Yuu Watase - Première partie - Actualité manga
Dossier manga - Yuu Watase - Première partie

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Publié le Jeudi, 15 April 2010


Watase, des invariants?

        
On l’a vu dans les quatre titres exposés plus haut, Watase connait son succès grâce à l’alliance subtile de différentes composantes, propres à son œuvre. Les séries dont on vient de parler rassemblent tous ces critères, tandis que les autres productions de l’auteur piochent de-ci, de-là leurs caractéristiques. Il est alors légitime de se demander quels sont ces invariants, immédiatement identifiables, avant de parler de l’originalité des œuvres de l’auteur dans la deuxième et dernière partie du dossier Watase, qui sera mis en ligne la semaine prochaine.

Avant de parler d’amour, ce qui serait pourtant un point de départ logique et indiscutable, il faut revenir sur un point qui prend naissance dans les premières aspirations de la mangaka, avant de devenir célèbre. Yuu Watase a toujours voulu faire du shonen, avant de se focaliser sur le plus pur shojo, que l’on connait par exemple avec « Lui ou rien ». Et c’est justement cette composante là qui est véritablement développée dans Fushigi Yugi, Ayashi no Cérès et Alice 19th. Du shonen au milieu du shojo, un cocktail réussi qui permet de ne pas se lasser du style assez répétitif des histoires d’amour de l’auteur. On remarque d’ailleurs que les titres qui sont dépourvus de cette pincée d’action manquent d’originalité, se ressemblent tous et sont souvent présentés dans des recueils, où toutes les histoires semblent dirigées vers une même finalité. Mais alors qu’est ce qui différencie les premières œuvres de l’auteur ? Ce dynamisme, cette épopée vers laquelle les héroïnes se lancent toujours à corps et cœur perdus. Cette volonté de se dépasser, d’agir pour le bien de tous, de combattre dans l’adversité et de toujours progresser malgré les obstacles. Les jeunes filles crées par Watase font souvent preuve d’une détermination rare, bien qu’elles s’effondrent de temps à autre pour crédibiliser le tout. De plus, les récits sont alors souvent parsemés de combats épiques contre tel ou tel grand méchant, avec du sang, des vêtements déchirés, des larmes et de la volonté dans le regard. Bref, des scènes absolument décalées du style shojo que l’on entend habituellement. Imaginons par exemple une Karin Karino (Kare first love) prendre un tisonnier et mettre une rouste à ses rivales … Impensable. Eh bien le côté fantastique des épopées de Watase permet justement d’illustrer la grandeur d’âme et la force de la volonté de jeunes filles comme vous et moi, les lectrices assidues de l’auteur. Cela permet donc de s’identifier d’autant plus à cette figure allégorique de l’adolescente, nous faisant plonger nous aussi dans les combats qui se trament au fil des pages. Au-delà du rêve devant une histoire d’amour parfaite, la lectrice peut en effet souhaiter être là, l’épée à la main, en train de sauver les gens qu’elle aime. Bref, la mangaka prend avec talent les deux styles pour les mélanger et en faire ressortir quelque chose de plus addictif, avec un peu d’originalité au vu du catalogue shojo des différents éditeurs. C’est ainsi la principale caractéristique de l’auteur, puisque quand on pense Watase on pense forcément Fushigi Yugi ou Ayashi no Cérès. La mangaka se construit sur cette alliance entre romantisme et affrontements, entre douceur et dynamisme, pour se démarquer de la masse et imposer ainsi un style qui, s’il dévie quelque peu dans ses autres créations, reste présent dans nos esprits comme étant la base de tout son travail. Et même si un tel effort ne suffit pas pour charmer totalement un lectorat masculin, cela permet au public féminin d’apprécier d’avantage cette petite touche d’inattendu.

