effet, le manga chutera assez rapidement dans le sondage de popularité du Shônen Jump. En novembre 2009, elle se retrouvera dans la partie basse du classement, jusqu'à sombrer jusqu'aux dernières places au mois de décembre. Le verdict tombe en janvier 2010 : La série est arrêtée dans la 7e édition annuelle, publiée le 18 janvier, avec son 26e chapitre. Le développement de l’œuvre n'était donc pas assez conséquent pour permettre une fin aussi force que celle d'Ichigo. La mangaka a dû concocter une conclusion assez rapide, avec pour chance d'avoir pu la raconter après un focus important sur les enjeux de la fugue de Natsuki. Et étant donné le peu qu'avait pu montrer l’œuvre qui n'allait atteindre que son troisième tome, il suffisait de mettre un point final eux enjeux sentimentaux du manga pour lui permettre une fin correcte. Mais pour aborder cette finalité, il nous faut aborder l'un des aspects centraux d'Anedoki, l'une de ses forces mais aussi (et paradoxalement) son plus gros problème.
  
  

ANEDOKI © 2009 by Mizuki Kawashita/SHUEISHA Inc.

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