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Dossier manga - Ikigami

Note des lecteurs 18 /20

Sommaire

Publié le Jeudi, 13 Octobre 2011


Piqûre de rappel

 
 
Histoire
De nos jours, dans un Etat fictif.
Afin de montrer à la population la valeur de la vie, une « loi pour la sauvegarde de la prospérité nationale » a été votée. Celle-ci dispose que chaque enfant reçoit dès son entrée à l'école primaire un vaccin. Parmi ces enfants, un sur mille reçoit un vaccin différent des autres, contenant une micro-capsule indétectable et létale. Cette micro-capsule se déclenche à une date et une heure précises, intervenant entre les 18 et les 24 ans de l'individu. Ces données sont programmées en amont par les instances scientifiques contrôlées par le gouvernement autoritaire en place. Un jeune sur mille meurt donc pour la nation, afin de montrer la « valeur de la vie » à l'ensemble de la population. Avant de mourir, alors qu'il se trouve en pleine force de l'âge, l'individu concerné reçoit de la part d'un fonctionnaire l'« ikigami », un préavis de mort qui l'informe qu'il ne lui reste plus que 24 heures à vivre. Kengo Fujimoto est l'un de ces fonctionnaires chargés de délivrer l'ikigami... Les personnes se rebellant contre l'administration et la loi sont qualifiées « d'éléments dégénérés », et reçoivent eux-mêmes la capsule. C'est ainsi que l'Etat a le contrôle total de la population.
    
      
    
Fiche signalétique
Ikigami (イキガミ) est une série de Motorô Mase, débutée en 2005 dans le Young Sunday des éditions Shogakukan avant d'être transférée dans le Big Comic Spirits après la fin de parution du Sunday en juillet 2008. En septembre 2011, l'auteur annonce la fin de la série au bout de vingt chapitres. La série s'acheva en mars 2012 pour un total de dix volumes reliés, écoulés à plus de 3 millions d'exemplaires (chiffre au neuvième volume).
En France, c'est Asuka qui se charge de l'adaptation francophone à partir de janvier 2009. Suite aux transformations de l'éditeur, la série passe chez Kazé Manga à partir de son sixième tome. La série s'est écoulée à plus de 130.000 exemplaires (chiffre au huitième volume), et la fin de la série, en juin 2012, est célébrée par une version collector du dixième opus, s'accompagnant d'une figurine du héros de la série, et limitée à 2000 exemplaires.
     
    
   
Ikigami a reçu pléthore de récompenses depuis son arrivée en France début 2009 : le prix spécial BD des Utopiales en 2009, le prix Polymanga 2010 du meilleur seinen, le Grand Prix de l’Imaginaire 2010 Etonnants Voyageurs, le prix du meilleur seinen aux Japan Expo Awards 2010 mais aussi une sélection au festival international de la Bande Dessinée à Angoulême en 2010. La qualité du manga de Motorô Mase a été reconnue par la presse dans toute sa diversité, et pas forcément celle réputée pour apprécier les sous-cultures nippones. Relevons notamment quelques paragraphes dithyrambiques, lors de la sortie du premier tome, dans Les Inrocks et Télérama, et une médiatisation étonnante grâce aux grands noms de la presse gratuite et payante (Métro, Le Monde). Ikigami est également apparu dans un article du Courrier international daté du 8 mars 2007, s'intitulant « Japon, une décadence sociale illustrée ».
    
    
L'auteur


 
Motorô Mase (間瀬元朗) naît en 1969 dans le département d'Aichi. Il entre dans une entreprise après des études universitaires, puis la quitte au bout de quatre ans pour partir dans une école de cinéma à Londres. Il commence sa carrière de mangaka en obtenant en 1998 le prix Shôgakukan du meilleur jeune auteur pour sa première œuvre, AREA.

On a déjà pu voir Motorô Mase à l'oeuvre dans Heads (ヘッズ), série en quatre tomes publiée en France chez Delcourt. La série est l'adaptation d'un roman de Higashino Keigo, figure majeure du roman policier au Japon, qui est d'ailleurs lui-même scénariste sur ce manga pendant que Mase s'occupe des dessins. Heads décrit la lutte intérieure d'un homme contre sa double personnalité meurtrière, habitant son corps suite à une chirurgie expérimentale.
 



