Dossier manga - UQ Holder ! - Partie 1
Sommaire

Publié le Vendredi, 13 April 2018


La formule Akamatsu moderne


Ken Akamatsu est un auteur qui aime énormément la comédie sentimentale mais aussi la dimension harem d'une œuvre, si bien qu'on le considère comme un pionnier du genre. Le schéma d'un héros entouré d'une multitude de jeunes femmes ne date pas d'hier, puisqu'il signe dès 1998 une comédie de 14 tomes où Keitarô Urashima en verra de toutes les couleurs, entouré d'une multitude de jeunes filles, avec Love Hina. Avec Negima l'auteur a récidivé de manière différente. C'est désormais une trentaine de demoiselle qui entourent le héros, un petit magicien de 10 ans, toutes étant encore des collégiennes. Ken Akamatsu va alors beaucoup jouer avec cette limite d'âge, Negi étant très jeunes et ses élèves, bien que souvent éprises de leur professeur, admettant très souvent que cette différence d'âge peut poser problème à leur âge.

Avec Negima !, la formule fut judicieusement mêlée à la dimension action de l’œuvre. Si sur un peu plus d'une dizaine de tomes c'est essentiellement une comédie romantique axée sur de nombreux chapitres humoristiques qui ressort, l'arc du tournoi de Mahora jouera avec les codes du nekketsu. Une menace pour les mages qui s'annonce, un tournoi d'arts martiaux, et une montée en puissance des différents personnages pour des affrontements de plus en plus spectaculaires sont les éléments qui caractérisent cette partie de l'histoire. L'arc du monde magique, qui couvrira toute la fin du manga, ira dans ce sens en troquant le concept de tournoi contre une grande aventure dans un monde de magie, et en élevant la menace à un niveau beaucoup plus sérieux. Le tout sans jamais oublier la place des élèves de Negi dans l’œuvre, bien que nombre d'entre-elles sont désormais pourvues de pouvoir et combattront aux côtés de leur professeur. En somme, Ken Akamatsu est parvenu à marier le shônen harem au shônen d'aventure, un cocktail qui fait l'originalité de Negima.



UQ Holder va marquer une autre évolution de ce schéma. Dès le départ, on sent que l'auteur va conserver au moins deux aspects de la série précédente : l'aventure mêlé au combat dans un monde fantastique (et cette fois futuriste), et la comédie sentimentale puisque les sentiments de Tôta pour Yukihime seront sans cesse évoqué, tandis que d'autres personnages s'amouracheront du héros. Le harem semble faire progressivement son retour, du même du fan-service qui gagnera une place assez importante avec des demoiselles finissant très régulièrement en tenue d'Eve (mais Akamatsu reste fidèle à lui-même et cache toutes les parties intimes). La différence vient du nombre beaucoup plus réduit de demoiselles cette fois, puisque cinq d'entre-elles seulement représenteront un enjeu amoureux potentiel, sans oublier Yukihime sur qui le héros jette son dévolu dès le départ. On sent alors que le mangaka souhaite rester fidèle à l'évolution de son style, mais adapte son œuvre à ses capacités. La classe de Negima l'a fatigué, et il doit repartir sur un groupe plus réduit de personnages récurrents pour se faciliter la tâche.

Mais l'auteur fait encore évoluer ce style pendant son œuvre, surtout en ce qui concerne le côté romantique de UQ Holder. Si on s'attendait à ce que le petit harem de Tôta subsiste jusqu'à la fin, le quatorzième volume fait un beau pied de nez au lecteur puisqu'il apporte une conclusion aux enjeux amoureux qui l'entourent. Tôta semble trouver sa promise à cet instant et, à moins que la suite de la série revienne là-dessus, la question de la fille choisie par le héros a trouvé son point définitif. Dès le tome suivant, ce sera à l'intrigue amoureuse de Negi de trouver sa conclusion. La question de sa petite préférée était restée en suspens, aussi Akamatsu y répond en prenant là-aussi le lecteur à contrepied, en sélectionnant l'une des élèves les plus improbables parmi celles entichées du professeur. Boucler tant de pistes amoureuses en si peu de temps laisse penser que l'auteur s'est peut-être lassé de ces quiproquos sentimentaux, ce qui le forçait à nourrir son œuvre en développements romantiques régulièrement. Tout laisse croire que UQ Holder se dirige vers de l'aventure et de l'action, essentiellement, afin de traiter son intrigue principale. Mais connaissant Ken Akamatsu, le fan-service et la romance devraient garder une petite place, le contraire serait en tout cas étonnant.


