Trèfle - Actualité manga
Dossier manga - Trèfle

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Publié le Jeudi, 19 August 2010


L’amour des mots

  
Quiconque lira Trèfle ne pourra échapper à la douce rengaine des chansons d’Oluha, qui peuplent le manga, le portent et le déterminent. C’est pour montrer leur importance et leur puissance que ces phrases sont répétées sans cesse, rythmant les petits chapitres, soulignant tel ou tel sentiment ou quelque moment clé de l’histoire. Car si à elle toute seule, Suh irradie la poésie et la féérie, les CLAMP refusent de se cantonner à une simple héroïne un peu mélancolique. Dans les deux premiers tomes, c’est la chanson « Trèfle » qui prend tout son sens, révèle les sentiments de la jeune fille. On apprend par la suite qu’elle a été écrite non pas par Oluha seule, mais également grâce à Suh. C’est la naissance de leur amitié, de leurs sentiments communs exprimés en chanson. Ceux qui trouveront cette mélodie trop présente ne comprendront alors pas la beauté qu’elle exprime et l’importance capitale qu’elle représente. Dans la seconde partie, c’est Oluha qui est mise à l’honneur, avec son histoire d’amour envers Kazuhiko, et les conversations qu’elle tient avec Suh. La chanson « Amour » convient alors parfaitement. Elle y exprime ses doutes, ses regrets, le temps qui lui manque, et la sublime en la dédiant aux deux personnes les plus importantes dans son cœur. Ce qu’il y a de magnifique, c’est que toute la compréhension qu’on a de ces paroles ne se fait que tardivement, généralement à la fin d’un acte. Cette omniprésence de mots saccadés, jetés sur le papier dans une douce farandole d’émotions nous entraîne littéralement et rythme la narration et le peu de dialogues pour nous empêcher de penser, nous forcer à plonger la tête la première dans un récit alambiqué sans que l’on puisse dire quoi que ce soit. Ce qui est d’autant plus blessant lorsque la voix retombe et que les applaudissements résonnent, nous laissant un peu abasourdis, sans trop savoir quoi penser du spectacle qui vient de se produire en un rien de temps sous nos yeux. Ce n’est que et uniquement grâce aux chansons d’Oluha que le manga prend autant de force dans ses moments dramatiques, ce n’est que par ce trop plein de mots que le lecteur peut arriver à se libérer des simples dialogues pour aller voir bien plus loin, dans tout ce qui ne se dit pas …

Car Trèfle, c’est aussi tout ce qui ne se dit pas tout haut, tout ce que les mots ne suffisent pas à exprimer, tout ce qu’il faut comprendre en lisant entre les lignes. Notamment grâce à, on l’a dit, la construction chronologique assez particulière du récit. Tout se comprend en différé, tout a un impact à effet retard, même certaines phrases, où certains détails des chansons d’Oluha. La vision se doit d’être entière et globale, suffisamment large et souvent réitérée pour saisir tout ce que les mangakas souhaitent faire passer. D’un côté, la magie de la première lecture pourrait rester intacte, avec son incompréhension, ses détails oubliés, ses maladresses. De l’autre, le lecteur qui lit et relit le manga s’offrira le luxe de voir tout ce qu’on ne voit pas de prime abord, par exemple l’importance de Kazuhiko, sa profondeur et ses doutes. Mais aussi la présence de Ran, qui passe inaperçue et les agissements de Gingetsu, un peu flous parfois. Tout cela nous passe largement à côté au début, tant les deux dames du manga prennent de la place et de l’importance, l’une dans la première partie essentiellement, l’autre dans la seconde, toutes deux ayant cependant une place capitale dans l’existence et la destinée de l’autre. Ce sont elles qui suggèrent toutes les notions réflexives du manga, elles qui abordent la mort, la vie, le bonheur, la solitude et l’amour. Elles encore qui rendent ce monde à la fois irréel par l’existence de magiciennes et réaliste par la simple présence d’une chanteuse ayant du mal à percer. Devant la simplicité des paroles, on s’attendrit. Devant leur profondeur, on s’émeut. C’est une véritable chorégraphie des sentiments pour le spectateur qui colle à la narration sans pouvoir la modeler, revenir en arrière ou la devancer. Le temps ne nous appartient plus, et c’est l’amour des mots qui guide le récit vers la sensibilité à l’état pur. C’est encore cette attirance qui permet à la poésie de se révéler en peu de mots, en peu de choses. Les amateurs de légèreté et de beauté ne pourront qu’être comblés par l’association subtile des deux qui se noient dans une chanson pour nous faire voyager au rythme de la voix claire d’Oluha et des désirs égoïstes de Suh.
   
 

 
 

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