Voilà le principal sujet des shojos, mais aussi l’élément essentiel dans toutes les histoires de Yuu Watase : l’amour. L’amour, et le plus souvent, le trio amoureux. Le principe est assez simple, et permet de se tourner autour pendant pas mal de temps. L’avantage est de rester dans le vague, au début, avant de démontrer par a + b que le premier amour est particulier, immuable et éternel. Et c’est là que ça bloque. On imagine très mal une adolescente de seize ans rester toute sa vie avec le même garçon, à part dans les contes de fées … ou les  shojos ! Et ici vient la déception, de voir que finalement, on badine bien avec l’amour, qui n’est qu’une idée, un sentiment avec un grand S, une image, un idéal mis en images. Il est dommage de voir toute la naïveté des propos de l’auteur, qui ne fait cela que pour perpétrer la dimension rêveuse de la fiction. Sauf que cela ne fait pas vraiment s’évader l’esprit de frêles et jeunes lectrices … mais ennuie plutôt le public. Toujours la même rengaine, les amoureux et les laissés pour compte sont immédiatement identifiables dans un manga de Watase. Le beau héros a plus ou moins toujours la même frimousse, souvent la même coupe de cheveux, mais surtout le même genre de réactions. Et puis il est si facile de voir que c’est lui l’élu, quand on prête un tant soit peu attention aux pensées et dires de l’héroïne. Un frôlement ou une phrase dans la bouche du futur amoureux ou du futur meilleur ami fidèle n’ont pas du tout les mêmes répercussions sur la demoiselle. Bref, niveau romance, il n’y a strictement aucune intrigue ni aucun mystère. Comme si ce n’était qu’une toile de fond, histoire de dire qu’il y a cet amour éternel qui porte plus ou moins la narration. Sauf que, lorsqu’elle la porte trop, le tout devient lassant ou ridicule. Le plus bel exemple est Fushigi Yugi, mais même Ayashi no Cérès, Alice 19th et toutes les autres œuvres de l’auteur ne se focalisent que là-dessus, faisant du reste du scénario, pourtant prometteur voire souvent très bon, un détail. Les jeunes femmes ne vivent que pour leur amour : c’est la marque du shojo, mais aussi la raison de la grande déception à la lecture de certains titres. Notamment ceux qui ont autre chose pour plaire. Les titres qui ne visent que la romance, ne développent que cela sans parler de rien d’autre … d’accord. Dans ce cas là seulement, on peut apprécier la valse des sentiments. Mais gâcher de bonnes idées sous prétexte de faire s’aimer deux adolescents éternellement … non. Voilà la force et la faiblesse de la mangaka. Force, parce qu’il faut bien admettre que dans l’expression des sentiments en eux-mêmes, Watase excelle. Mais faiblesse, dans la mesure où tout cela piétine le reste, rendant la lecture parfois indigeste, répétitive voire ridicule.
     
   
   
   
Par delà l’amour, les sentiments dans leur globalité sont comme dirigés par le destin, dans l’œuvre de Watase. Tout est écrit, et bien que parfois les personnages réussissent à se soustraire, par la force de leur volonté, à ce qui les attendent, tout est prévu. Que ce soit le couple principal, la mort de tel ou tel protagoniste, la victoire du bien contre le mal ou encore le soleil après la pluie. Tout est contrôlé par certaines valeurs, indissociables du shojo selon Watase. Si tout se conforme à une ligne de conduite assez simple, c’est qu’il n’y a pas d’autre fin possible. Le but n’est pas la finalité du récit, mais son parcours. Les petites choses qui, si elles ne sont pas dotées de mobilité, surprennent encore. L’illustration se fait très bien par les prêtresses, leur destin tout tracé auquel elles peuvent parfois échapper par la force des sentiments et de l’entraide. Mais on retrouve également tout ça dans le triomphe perpétuel de l’amitié dans Imadoki, l’amour qui, une fois trouvé, ne déroge pas à la règle de l’éternel dans Lui ou rien, la persévérance contre les tabous dans Contes d’adolescence … Tout nous porte à croire que la vie a une existence propre, qu’elle nous pousse dans une certaine direction, qui serait dictée par la morale mais aussi par l’équilibre, quelquefois l’injustice, mais jamais l’irrationnel. La logique de la destinée de chaque personnage est évidente, notamment en ce qui concerne les principaux protagonistes. Rien n’arrive alors par hasard ou erreur, et toute épreuve permet de tester la capacité de résilience de l’héroïne ou de ses compagnons, afin de les grandir dans l’adversité, pour les sublimer et leur insuffler le charisme qui leur est propre. Tout n’est alors qu’affaire de destin, avec la conviction brute sous-jacente que l’existence a quelque chose qui la guide, une finalité mais aussi un parcours évolutif. On peut alors en venir à s’interroger sur la pertinence de parler de destin quand la spontanéité entre en ligne de compte. Est-ce bien utile, voire intéressant, de garder la valeur du Bien ou du Bon dans chaque épilogue de série ? Les sentiments doivent-ils toujours triompher de tout ? Watase semble insister sur une réponse affirmative, mais le lecteur peut ici même trouver une divergence avec l’auteur, dans la mesure où tout n’est pas si simple, et où le destin ne régit peut être pas nos vies à nous. Comment alors s’identifier à une fiction incertaine, guidée par une force dont on ne reconnait pas la suprématie ? Bref, en quelques mots, est ce que la destinée n’est pas systématiquement mise à mal dans les mangas de l’auteur, et surtout est ce que cette constante ne nuit-elle pas au regard que l’on pose sur le déroulement d’un scénario ? Un lecteur, une réponse. Mais si le destin se contente de « happy end », alors il est peut être bon de ne pas toujours s’y fier lorsque l’on écrit des histoires … 

