Ikigami - Actualité manga
Dossier manga - Ikigami

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Publié le Jeudi, 13 October 2011


Thriller psycho-social


Au-delà des éléments propres au récit d'anticipation, Ikigami se révèle passionnant en abordant une thématique plus psychologique et sociale. Les récepteurs de l'ikigami ont des profils réellement différents. Cette diversité permet à Motorô Mase de traiter un panel très riche de réactions, que ce soit chez le condamné ou son entourage.

Voici un petit échantillon de profils des « héros de la nation » que vous retrouverez dans le manga. En 8 tomes, on remarque la présence prépondérante de jeunes adeptes de sous-cultures (musicien, fan de hip-hop, graffeur talentueux). Cela n'est pas un hasard, car dans une dictature, les artistes sont particulièrement exposés à la répression quand leurs oeuvres n'entrent pas dans l'idéologie du régime. On trouve aussi un nombre important de personnes traumatisées par leur passé qui cherchent à se reconstruire. La violence sociale est bel et bien présente dans Ikigami avec ces personnes, déjà en situation précaire, qui doivent en plus de cela supporter le préavis de mort. Troisième profil très marqué chez les personnages rencontrés tout au long des 8 volumes : les jeunes hommes qui se rachètent d'une faute morale avant de mourir. D'autres profils s'écartent de ceux cités précédemment, comme celui du jeune homme parfait, travailleur honnête et gentil garçon, la crème de la crème, qui doit pourtant mourir pour la nation.

Avec cette variété, nécessairement, les forces, les énergies, les réponses diffèrent. Enfermement sur soi-même, cris, colère, vengeance et donc violences, sursauts spontanés et recherche rapide d'une dernière bonne action à effectuer...

L'auteur sait en tous cas se renouveler, pas tant au niveau des profils présentés mais beaucoup plus, et c'est là l'essentiel, dans les réactions décrites, beaucoup plus originales et tout à fait saisissantes, tel ce fils d'un chef de la police d'Etat, délégué de classe, fier de mourir pour la nation, et qui dans son délire d'orgueil, de dignité et de zèle si profond envers l'idéologie du régime, va jusqu'à accuser tous ses camarades de classe d'être des éléments dégénérés. Dans le tome 8, c'est à un ancien prisonnier ayant commis un homicide involontaire (un piéton renversé) que l'on a affaire... Un personnage torturé par son passé, benêt et pataud, mais attachant, qui n'arrive pas à se pardonner ce qu'il a fait... sa réaction face à l'ikigami est pour le moins déconcertante, mais logique, et on ne vous en dira pas plus.
  
 
  
 
 
La différence dans les réactions est aussi passionnante car l'auteur l'utilise pour soigner l'aspect thriller. Quelle va être celle d'un condamné ayant telle personnalité ? C'est la question posée. Une multitude de destins pour autant de possibilités... La victime de bizutage optera-t-elle pour la vengeance ? L'artiste aura-t-il le temps d'exposer son talent ? Le temps restant sera-t-il suffisant pour accomplir une dernière mission, un dernier dessein, ne pas avoir de regret ?

Ainsi, la crédibilité des situations psychologiques et sociales d'Ikigami est sans nul doute l'un des aspects les plus réussis du manga. Le courrier des lecteurs reçu par l'éditeur nippon est révélateur : un jeune homme de 23 ans vivant d'emplois précaires a écrit « Ce que j’aime, c’est le réalisme qui se dégage du contraste entre le caractère irréel de l’intrigue et les descriptions détaillées de la vie réelle ». L'un des tours de force de Motorô Mase est d'effectuer deux contrastes excellents, démontrant son talent narratif. Le premier est de passer, au sein d'un même volume ou non, de la violence pure, rappelant d'autres seinens connus pour leur froideur tels qu'Ushijima, Homunculus ou Freesia, à des histoires plus douces, même lorsque l'ikigami frappe à la porte... Le second est amené par la puissance des émotions opposée à la terreur suscitée par le gouvernement autoritaire.

S'agissant de puissance des émotions et des réactions fascinantes des personnages justement, soulignons qu'Ikigami verse assez souvent dans le pathos mais jamais dans le mélo. La frontière entre les deux genres existe, et Mase sait éviter toute niaiserie − cela serait assez impardonnable compte tenu de la froideur de l'ensemble de son œuvre − pour livrer des récits poignants, mais qui n'en font pas trop.

Ikigami a tout du thriller psycho-social car au-delà des réactions des condamnés, c'est aussi le personnage de Fujimoto qui intéresse le lecteur. Fujimoto hésite entre écœurement et acceptation de son travail (il ne s'y épanouit jamais, c'est déjà ça...) mais n'ose pas s’élever contre le gouvernement ou effectuer les démarches pour joindre la rébellion qui existe pourtant, aussi faible soit-elle. Le personnage de Fujimoto permet donc d'aborder les problématiques du regard que l'on porte sur soi, de la confrontation des individus face à un système, du poids de la solitude.



IKIGAMI © Motoro Mase / Shogakukan Inc.

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