Trèfle - Actualité manga
Dossier manga - Trèfle

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Publié le Jeudi, 19 August 2010


Une poésie venue d’ailleurs

 
Comment parler de Trèfle sans parler de poésie ? Mais l’on commencera par parler un peu de l’univers de la série, dans lequel Suh évolue plus ou moins difficilement. Ce monde de fantasy s’approche d’avantage d’une ambiance cyberpunk, avec ses technologies ultra développées et ses améliorations de l’être humain par la machine. Il est facile d’illustrer ces propos par la main de Kazuhiko qui se transforme en arme, où encore les ailes mécaniques de Suh, les moyens de transport peu communs, la haute sécurité autour du trèfle à quatre feuilles et autres dérives de la mécanique. En parlant de trèfles, il est sans doute temps de s’éclairer un peu sur leur existence. Le manga se base sur l’existence de cinq sorciers, les Wizards, qui forment un conseil gérant beaucoup de choses dans les affaires du gouvernement. En l’occurrence, ce groupuscule de vieux sorciers aurait réuni des enfants dotés d’étranges pouvoirs pour les classer selon leur force, le tout réparti dans le projet des feuilles de trèfle. Il existerait un trèfle à quatre feuilles, unique : Suh. Trois trèfles à trois feuilles, dont un serait mort et l’autre en liberté ainsi que plusieurs autres à une ou deux feuilles, restant sous surveillance mais en liberté dans la société, tandis que ceux qui présentent un danger pour le conseil sont cantonnés à l’abri. Ainsi, un des trèfles à trois feuilles est retenu en sécurité puisque s’il s’allie à son frère, c’en est la fin du conseil. De même, Suh est maintenue dans une grande cage de verre, tel un oiseau que l’on aimerait contempler sans trop vouloir prendre le risque de le laisser partir ou de le voir se retourner contre soi. C’est dans ce contexte que Suh découvre la solitude, ou plutôt expérimente sa seule condition qu’est la solitude. Mais avant de s’étendre sur le désarroi de notre petite princesse, il faudra s’attarder quelques instants sur la vision globale de l’univers dans lequel nait le manga. Passé, futur, autre monde, on ne sait pas vraiment à quoi on a à faire lorsque l’on parcourt les premières pages du volume un. Car si la technologie nous fait penser au futur, l’absence de véritables oiseaux, l’invention d’animaux de compagnie supposés rythmer les journées de Suh et l’étrange peuple pas tout à fait humain qui recueille Kazuhiko et sa protégée nous oriente d’avantage sur un monde tout autre. Cela renforce fortement l’idée d’irréel, de fantastique et de féérique, totalement en dehors de nos réalités certaines.

De par sa nature même, Suh est quelqu’un non pas de solitaire mais de seul. Tenue à l’écart de ses semblables, ou même de la vraie vie, elle passe son temps à chantonner dans sa cage de verre, sans se lasser d’être considérée comme un oiseau au beau plumage. En étant unique, elle est aussi dangereuse et menaçante, ce qui contraste avec son être d’une pureté, d’une naïveté et d’une tendresse sans pareils. Suh va alors entreprendre une réelle et désespérée recherche du bonheur, cette notion qu’elle ne connait que de nom, cette idée qu’elle rêve d’atteindre un jour, de toucher du doigt. Elle est alors représentée comme une enfant, ignorante de la violence du monde extérieur mais aussi de ses plaisirs. Elle ne sait d’ailleurs pas exprimer ce qu’elle aime, n’ayant jamais eu à saisir ce sentiment. Sa sortie, grâce à Kazuhiko, est alors un éveil à la vie, une seconde naissance qui lui permet de reprendre du début sa quête. La mélancolie s’invite alors rapidement dans le récit, manifeste d’une grande touche de poésie solitaire. Jusqu’au bout, on est en droit de se demander jusqu’où Suh avancera-t-elle, si elle parviendra à seulement effleurer ce qu’elle voudrait étreindre. Son voyage, sa libération est une envolée vers elle-même mais aussi vers les autres, vers Kazuhiko qu’elle libérera de ses souvenirs, vers ses rêves et ses espoirs en laissant une souffrance et une tristesse sans fin derrière elle. Dans les deux premiers volumes, ce qui équivaut au premier tome de la réédition, c’est alors Suh qui est au centre de toute notre attention, qui captive les esprits et qui émeut les cœurs. Plus l’on avance, plus l’on y croit et plus la conclusion sera forte de conséquences. Plonger dans l’univers poétique et émouvant de Suh, une expérience toute particulière et délicieusement indescriptible. 

Le manga a beau avoir l’air simple au premier abord, malgré les grandes phrases et les graphismes dynamiques, du moins simple dans ses idées et dans sa narration, il n’en est rien. De nombreuses questions se greffent sur le récit principal de la solitude, grâce aux différents protagonistes de l’histoire. Un autre point à signaler et celui de l’humour. Il n’y en a pas du tout dans Trèfle. Certaines œuvres des CLAMP savent être très sérieuses et ajouter une pointe de rire pour alléger le manga et le rendre plus accessible. Ici, il n’en est rien puisque le groupe de mangakas élimine volontairement le rire des possibles réactions à la lecture du manga, pour renforcer l’intérêt de certains lecteurs et peut être en perdre d’autres au passage. Le titre ne s’adresse alors de toute évidence pas à un public trop jeune, avec ses réflexions poussées sur les sentiments humains. Le récit devient presque sombre, s’il n’y avait pas eu la candeur et la fraicheur de Suh. Au lieu d’être triste, malgré un personnage principal qui transpire la mélancolie, le ton se fait léger pour une ode à la joie de vivre et au droit au bonheur, ainsi qu’à l’importance discrète d’une chanson qui fait rêver … Mais ce qui fait aussi l’aspect à la fois léger et magnifiquement pesant de sens de la narration, c’est sa construction des plus originales. Les deux premiers volumes se posent comme étant les faits les plus avancés chronologiquement parlant, afin de nous faire toucher l’ampleur des sentiments développés par la suite. Ainsi, le quatrième volume serait le premier dans le déroulement des événements, et le troisième serait la parenthèse intermédiaire, en seconde position. Ce retournement permet alors de développer par la suite des personnages secondaires rencontrés en début de titre, renforçant leur profondeur sans ternir l’importance écrasante de Suh et la suprématie de son existence dans le début du manga. Apportant réponses, émotions et nouvelles questions, les deux derniers volumes parus renforcent de manière évidente la posture de Suh en tant que muse poétique. Et qui dit poème, dit chanson ?
    
 

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