The end of the world - Actualité manga
Dossier manga - The end of the world
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Publié le Vendredi, 06 March 2020


Découverte d'un monde, entre naissance d'un lien fort et portrait de société au vitriol


Dès les premières pages de The end of the world, Aoi Makino nous plonge dans un quotidien aussi réaliste que dur pour ses deux héros, où elle met d'abord en avant le problème des brimades scolaires, un sujet déjà joliment abordé dans des oeuvres comme Vitamine ou Life auparavant, que que par la suite on a pu retrouver dans pas mal d'autres titres de manière plus ou moins prononcée. Mais qu'on se le dise, si l'oeuvre séduit dès le début de par l'ambiance qu'elle installe avec cet aspect, elle est loin de se limiter à cela, et prend tout d'abord le temps de poser le background et de développer la psyché de ses deux héros, qui vont s'influencer mutuellement.





On découvre donc en Kawaguchi un jeune garçon étonnant. Vivant seul avec son grand-père dans une grande maison où il collectionne tout ce qui a rapport aux trains, il fait face avec une force hors du commun aux brimades qu'il subit quotidiennement. Bien qu'il soit totalement esseulé, il ne pleure jamais, conserve toujours un regard fort, encaisse les pires humiliations sans broncher. Très cynique envers les autres, il pose d'abord un regard tout aussi blasé sur Azusa, avant de découvrir plus en détail son passé et ses problèmes, très proches des siens. Assez idéalisé (il faut bien avouer que quand on est victime de telles brimades, on ne peut sans doute pas garder un self control tel que le sien), le jeune garçon n'en reste pas moins une figure forte et intéressante. Tellement forte qu'elle va vite influer sur la mentalité d'Azusa. Désireuse de rester discrète pour ne plus subir les mêmes problèmes qu'à Kobe, s'effaçant au point d'accepter de sortir avec Kasuga pour un couple que tout le monde, sauf elle, idéalise, la jeune fille va changer petit à petit en observant la force mentale de Kawaguchi, et en commençant à le fréquenter, si bien que celui-ci finira par lui ouvrir les yeux.

Aoi Makino cisèle bien les choses. Les évolutions initiales de ses deux personnages principaux apparaissent naturelles car la mangaka prend le temps de les développer, ainsi que leurs douleurs internes. Sur ce dernier point, il faut saluer le focus du tome 1 sur les relations des deux adolescents à leur famille, car très vite, on découvre le lien fort unissant Azusa à ses parents, qui se sont toujours inquiétés pour leur fille, au point de plaquer leur travail, de tout laisser tomber pour déménager. C'est d'autant plus poignant qu'en contrepartie, la jeune fille, par amour pour sa famille, est bien décidée à ne plus leur poser tant de problèmes. De même, quand les faiblesses de Kawaguchi ressortiront, certaines scènes avec son plus proche confident, son grand-père, auront de quoi toucher.
Egalement, les dialogues sonnent juste, la mangaka s'adonnant un peu, dès le premier volume, à l'exercice des métaphores, à l'image de celle des trains et des rails, reliés au monde entier, comme pour permettre de partir à tout moment, d'échapper à un monde tout petit pour retrouver sa liberté.

Bien sûr, on n'évite pas la romance habituelle, on devine très vite qu'Azusa et Kawaguchi vont être attirés l'un par l'autre, mais il s'agit d'un élément comme un autre, Aoi Makino n'en fait pas des tonnes là-dessus, et le rapprochement paraît naturel et touchant, du fait des événements unissant les deux adolescents.

Le harcèlement scolaire, les conséquences psychologiques qu'il implique, la volonté de préserver ses proches, ou même brièvement les rencards tarifés avec des mineures... La mangaka offre immédiatement un portrait étonnamment riche et juste de certains problèmes de société. Et pourtant, dîtes-vous que tout ce dont il a été question jusque là dans cette partie n'est pas le problème central de la série, mais forme juste le déclencheur d'un drame plus grave encore.

Ce drame, on le sent venir petit à petit à travers divers indices laissés au fil du tome 1, via un astucieux système de flashbacks le mettant en avant par bribes, de façon de plus en plus précise, jusqu'à ce que tout éclate en laissant plutôt stupéfait, même si on le sentait venir. Un système narratif qui rappelle notamment l'incroyable tome 9 de The Top Secret, pour celles et ceux qui ont lu cette excellente série de Reiko Shimizu, bien que le traitement dans The End of the World soit tout de même beaucoup moins puissant et inattendu. Mais voir ça, un procédé si ambitieux dans un shôjo issu du magazine Ribon de Shûeisha, ça fait quand même du bien.





Ce drame, il s'agit donc de la mort de l'ordure Kasuga, accidentellement tué par Azusa sous les yeux de Kawaguchi. S'ensuit alors le réel départ d'une série qui semble également destinée à flirter avec le policier et le thriller par la suite, tout en n'oubliant jamais le développement de ses personnages. Le tour tragique qui est joué à nos héros enclenche chez eux des sentiments aussi forts que la détresse totale, la culpabilité ou la volonté de protéger ses proches (on reste marqué par la volonté d'Azusa de préserver sa mère, qui semble prête à craquer à tout moment si elle découvre que sa fille a à nouveau des problèmes), et l'on se demande alors vraiment ce qui attend chacun des personnages, qu'il s'agisse des héros ou des protagonistes secondaires.
 
  


SEKAI NO HATE © 2011 by Aoi Makino / SHUEISHA Inc.

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