Le dernier critère, mais non le moindre, est encore ce paradoxe évident que fait l’auteur entre la comédie et le dramatique. Si certaines de ses œuvres ne sont que légères et amusantes, celles dont on a parlé plus haut jouent sur les deux tableaux, avec un décalage flagrant entre certaines pages, qui tombent dans le ridicule juste avant de sombrer dans les larmes et le désarroi. Le ton souvent grotesque, l’humour peu évolué, le rire gras, tout cela contribue au souci de la mangaka à ne pas verser dans le sentimentalisme le plus complet, et à n’offrir de substance que dans le drame. Elle sait ainsi que l’horreur distribuée à tour de bras perd de son impact, de sa force et de son intérêt. Reste alors la seule solution de souvent décanter le tout par quelques situations amusantes, la plupart du temps associées à la maladresse ou à la personnalité des personnages. L’exemple le plus évident est la scène du bain : l’héroïne est dans la salle de bain (ou dans une source naturelle, dans Fushigi par exemple) vêtue du plus simple appareil, et l’élu de son cœur ou un futur prétendant déçu débarque avec force et fracas, se retrouvant nez-à-nez avec cette vision de rêve … Scène des plus classique chez Watase, qui à force ne fait même plus rire. Elle nous blase rapidement quand on la rencontre déjà trois fois dans une série, alors dans toute son œuvre réunie … Cependant, ce simple gag pas très fin s’inscrit déjà dans un comique de répétition qui survient souvent avant ou après une grande explication, une révélation brutale ou quelque chose dans le même goût. Ce qui permet de réduire un peu l’ambiance sérieuse de la narration, d’accentuer l’impact du moment qui précède ou qui suit, et surtout de faire sourire un peu. Il existe de nombreuses situations dans cette idée, bien qu’elles se diversifient. Parfois même, un personnage à lui seul apporte l’humour des situations stressantes ou très dynamiques (exemple de Oba-Q dans Ayashi no Cérès, lorsqu’elle est au volant par exemple). L’humour est souvent accompagné de SD (Super Deformed) qui accentuent encore les expressions des personnages, que ce soit la surprise, la gêne, la confusion … Bref, par le rire, Yuu Watase défait une atmosphère pour le moins tendue, la plupart du temps, ou alors se concentre dans une narration totalement humoristique. Et il faut reconnaitre que la dédramatisation récurrente de certaines scènes permet à d’autres de se faire ressentir avec une intensité toute particulière, notamment dans des mangas plus suivis comme Fushigi Yugi ou Ayashi no Cérès.
    
    
   
   
     

© by Yuu WATASE / Shogakukan Inc.

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