Dossier manga - 5cm Per Second

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Sommaire

Publié le Jeudi, 31 May 2012


« J’ai l’impression d’avoir été sauvé par la beauté des paysages. Quand j’étais au lycée, chaque jour, je prenais le train et je regardais les paysages par la fenêtre. C’est ce qui m’a aidé dans les moments difficiles, alors j’ai toujours eu envie de faire ressentir ces sensations aux spectateurs qui regardent mes films. » Makoto Shinkai


Takaki est maintenant au lycée. Une école sur une île du Japon où ses parents ont été transférés. Loin de son aimée. Là-bas, une jeune fille, Kanae, s’éprend de lui et nourrit un amour brûlant à son égard. C’est de son point de vue que nous est racontée cette histoire.
 
 
  
 
 

Cosmonaute – Our Innocence



Future

 
Les pétales de cerisiers prennent de la vitesse, et accompagne les changements de chemin d’une vie. Le transfert de narrateur permet aussi d’avoir une autre vision sur le devenir de Takaki. Rivé à son téléphone portable, écrivant des messages puis les effaçant tout de suite, faute de destinataire à qui les envoyer, il a les yeux fixés sur un lieu totalement inaccessible, car n’existant que dans ses rêves. Une vision peu réjouissante et complètement morne, malgré la beauté du lieu.
Quant à Kanae, elle s’empêtre aussi dans son amour, qu’elle sait à sens unique avant même de s’être déclarée. Et elle est d’autant plus inquiète qu’elle ne sait pas exactement ce qu’elle souhaite faire dans l’avenir. De nouveau, le thème de la distance qui s’installe, et celle-ci est purement émotionnel dans Cosmonaute. D’un côté Kanae qui voudrait désespérément se rapprocher de celui qu’elle aime mais qui est bloquée par ses propres angoisses et incertitudes par rapport à ses sentiments, et de l’autre Takaki, détaché de tout et ne voyant même plus ce qui l’entoure réellement, fixant son univers d’un regard à la fois nostalgique et réaliste, l’empêchant d’avancer et de s’épanouir. Le souvenir d’Akari reste vivace dans sa mémoire, à tel point qu’il s’empare de sa vie entière ou presque, le laissant comme un pantin sans réelle émotion ou envie.

Plus encore que dans la première partie, les émotions dans cette histoire s’envolent dans toutes les directions, s’emparant du spectateur et le prenant à la gorge, tant ce que ressentent les personnages peut facilement être compris. On y parle d’inaccessible, de douleur et de peine qu’on ne peut étouffer, et qu’il est difficile de faire disparaître.
Le personnage de Kanae nous rappelle Takaki à une époque, celle où il pouvait encore exprimer des émotions, où il avait encore une flamme dans son regard, même si l’incertitude était grande. Faire interagir ces deux êtres qui présentent de nombreux points communs est une façon efficace de voir où se situe le garçon dans son amour de jeunesse. Et ce qu’il avait pressenti dans Extraits de Fleurs de Cerisiers est finalement devenu réalité. Son histoire potentielle avec Akari n’existe plus que dans sa mémoire. S’il veut s’en libérer, il doit l’accepter et passer à autre chose. Ce qu’il est incapable de faire. Car s’il est parfaitement conscient que c’est la fin, il ne peut se résoudre à abandonner cette vision et ce futur qui jamais ne sera, car il s’agirait alors d’une fin définitive.
Quant à Kanae, tout le monde pourra se reconnaître dans la peur de faire le premier pas et de se déclarer, l’incertitude par rapport au futur, l’impression d’échec permanent par rapport aux autres, et la peur qui en découle…
Cette deuxième partie s’intéresse davantage à explorer les prémisses d’un futur encore incertain, face auquel on ne sait pas trop quel chemin choisir, faute d’avoir le choix parfois ou de ne pas avoir la force nécessaire pour emprunter celui que l’on souhaiterait. Quelque part, on a l’impression que tout est déjà fini pour eux, alors qu’ils sont encore si jeunes.

Sans aucun doute, cette deuxième histoire présente un aspect assez dépressif dans les sentiments exprimés et dans l’avenir qui risque d’attendre les deux jeunes, et n’apparaît pas joyeuse pour un sou exprimé de cette façon.

Cependant…
 
 
  
 
 

Beauty


Il y a les paysages. La marque de fabrique de Makoto Shinkai, immédiatement reconnaissable entre milles. Toujours à couper le souffle, d’une beauté envoutante, ils sont des acteurs à part entière des réalisations de l’auteur.
La citation de M. Shinkai en début de page constitue sans doute la meilleure expression de l’importance de cet élément dans ses films. Et elle prend réellement tout son sens dans ce deuxième métrage.
Si les moments que traversent les personnages sont particulièrement angoissants, car intangibles et difficiles à communiquer avec des mots, un simple regard sur le monde qui les entoure les a sans doute soulagés de leur peine en de nombreuses occasions durant le moment où nous les avons accompagnés.

Ainsi, malgré la gravité et la lourdeur des émotions ressenties, du sujet abordé, d’autant plus difficile qu’il ne s’agit pas de quelque chose de tragique et desquels nous pouvons facilement nous détacher, mais bien d’émotions qui nous accompagnent tout au long de notre vie, la dépression et le désespoir ne nous atteignent jamais totalement. La fusée qui s’envole vers une destination lointaine a sans doute fait beaucoup de bien aux deux jeunes lorsqu’ils l’ont vu s’élever dans le ciel, alors que chacun était écrasé par ses sentiments à ce moment-là.
L’agencement des couleurs, la luminosité de l’ensemble, la variété du spectacle qui s’offre à nous, le soin du détail et le perfectionnement apporté… Comme les personnages, le spectateur est lui aussi « sauvé » en de nombreuses occasions par le paysage qui s’offre à lui dans 5cm Per Second, l’empêchant de sombrer et de se faire emporter par l’incertitude qui entraîne les personnages de l’œuvre. À ce stade, on ne parle même plus de « décors », tant l’arrière-plan tient une place prépondérante dans notre ressenti du film, et fait partie d’un tout qui ne peut être simplement détaché. Et surtout nous apparaît comme « vivant » et complètement réel.

Ainsi, le but du réalisateur est atteint, l’émotion qu’il voulait transmettre nous as été communiquée, sans qu’aucun mot n’ait eu besoin d’être prononcé. Simplement de se perdre dans la beauté de l’immensité et du spectacle qui s’offre à nous tous les jours si on sait où regarder suffit parfois à alléger la peine ressentie face à la vie. L’espoir est donc bien présent et ne disparaîtra pas, et tout peut encore arriver et changer. Merci M. Shinkai pour avoir  fait passer dans vos films quelque chose qui vous tenaient vraiment à cœur et d’avoir su nous le transmettre de façon aussi magistrale.

(Texte rythmé par la chanson « Winter » de Caroline)
 
 

©Makoto Shinai / CoMix Wave Films

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