Vampire Chronicles - Actualité manga
Dossier manga - Vampire Chronicles

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Publié le Jeudi, 20 January 2011


Une inégalité scénaristique

  
La plus grande opposition dans ce manga, c’est son style même. On l’aborde en tant que shonen, et cela se justifie sans conditions sur le déroulement de l’histoire et la dynamique insufflée sans répit dans les pages de la série. Toutefois, on ne pourra nier une certaine part de douceur, un univers entier qui se colore du drapeau du romantisme. La dualité improbable entre la violence des combats et la tendresse des sentiments exprimés sans relâche sera un très intéressant point de lecture, aussi déstabilisant que vivifiant. Entre les combats purs et durs, où nos héros s’affrontent sans hésiter un seul instant et les longs moments, surtout introduits par des flash-backs, où chacun se confie et expose ses aspirations, c’est l’incertitude. Mais avant tout, les faiblesses de l’un se noient dans les qualités de l’autre et vice et versa. Cette complétude du mélange des genres a quelque chose d’extrêmement naïf, et à la fois très bien pensé. Ce shonen se révèle alors atypique, surprenant dans la véracité parfois touchante des émotions qu’il développe, notamment grâce à Akabara et Bridget. Mais on parle avant tout de romantisme dans le sens le plus littéraire possible, à sa véritable définition. Celle qui voit l’aspect fictif des émotions s’envoler, laissant place aux confessions et aux aveux, parfois maladroits, de ceux qui les pratiquent. La caractéristique en est la volonté d’explorer toutes les possibilités de l’âme, d’exprimer ses tourments et ses extases comme Strauss le montre alors qu’il ne sait plus bien quoi dire ni comment justifier le terrible crime qu’il croit voir peser sur ses épaules de roi déchu. Le romantisme de Vampire Chronicles est alors la réaction contre la raison, parcourant avec passion le fantastique et le mystère, cherchant l’évasion dans un autre monde, dans le rêve, l’affrontement et les mensonges. Et cette douceur poétique, bien que violemment exprimée, tranche quelque peu avec les passages plus crus, moins réfléchis et évidents dans le combat et la violence pure, que ce soit par la magie ou par les armes.

La deuxième incompréhension, c’est au sujet des personnages. Ceux-ci sont pourtant peu nombreux, au final, et revêtent normalement tous une importance. Sauf que l’égalité n’est pas le mot d’ordre qui définit leurs rôles, loin de là. Par exemple, Bridget à une place primordiale dans la série et surtout un poste passionnant, rempli d’évidence et d’intérêt. Elle en devient charismatique, superbe dans sa force et son pouvoir de décision et d’interférence. Quant à ses collègues dhampires, ils sont à des lieux d’elle. Même Jin, pourtant mis en avant de manière raisonnable, n’arrive pas à la cheville de la belle demoiselle, alors ne parlons pas d’Ethel et Fûhaku ! Ces derniers sont transparents, quasiment inexistants et n’ont aucune justification à être là. Au moins, Laetie a-t-elle son humour et sa fraicheur pour elle. Nos deux lascars ne servent à rien si ce n’est à faire du décor ou un groupe plus important de dhampires (deux, c’est peu crédible pour s’opposer au grand roi Akabara), et c’est bien dommage. Une ou deux petites psychologies pour Ethel et sa jeunesse, Fûhaku et sa protection constante n’auraient pas été de trop, bien au contraire. On regrette largement cet état de fait, d’autant plus que la série souffre parfois de quelques longueurs dans le traitement de l’information entre Strauss et la lune corrosive, laissant bien la place de développer nos deux amis. A l’inverse, un personnage qu’on croyait au début assez secondaire, apparaissant de plus tardivement dans la série, s’instaure une place confortable dans la narration. On parle bien évidemment de Morishima, qui ira jusqu’à supplanter l’homme dont il est le bras droit, mettant GM à la place de celui qui, mis à l’écart, ne vas plus faire que regarder de loin, bien à distance de l’endroit où tout se décide, où tout se passe.

On pensait pourtant l’homme au masque plus important dans la série, et d’ailleurs, ce masque tout comme celui de Fûhaku aurait pu être d’avantage exploité, ne serait-ce que sur les raisons de son existence, le retour que GM lui-même fait par rapport à sa situation ... Eh bien non, l’auteur aura préférer mettre en avant le jeune et ambitieux Morishima, intelligent de surcroît et tout à fait en capacité de passer, en matière de charisme, devant son supérieur. C’est sans doute là qu’on pourra voir la faiblesse d’un scénariste séparé du coup de pinceau qui donne vie à son histoire : Morishima a un tatouage, pourquoi, comment, quel est son passé à lui ? Plutôt que de remonter des siècles en arrière, parfois, cela n’aurait pas été plus mal de s’intéresser un peu d’avantage aux humains qui peuplent les pages. Enfin, on pourra s’attarder un instant, sans dévoiler la moindre révélation de fin de série, que la dualité entre Akabara et Kayuki ne se révèle que bien tard, avec une incroyable force pourtant, qui est justifiée par toutes les avancées visibles au long du scénario. La jeune fille est mise à l’honneur sur la fin du titre, avec même des petits apartés lui étant dédiés, autant pour l’humour que pour l’approfondir, elle et ses peurs, ses motivations. Voilà ce qui aurait été agréable de voir directement intégré à la narration principale, et ce pour plus d’un personnage ! Dommage ... Toutefois, on ne regrette pas le temps qu’ont mis ces deux figures magistrales de l’œuvre pour se confronter et se révéler l’un par rapport à l’autre, nous offrant alors une fin haute en couleurs et en qualité.
  
   
   
   
© Kyo Shirodaira, Yuri Kimura / SQUARE ENIX CO., LTD.

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