Motorô Mase est aussi à l'origine de Kyo-ichi (キョウイチ), un one-shot initialement paru en juillet 2001, puis réédité en octobre 2008 suite au succès d'Ikigami. Il y a une raison à cela : outre son histoire éponyme, ce one-shot contient également Limit, l'épisode pilote de ce qui deviendra la série phare de l'auteur. A l'instar de cette réédition japonaise, le public français découvrit Kyo-ichi après Ikigami, avec une sortie en France en octobre 2012 chez Kazé Manga. L'histoire principale nous présente un salaryman moyen nommé Masuda, qui un soir, avec ses collègues de bureau, tue accidentellement un voyou en voulant sauver un jeune couple. Ce voyou, nommé Kyo-ichi, revient à la vie et décide de se venger, tout en dirigeant sa propre secte..
   

      
      
Discret au Japon, Motorô Mase nous a fait l'honneur d'une visite en France lors du Salon du livre à Paris en mars 2011. De très nombreux journaux se sont fait écho de cette venue et l'ont interviewé pour connaître son point de vue sur la catastrophe naturelle puis nucléaire qui a touché le Japon. L'auteur a d'ailleurs confié à sa maison d'édition française, Kazé Manga, être assez gêné face à cette presse qui l'interviewait sur cet évènement tragique davantage que sur le contenu de son manga, comme s'il était un ambassadeur culturel et moral du Japon. Mais le lien entre le séisme, le tsunami, la catastrophe nucléaire qui s'en est suivie, et l'oeuvre de Motorô Mase existe pourtant. En effet, Motorô Mase a été interrogé sur la valeur de la vie... mise en exergue par le drame de mars 2011 et sujet fondamental d'Ikigami.

L'auteur a argué du fait qu'il était certain que cette catastrophe allait sans nul doute influencer les artistes japonais, cinéastes, mangakas, peintres, écrivains, et plus globalement tous les artistes du monde entier. Il ne s'est pas trompé puisque des films réhabilitant l'importance du rapport entre l'Homme et la nature fleurissent depuis mars, tel Hanezu no tsuki, de Naomi Kawase (présenté au festival de Cannes), de même que Himizu, de Shion Sono... N'oublions pas que l'auteur est un fervent adorateur de Katsuhiro Otomo, qui demeure le maître en matière de manga d'anticipation. Qui n'a pas songé à Akira devant le problème, et c'est un euphémisme, posé par Fukushima ? Mase avoue lui-même que, bien qu'il ait débuté sa série il y a plus de 6 ans, les évènements actuels lui donnent de douloureuses résonances.

Mais pour aller plus loin dans l'esprit de Motorô Mase, pour savoir comment est né Ikigami, il devient nécessaire de s'intéresser maintenant à la conception de ce manga.
       
    
  
Idée originale
Pour la conception d'Ikigami, l'auteur a eu plusieurs idées.

2001, attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. Le fait de voir cela à la télévision ne donne pas la sensation à Motorô Mase que cela se passe réellement. Voir les images ne suffit pas forcément à ressentir les évènements. L'auteur trouve ce sentiment dangereux et a donc envie de raconter une histoire permettant de réfléchir sur la vie et la mort.

L'idée de créer Ikigami se concrétise durant l’été 2004. Motorô Mase pense à l’akagami (nom donné à l’ordre d’incorporation pendant la Seconde Guerre mondiale, noté sur un petit papier rouge). Il se demande comment réagiraient les jeunes d’aujourd’hui s’ils en recevaient un. Quelques mois plus tard, en octobre 2004, intervient l’enlèvement et l’exécution par un groupe armé en Irak de Shosei Koda, un jeune de 24 ans. Le gouvernement japonais fait ce qu'il peut pour éviter cela, mais Junichiro Koizumi, le Premier Ministre de l'époque, rétorque vouloir ne pas céder face au terrorisme. Face à cela, le mangaka pense qu'il peut arriver que la vie d’un individu soit sacrifiée au nom de l’intérêt national.

Il y a aussi un climat d'étouffement que l'auteur ressent vis-à-vis de ses compatriotes nippons. Les gens sont préoccupés par leur avenir. Mase imagine donc un manga prenant place dans une société contrôlée, un de ses objectifs étant que les lecteurs perçoivent cette atmosphère lourde.

