Ikigami - Actualité manga
Dossier manga - Ikigami

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Sommaire

Publié le Jeudi, 13 October 2011


Graphismes


Il faut de suite souligner que Motorô Mase travaille sans assistants, le rythme de parution (un chapitre tous les 3-4 mois) lui permettant. Cela ne nuit pas à son travail, qui est dans l'ensemble très rigoureux. Mase choisit scrupuleusement ses angles de vue pour faire apparaître au mieux les émotions sur les visages de ses personnages, en particulier lors de la réception de l'ikigami. La richesse graphique au niveau des visages est remarquable, notamment au niveau des yeux, le mangaka versant parfois dans de la quasi-caricature pour illustrer la déformation physique traduisant le malaise psychologique ressenti devant l'ikigami. La diversité des profils et des réactions des personnages étant l'une des plus grosses richesses du manga, comme on l'a souligné auparavant, tout cela donne bien évidemment lieu à un déluge d'expressions différentes, et Mase s'en sort à merveille.

Si les intérieurs sont eux aussi bien gérés, une critique globale peut être émise sur la forme. Le traitement informatique est perceptible. On voit bien que tout a été retraité, puisque le trait est net, souple. Ne vous attendez donc pas à un style crayonné façon Hiroaki Samura ou à un travail d'orfèvre à la Takehiko Inoue. Le style graphique est ici bien plus proche d'un Gantz. Mais il faut bien avouer que ce traitement de l'image est on ne peut plus adéquat à Ikigami, la froideur des situations rencontrées étant renforcée par ce style.
 
 
   
 
 

Adaptation


Côté traduction, le bilan est plutôt positif. Le traducteur fait un travail pertinent pour retranscrire l'accent des provinciaux, la langue nippone étant, comme la nôtre, confrontée à des particularités régionales. Pour traduire l'accent des campagnes, la bonne idée trouvée a donc été de reprendre le style campagnard français, façon Normandie de chez Maupassant. Un choix qui a déjà été vu ailleurs (Tonkam avec Vagabond par exemple...). On regrette toutefois un autre choix du traducteur, qui a voulu s'adapter au langage des jeunes d'aujourd'hui, à grands renforts d'expressions à la mode (« trop pas ! » et autres).

Notons la très bonne idée d'avoir incorporé dans le premier tome une postface permettant d'aller plus loin dans la réflexion sur ce manga. C'est une habitude chez Kazé Manga de proposer ce genre de travail (c'est le cas dans Gunslinger girl), prouvant la portée importante que peut revêtir un manga, sous-culture peinant parfois à trouver sa légitimité culturelle. La postface de ce premier tome cite quelques références du récit d'anticipation et explique le fonctionnement de l'administration dans Ikigami en synthétisant très habilement les éléments donnés, tout en faisant des rapprochements pertinents avec des données historiques.
    
 
  
    
  

Produits dérivés


Réalisé en 2008 par Tomoyuki Takimoto, le film live est disponible en Dvd chez Kazé depuis janvier 2010 et en Blu-Ray depuis septembre 2012. Dans le rôle de Fujimoto, on retrouve Matsuda Shota, connu pour ses prestations dans les dramas de Liar Game et Hana Yori Dango.
  
Cette version cinématographique d'Ikigami se partage en quatre parties. La première fait office d'introduction, reprenant les premières pages du manga. Les trois autres adaptent trois histoires issus des volumes 1 et 3 du manga. Il faut savoir que Motorô Mase a donné des conseils en ce qui concerne le choix des chapitres à adapter. Le film durant 2 heures, l'auteur a donné son avis sur ce qu'il fallait garder et enlever. Au final, les choix effectués ont été pertinents, dans la mesure où ils montrent plusieurs composantes de l'ikigami. Ce dernier anéantit des vies, celle de la victime mais aussi celles de son entourage (c'est ce qui ressort de l'histoire avec le musicien). L'ikigami montre le paradoxe de la loi, en ce qu'il peut mener à des comportements violents, loin de remettre en place la valeur de la vie donc, comme le montre la seconde histoire avec le bon à rien, fils de la politicienne réac'. L'ikigami enfin n'amène que la douleur, empêchant des hommes bons de se racheter lorsqu'ils s'écartent du droit chemin, bien malgré eux parfois : il s'agit là du passage autour de Satoshi et de Sakura, sa soeur aveugle, moment le plus intense au niveau émotionnel.
      
