Dossier manga - Alive Last Evolution

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Sommaire

Publié le Vendredi, 15 November 2019


Un shônen ambitieux


Vous trouvez que le shônen est un genre trop codifié ? Et bien lisez donc cette série, et elle pourrait vous faire changer d'avis ! « Alive last evolution » se démarque bien de pas mal de ses compères à succès sur plusieurs points, notamment son postulat de départ. Ici, nous allons suivre des personnages qui vont se découvrir des pouvoirs, chose assez classiques dans un shônen, mais le processus est particulièrement cruel. Ceux qui hérite de pouvoir sont ceux qui auront « vaincu » plus ou moins leurs envies suicidaires. Leurs pouvoirs auront d’ailleurs un lien avec leur passé, souvent douloureux. Leurs pouvoirs sont d'ailleurs la manifestation d'une souffrance qu'ils ont connu, d'un renoncement, d'un désir enfoui dont il n'avait pas forcément conscience. Je pense que l'on a tous été pareil, à rêver d'avoir les pouvoirs de Luffy de One Piece ou bien ceux des super héros de My Hero Academia. Pour le coup, dans « Alive Last Evolution », les pouvoirs, bien qu'impressionnant et assez classique pour certains, ne donnent pas du tout envie de les avoir. Car ils sont issus de la souffrance de ces personnes. Car ils les ont eu après avoir vécu une semaine de suicide massif autour d'eux, qu'ils en ont parfois été témoins. Parce que ces pouvoirs sont souvent utilisés au détriment des autres aussi. Et c'est une bonne chose d'avoir une approche aussi différente du shônen, en empruntant pourtant une partie de ses codes. Tout le premier arc de cette série fait penser à une sorte de tournoi où les possesseurs de pouvoirs s'affrontent pour avoir le mérite d'obtenir le cœur d'Acro, une sorte d'entité qui les attire et qui les rendrait enfin heureux, enfin « complet ». C'est ce que Katsumata va plus ou moins organiser, sachant qu'il ne pourra pas faire émerger cette entité sans déclencher quelques combats. Bien évidemment, il se gardera bien de dire qu'il a déjà choisi son champion. Et donc, durant ce « tournoi », nous verrons nos détenteurs de pouvoirs s’affronter, progresser, former des alliances impromptues pour tenter d'arrêter les machinations de Katsumata. Et puis le cœur d'Acro émergera, et chamboulera tout cela. Kanon, la jeune fille responsable de la mort du frère de Nami, s'en emparera, connaîtra un moment de béatitude avant de se faire consumer par le cœur. Et Hirose en héritera pour l'absorber totalement et commencer à détruire tout ce qui l'entoure. D'ailleurs, la fusion d'Hirose et du cœur d'Acro aura aussi pour conséquence que les détenteurs de pouvoirs se « suicideront », comme s'ils avaient touchés par une sorte de force divine. Ce phénomène se réitérera plus ou moins quelques tomes plus tard, lorsqu'il tenteront de le détruire pour de bon. Le cœur d'Acro résonne chez les détenteurs de pouvoirs, les poussant à vouloir s'en emparer à tout prix. Celui-ci les attire irrémédiablement, leur évoquant quelque chose qu'ils ont un jour perdu. Autrement dit, les détenteurs de pouvoirs ont acquis quelque chose qui les a sorti de leur situation mais qui les voue à une forme de fatalité dont ils semblent ne pas pouvoir s'échapper. C'est tout le dilemme qui entoure leur combat dans le deuxième. Yukie, une des porteuses de fragments avec qui il feront équipe, sait tout cela et elle sait que la seule façon de sauver l'humanité du sort terrible que lui prépare le cœur d'Acro, c'est de le sceller dans un réceptacle qui ne se laissera pas tenter, autrement dit Taisuke. Parlons en justement de notre héros.