C'est en se basant sur ces considérations qu'Ikigami est né. « Gami » signifie « carte » ou « papier », et « iki » prend le double sens de « vivre » ou « mourir » selon son emploi. La référence à l'akagami (décrit précédemment) est aussi remarquable. Dans le tome 2, on remarque que l'auteur retrace l'histoire d'un jeune s'occupant de personnes âgées en maison de repos, l'une des pensionnaires ayant été traumatisée par le départ de son mari au front.

Dès sa parution, Ikigami a tout de suite pris de l'ampleur au Japon. On a ainsi pu observer, sur une bande accompagnant le deuxième tome de la série, un commentaire de Masaru Sato, assistant au ministère des Affaires étrangères, mentionnant : « Existe-t-il une œuvre qui exprime avec autant de force l’abomination de l’Etat et la primauté de la vie ? ». Pour Sato, « si on pousse plus loin notre société sous surveillance, on arrivera à la situation décrite dans Ikigami. Si le fascisme devait s’installer, la répression s’exercerait immédiatement contre ce type de manga. On le présenterait comme un ouvrage décadent, manquant de sérieux et tournant l’Etat en ridicule. Mais, en même temps, il deviendrait une base de résistance contre le fascisme »... Si un Japon dystopique semble de prime abord visé dans Ikigami, cela n'est pas le cas, car Mase a voulu rester dans la fiction en imaginant un Etat qui n'est jamais expressément nommé. Mais on reviendra sur ce point plus tard.

Raphaël Pennes, directeur éditorial chez Kazé Manga, estime qu'Ikigami fait « l’alchimie de plusieurs thèmes universels qui ont pris ces dernières années un retentissement réaliste ». Depuis les idées originelles, les problématiques posées par Ikigami ont donc fait bien du chemin, grâce, ou plutôt à cause, de faits d'actualité sinistres. Ikigami se pose donc comme un seinen d'une richesse toute particulière.

Motorô Mase, issu du monde du cinéma avant de devenir mangaka, ne cache pas son attirance envers des films comme Blade Runner ou Vol au-dessus d'un nid de coucou. Ces deux films sont des références dans leur genre, et ils nous ramènent directement aux aspects les plus marquants d'Ikigami : les bases d'un récit d'anticipation (Blade Runner) et le thriller psycho-social (Vol au-dessus d'un nid de coucou).
 
 
Personnages

Kengo Fujimoto



Jeune fonctionnaire, Fujimoto livre les ikigamis. Chaque début de mois, il reçoit ces fameux « préavis de décès » de la part de son chef de section, Ishii, et doit les livrer au domicile du futur héros de la nation. Sa fonction est considérée comme « honorable » par toute sa hiérarchie. Il peine à prendre de la distance sentimentalement vis-à-vis des victimes et s'interroge sur le bien-fondé de la « loi pour la sauvegarde de la prospérité nationale ». Fujimoto craint d'être considéré comme un élément dégénéré et de recevoir lui-même la capsule : il hésite donc en permanence entre obéir au gouvernement ou céder à des idées dégénérées.


Ishii



Chef de la section dans laquelle travaille Kengo Fujimoto, il était lui-même livreur d'ikigamis étant plus jeune. Il a un rôle de mentor et de confident pour Fujimoto. Ce n'est pas un fonctionnaire aussi zélé qu'on puisse le croire puisqu'il prévient Fujimoto, au lieu de le dénoncer, lorsque ce dernier a trop tendance à se tourner vers des idées dégénérées.


Nanako Kubo



Psychothérapeute. Elle aide à la fois les personnes venant de recevoir l'ikigami à surmonter le choc et les fonctionnaires ayant des doutes sur leur fonction de livreur. En cela, le docteur Kubo est amenée à entendre beaucoup de choses, notamment des idées considérées comme dégénérées. Sa personnalité évolue à cause des situations qu'elle rencontre dans son métier...


Satsuki Kaga



Inspectrice et responsable des contrôles. Son rôle est renforcé après l'affaire ayant confronté Fujimoto à un récepteur de l'ikigami qui l'a pris en otage.
   
   

IKIGAMI © Motoro Mase / Shogakukan Inc.

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