   
   
    
Le film s'écarte de l'oeuvre originale sur un point, qui paraît évident car il est très réussi : la froideur est encore plus prégnante, grâce aux locaux où travaille Fujimoto, à un chef moins amène que Ishii qui figure dans le manga, à un ensemble esthétique austère. Mais le film perpétue aussi quelques lacunes du manga : critique encore assez faible, et pas assez diversifiée de la « loi pour la sauvegarde de la prospérité nationale », la collègue rebelle trop mise de côté... Une suite serait sans aucun doute plus osée. On regrette aussi que le film soit inégal dans le pathos. La scène avec la mère du musicien est réussie, de même que l'ensemble de la relation entre Satoshi, personnage attachant, et Sakura, malade. A contrario, la niaiserie des enfants et de la chanson de Tsubasa exaspère, de même qu'un côté surjoué sur certaines scènes. Le film manque d'envergure avec ce genre de maladresse ainsi que quelques détails étonnants, comme un jeu de caméras très spécial, rappelant des angles amateurs, et des décors dépouillés, dont on se demande s'ils sont là pour renforcer l'aspect froid du manga ou s'ils sont dus à un budget. L'ensemble fait parfois office de série B, ce qui est vraiment dommage.
  
Au niveau des bonus DVD, Kazé effectue du bon boulot avec des vidéos portant sur l'univers d'Ikigami, sur les lieux du tournage. On aurait apprécié une réflexion plus aboutie sur une critique de la loi, ce que ne fait pas le film et entame la postface du premier tome du manga, mais ce sera peut-être pour une prochaine fois. Notons tout de même un livret comprenant maintes informations sur réalisateur, acteurs, tournage, et les premières pages du premier tome.
   
   
  
 
 

Préavis de fin

 
Lors de son passage au salon du livre à Paris, Motorô Mase a affirmé avoir la fin d’Ikigami en tête depuis longtemps, qu'il se passerait quelque chose, sans dire quoi, ni quand, car il n’y aurait plus de suspense. Mase travaillant sans assistant, seul lui, et son éditeur certainement, connaissaient donc la fin d'Ikigami. En ces temps-là, on pouvait encore douter : Ikigami aurait-il été encore capable de combler les attentes des lecteurs déçus par une certaine inertie de son héros principal ? Qui allait sortir vainqueur du duel de l'Etat autoritaire et son système répressif contre l'Homme et son esprit de contradiction ? La conclusion de la série apparut comme une belle libération , s'appuyant autant sur le contexte géopolitique que sur la volonté de son protagoniste, trouvant enfin une manière de s'affirmer.
  
L'excellent début a assuré à la série de Motorô Mase un profond respect chez les lecteurs de seinen. Tout cela s'est accentué par la suite à travers la richesse et la vraisemblance des thématiques abordées : Ikigami emprunte au récit d'anticipation, y mêle une intrigue politico-sociologique poussée, et mixe ses allures froides à des émotions intenses.

Tentez l'expérience !
L'ikigami : 24 heures chrono, pour vivre libre, enfin.

« Nous prions sincèrement pour le repos de votre âme ».
 
 
Mise en ligne le 14/10/2011. 
Mise à jour le 03/01/2013.
   
   
   
Fiche de la série: Ikigami
Fiche de la série VO: Ikigami vo
Fiche de l'auteur: Motorô Mase
 
 

Dossier réalisé par RogueAerith


IKIGAMI © Motoro Mase / Shogakukan Inc.

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