Ken Akamatsu, le Temps, et le méli-mélo scénaristique


Se repérer dans la trame de UQ Holder n'est pas forcément chose simple. La première difficulté, nous l'avons déjà évoquée : il s'agit du paradoxe entre l’épilogue de Negima, très happy-end, et le sort pessimiste qui entoure Negi et l'Ala Alba dans cette « suite ». Un point qui peut poser problème au début donc, puisqu'on se demande finalement si la conclusion de Negima est à considérer, ou si Ken Akamatsu n'en n'a pas juste un peu trop fait en voulant apporter des rebondissements au combat de Negi.

La trame de UQ Holder est particulièrement simple dans sa première partie, le récit enchaînant différents arcs pour introduire les membres de l'équipe de Tôta dans les premiers volumes. Un schéma d'introduction tout à fait ordinaire qui ne pose pas de vrai difficultés de compréhension, si bien que c'est cette phase de la série qui est la plus accessible et qui ne nécessite pas d'avoir lu la précédente série du mangaka. C'est même sur cette étape du récit que Ken Akamatsu s'en donne à cœur joie pour développer le concepts des immortels en plantant différents concepts. Contrairement à Negima, UQ Holder ne se cantonne pas à la magie. Le surnaturel peut ainsi prendre une multitude de forme permettant de varier les arcs, les pouvoirs et les personnages, un aspect du récit qui lui donne une réelle identité.



Cette trame va se complexifier à partir de l'arc du tournoi de Mahora, un tournoi seulement dans le nom puisqu'il s'agit simplement d'une période entourant l'action, et que la compétition n'est pas encore montrée. C'est à ce moment que va être introduit un personnage haut en couleur, effrayant mais aussi intéressant dans son concept : Dana. Femme redoutable et impitoyable, la « sorcière des failles » est un concept à elle seule puisqu'elle peut utiliser les failles de l'espace-temps, se balader entre les époques ainsi qu'entre les mondes. Un concepts complexe sur le papier et qui va avoir deux effets : amener un entraînement particulièrement rude pour Tôta et ses compagnons, et servir de facilité scénaristique pour mieux relier UQ Holder à Negima. Comment peut-on justifier que la fin de la série précédente soit un déroulement alternatif de l'histoire ? Dana apporte la réponse idéale puisqu'elle peut naviguer dans les failles qui lient les mondes.

Et ce concept, Ken Akamatsu va l'exploiter à fond, jouant avec les époques quitte à déstabiliser totalement son lecteur. Il va notamment être question d'Evangeline, le personne qui aura sans doute le plus évolué depuis Negima. En résulte un passage assez complexes qui renvoie à différentes époques de l'histoire du personnage, et par conséquent à certains moments de la série précédente. D'une manière générale, le mangaka cherche à densifier la trame globale de sa saga. Il revient sur certains éléments, les complexifient en faisant en sorte que Tôta y soit lier, si bien qu'il faudrait mettre sur papier une véritable frise chronologique pour comprendre exactement le déroulement du temps dans la série.

La notion de « Passé » est particulièrement chère à l'auteur. Il s'y attache dans sa vie personnelle en cherchant à donner une autre jeunesse à des œuvres qui ne sont plus éditées, en les publiant sur un site internet. Un attachement qui fait écho à son œuvre puisque, comme s'il n'était pas totalement satisfait du passé qui règne dans sa saga, Ken Akamatsu veut le densifier et lui apporter une nouvelle vision. Il ne serait donc pas étonnant que, par la suite, il joue avec les acquis des lecteurs, comme il l'a fait jusqu'à présent dans UQ Holder. Un traitement du temps particulièrement passionnant et lourd de sens, donc. On ne peut s'empêcher de voir dans le traitement de l'univers la personnalité marquée d'un mangaka qui ne se contente pas de proposer qu'un simple divertissement d'action.
  
  
  

UQ HOLDER! © KEN AKAMATSU / Kodansha Ltd.

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