Taisuke n'est pas un héros de shônen classique, bien au contraire : son but se démarque très franchement de ce dont on a l'habitude de voir dans ce genre de série. Ici, ce n’est pas le dépassement de soi qui motivera notre héros, mais des raisons bien plus basées sur la culpabilité et la tristesse qui le rongent. Bien sûr, on aura le droit à des combats où Taisuke progressera, mais celui-ci ne recherche pas cela. Dans le premier arc, son objectif est de retrouver ses amis, tandis que dans le second, ce sera de se débarrasser du cœur d’Accro, la source de leurs problèmes mais aussi d’en finir une bonne fois pour toute avec Hirose. Son objectif premier est de ne plus perdre personne, toujours pris par sa culpabilité vis à vis de ses parents, mais aussi traumatisé par la mort d’une jeune fille, Haru, qui les avait accueillis avec beaucoup de gentillesse. Elle deviendra une victime collatérale de son conflit avec Hirose. Un conflit auquel il fera toujours face mais dont il n'arrivera jamais à mettre vraiment un terme. Son ami lui avait permis de retrouver le goût de vivre après la mort de ses parents, et malgré toutes les atrocités qu'il aura commises, ce lien restera indéfectible et le fera d'autant plus souffrir qu'il comprend bien que cette affection qu'il a pour lui n'est qu'à sens unique. Que ses sentiments ne parviennent plus à Hirose depuis bien longtemps... Loin d'une amitié « maudite » à la Naruto et Sasuke qui se résoudra par une bonne baston, ici on se retrouve à suivre un personnage qui tentera de retrouver une amitié perdue, de retrouver une trace de ce lien qui les avait unis durant leur enfance, sans grand succès.

Et difficile de ne pas évoquer, dans les choses qui font se démarquer cette série, le postulat de base : le suicide. Le premier chapitre nous présente tout de suite une situation catastrophique qui semble toucher le monde entier : une vague de suicides. Un sujet particulièrement sensible, notamment au Japon. Alors quand on voit dès les premiers chapitres des gens quitter le monde de façon aussi brutale avec un grand sourire au lèvres, et que ceux qui ont réussi à se défaire de cette envie ont hérité de pouvoir destructeur, l'horreur est au rendez-vous. Et on aurait pu s'attendre à une série un peu outrancière qui serait allé de plus en plus loin dans l'escalade, mais ce pas le chemin qu'ont choisi de suivre les mangaka. Au contraire, ils prendront un chemin bien plus subtil, basé sur un scénario crédible dans son univers qui sera avant tout là pour développer ses personnages et notamment ce qui les a amené à suivre une telle voie. Et pas besoin de faire des flash back à rallonge, quelques cases suffiront à nous montrer un passé douloureux, un événement traumatisant. Le but n'est pas de montrer la mort de manière choquante, mais plutôt d'en montrer les conséquences sur les survivants. Bien sûr, on aura le droit à quelques scènes percutantes, mais jamais outrancières. Et quand on comprendra enfin la signification du titre, tout prendra enfin sens, bien que la raison derrière cette vague de suicides soit particulièrement triste et cruelle pour ceux qui sont décédés.





Malgré ses grandes qualités, notons tout de même qu' « Alive last Evolution » a quelques défauts, au niveau de son rythme particulièrement. Si les climax d'arcs sont particulièrement saisissants et durs, il faut reconnaître que quelques tomes traîne en longueur, notamment les tous premiers tomes et ceux qui suivront le premier arc. Pour les premiers tomes, on peut se dire que la série a mis du temps à trouver son rythme de croisière, en revanche, on aurait aimé que le deuxième arc commence un peu plus rapidement. Cela ne veut pas dire que ces tomes sont mauvais, mais plutôt qu'ils s'éparpillent. Et ce n'est pas très étonnant vu la galerie incroyable de personnages que nous offre cette série. Dans le premier arc, on compte non moins d'une quinzaine de personnages récurrents, et si un écrémage se fera à la fin du premier arc, on aura le droit à de nouveaux personnages récurrents dans le deuxième arc, encore plus nombreux que dans le premier ! Et soyons honnêtes : tous ces personnages n'étaient pas forcément nécessaires. Certains sont là pour faire office de « side-kick rigolo » (oui, je parle de toi Oda) et on aurait pu s'en passer. Non pas que je ne les apprécie pas, mais si on s'était abstenu de leur présence, on aurait eu moins de scénarios secondaires voire tertiaires et l'histoire aurait pu, à certains moments, avancer plus rapidement. Mais comme je l'ai dit précédemment, ces erreurs sont loin d'être rédhibitoires et nous montrent plutôt que les mangakas qui ont réalisé cette série étaient encore à leurs débuts. On pourra d'ailleurs faire le même reproche au dessin, correct au début mais assez moyen en comparaison de ce qu'on aura dans les derniers tomes. Il est clair que le duo Adachitoka s'est révélé graphiquement au travers de cette série, et on peut dire que leur progrès a été phénoménal.



© Tadashi Kawashima & Adachitoka / Kodansha Ltd / Pika Edition

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