Vampire Chronicles - Actualité manga
Dossier manga - Vampire Chronicles

Reader Rating 17 /20

Sommaire

Publié le Jeudi, 20 January 2011


Des revirements constants

 
Le manga en lui-même est basé sur ce principe de retournement de situation, de surprise et de renouveau incessant. C’est le but du scénariste que de tenter de nous prendre à revers à chaque nouvelle information apportée au postulat de base, qui fait d’Akabara un traître à son peuple et un roi amoureux, désespéré, prêt à tout pour seulement retrouver sa reine enfermée loin de lui par les humains. Détruisant au passage les villes qu’il traverse, se faisant au fil du temps oublier par les peuples qui ne descendent pas du royaume de la nuit, aujourd’hui réduit en cendres. Sauf que les indices et les points de vue de chaque personnage nous permettent d’y voir plus clair, ou plus exactement de mieux percevoir ce qui se cache derrière le masque que Strauss s’est lui-même construit. Ce vampire immortel aux pouvoirs immenses est-il si méchant qu’on le dit ? Sa pitié et sa souffrance se lisent sur son visage dès le début, et on a bien du mal à croire à une simple vengeance, un peu trop facile et inintéressante dans un scénario qui se bonifie avec le temps. Il en va de même pour la lune corrosive, une fois le mystère Akabara plus ou moins élucidé. On la croit naïve et pure, incapable de faire du mal à son prochain, puis on pense lui découvrir une face bien plus sombre et dangereuse, sans trop savoir quoi ou qui croire, d’autant plus que tout le monde ou presque se fait un joyeux plaisir de mentir. Méchant, gentil, qui l’est vraiment et dans quelles proportions ? Mais peut-on différencier aussi brusquement deux positions qui, en fin de compte, se lient plus qu’elles ne s’opposent ? Sans doute pas, du moins nullement dans une vision aussi nuancée de la chose. Le roi et la reine ne cessent de changer de but et de motivations devant les yeux des lecteurs, alors que Bridget reste d’une constance incroyable, suivant une logique indéfectible qu’elle ne fuit jamais. Pourtant, elle n’est pas dénuée d’une certaine adaptation, et est remplie de mystères, sans que ceux-ci la changent complètement. Bridget reste Bridget de bout en bout, et c’est pourtant cela qui la rend sans doute si intéressante, comme plus grand personnage de la série aux yeux de certains.

Nos personnages ne font pas que se porter eux même, ils conduisent des affrontements et s’entre déchirent pour des raisons qui, elles aussi, sont constamment mobiles. Alors les combats, loin d’être manichéens, opposent simplement différentes visions du monde, différentes aspirations, qui se confrontent avec plus ou moins d’honnêteté et de clarté. Les dhampires affrontent depuis des millénaires celui qu’ils pensent être le traître à leur race, celui qui les aura fait souffrir au point de rendre leur peuple fragile et en voie de disparition. Se battant pour la possibilité de devenir des humains à part entière, afin d’oublier leur statut friable et inquiétant, ils tentent par tous les moyens d’obtenir d’Akabara un sang pur qui leur permettrait de se libérer de leur penchant vampirique et de retourner dans un monde, si évolué qu’il ne laisse plus la place qu’aux humains. Tandis que Strauss lutte, avec toute la prévenance dont il est capable, pour retrouver sa reine et changer le cours du destin sans avoir à se sacrifier, ou plutôt sans prendre le risque de faire échouer le seul espoir que Bridget et sa bande évoquent. Il a apparemment une toute autre idée en tête, et les plans et les complots ne cessent de se succéder durant toute la série, jusqu’à la fin puisque chaque détail est passé au crible et que l’on revient régulièrement voire constamment vers un passé qui détient, si la vérité est dite, toutes les clés de compréhension du présent. L’amertume d’Akabara et sa volonté de combattre, la haine de Bridget, mais aussi les faits et gestes réels de la lune corrosive et des dégâts qu’elle a entraînés, la naissance du cygne noir ...

En parlant de lui, on ne pourra échapper à la constatation évidente d’un changement brutal dans le récit en fin de série, lorsque les sentiments de Kayuki éclatent au grand jour alors que tout le long de l’œuvre on s’était fait une idée bien précise, qu’on croyait juste, de ses émotions. La jeune fille nous prouve que les à priori n’ont rien de bon, et qu’au final on ne connaissait rien d’elle jusqu’à ce qu’elle accepte de se dévoiler. Le combat final qu’elle entreprend, notamment, est superbement bien pensé, jamais ennuyeux et ne sombre pas dans une facilité qu’il serait pourtant aisé d’atteindre. Toujours, on ne sait qui vaincra jusqu’aux derniers instants de la bataille, grâce à la construction très astucieuse de l’auteur. En effet, en nous cachant Kayuki, du moins en ne dévoilant que le strict nécessaire tout en se concentrant sur le passé de nos vampires, le mangaka a occulté les finitions de son cygne noir, nous laissant penser qu’elle n’était pas si nuancée que cela. Les dernières scènes du manga nous prouvent le contraire avec panache, dans une volonté de nous la révéler dans les derniers instants, sans nous laisser le temps de réfléchir plus avant à ce qu’elle présente, et donc aux conclusions logiques de cette altercation. La bataille est psychologique avant tout, et tout au long du dernier tome on sera tenus en haleine grâce à une jeune fille à qui on n’avait pas prêté suffisamment attention et qui ne prend le temps de nous expliquer qui elle est que juste avant la lutte finale. La prise de conscience de Kayuki est alors aussi la nôtre, et c’est grande surprise que d’en arriver là, avec elle, nous qui ne la pensions pas capable d’un tel cheminement. En résumé, Vampire Chonicles parvient à nous surprendre à chaque page ou presque, jouant de la complexité de ses protagonistes pour faire évoluer un scénario qui n’a rien de simple, tant on se perd avec plaisir dans les raisons qui poussent tel ou tel personnage à se comporter de cette manière. Et c’est alors, au-delà des combats, la psychologie de nos héros qui se dévoile avec réussite et intérêt, dans une grande valse où la surprise est l’invitée d’honneur.
    
    
  
  
 

© Kyo Shirodaira, Yuri Kimura / SQUARE ENIX CO., LTD.

Suivre les commentaires du dossier

Ajouter un commentaire

*


Le code HTML est interprété comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Si vous voulez créer un compte, c'est ICI et c'est gratuit!

> Conditions d'utilisation
MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News