Dossier manga - The Top Secret

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Sommaire

Publié le Vendredi, 25 March 2011


Une narration divisée


Dans une telle série, on ne peut parler d’un monde uniforme, d’un univers renversant et perturbant. Car dans toute horreur il y a son contraire, dans le jeu des contrastes pour appuyer d’autant plus telle ou telle situation. The top secret ne fait pas exception à la règle, et il y a alors deux pôles bien distincts dans le scénario : les drames des divers crimes qui peuplent le manga, l’effroi ponctuel qu’ils apportent tout en insistant sur leur caractère éphémère, dans le présent des lecteurs et des acteurs de cette série. En effet, chaque épisode est présenté sous forme de nouvelle et se détache ainsi d’un fil continu plus tenace et linéaire, plus discret également. C’est donc qu’une fois la dernière page d’un dossier tournée qu’on l’oublie ? Pas forcément, et parfois même bien au contraire. Déjà, parce que rien n’est terminé après un drame de l’ampleur de ceux qui naissent sous la plume de Reiko Shimizu. Parce que, confrontés à ces histoires, on pense forcément à ceux qui restent, à ceux qui n’oublieront jamais et dont les cœurs ne trouveront pas le repos, même avec le temps. Mais aussi, et surtout, parce que l’auteur tient à nous montrer qu’il n’est pas anodin de rendre justice, de comprendre le mode d’action des tueurs et, parfois, d’accéder aux esprits les plus étranges et les plus dérangeants qui existent. Ainsi, le lien est souvent fait avec l’impact que tout cela peut avoir sur nos inspecteurs préférés. Ikko, notamment, ramènera beaucoup de situations à ses propres expériences, surtout quand dans sa vie personnelle il lui arrivera de perdre un être cher ou de voir une nouvelle vie apparaitre à ses côtés. Le jeune homme se posera souvent une multitude de questions sur les victimes et, finalement, avec sa patience et son don d’empathie, il arrivera parfois à voir l’invisible, à insister sur ce qu’il faut réellement faire. C’est un atout que d’avoir créé ce naïf mais très sensible personnage, qui fait souvent le lien vivant entre le ponctuel des enquêtes du labo et le continu de la vie de ce même labo, et de ses membres.
 
 

 
Pourtant, qu’on ne s’y trompe pas, c’est avec l’apparent insensible commissaire Maki que l’on va le plus découvrir la teneur de cette proximité indéniable entre ce qu’il se passe dans les enquêtes et dans leur vie. L’une des premières affaires du labo a mêlé un esprit totalement malade et affreusement sombre et une certaine sensibilité, pour un résultat plutôt dramatique dont Maki a été la principale victime. D’ailleurs, toute l’intrigue et le fil conducteur des premiers tomes, pour nous passionner, tournent autour de cela. Si bien que l’aspect haché et brutalement terminé des enquêtes ne nous concerne plus vraiment, au vu de la puissance dont les souvenirs se nourrissent pour se changer en traumatismes. On a ainsi, au début de chaque nouvelle affaire, deux parties bien distinctes et vraiment indépendantes dont le seul point commun apparent est l’utilisation d’une nouvelle technologie qui passionne autant qu’elle effraie. Puis vient toujours se glisser un grain de sable. Une allusion, une situation qui en appellerait une autre, et instantanément Ikko nous apporte son regard naïf, idéaliste et alarmiste sur ce qu’il se passe, tout en sachant étrangement bien gérer les débordements qui le prennent de temps à autre, que ce soit par chance ou pour toute autre raison. Ou bien alors le regard méfiant et expérimenté de Maki, qui refuse de se laisser aller à l’improvisation, à la précipitation dangereuse et qui pourtant cède parfois sous le dynamisme de sa nouvelle recrue. Un duo parfait qui parvient à chaque fois à nous relier les deux mondes développés naturellement par la narration. Parfois, d’ailleurs, les évolutions de chacun des personnages principaux n’ont d’impact que plus tard dans le récit, preuve est faite par l’importance de la spontanéité et la rapidité de décision d’Ikko, qui lui a souvent été préjudiciable mais qui, dans le tome 7, est un véritable salut ! Et cela même si le tome en question est un peu particulier, car d’avantage centré sur l’enquête policière que sur les protagonistes récurrents de la série à part Maki qui conserve une place particulière dans le récit. Cela se rapproche d’ailleurs d’avantage d’une investigation normale, sans aborder ni l’horreur ni les problèmes liés à l’utilisation de la machine qui lit les cerveaux des victimes. Comme si l’auteur, de temps à autre, s’éloignait de la promiscuité des deux versants de son scénario pour se centrer d’avantage sur l’intrigue, laissant le reste à un stade plus secondaire ... ou le contraire, exemple est fait avec le tome 2 qui se base sur la disparition d’une nouvelle venue dans l’équipe du labo ...

Un autre intérêt réside dans le tome 6, opus qui revient en arrière, flash-back au poing, dans l’équipe du labo pour présenter Okabe, son arrivée et la raison de son attachement dévoué et aveugle à Maki. Ce personnage a de quoi être approfondi au vu de l’importance qu’il prend dans la narration, et braquer un projecteur sur lui permet d’effacer quelque peu l’étiquette de comique maladroit qu’il empruntait souvent auparavant, pour le replacer dans un contexte bien plus pertinent. A savoir, sa première enquête au labo n°9. Si l’inspecteur en lui-même est passionnant, d’autant plus qu’il nous donne une vision de Maki assez intéressante, on apprécie surtout le geste de ne pas négliger les figures plus oubliées, qui mine de rien sont présentes à chaque instant. D’autant que la mentalité des inspecteurs qui travaillent dans une telle branche de la police scientifique est extrêmement importante, on l’a montré avec la plus dure enquête que ce labo ait subie, perturbant au passage plusieurs membres de l’équipe. L’auteur mène alors de front ses multiples affaires, dont certaines qui ont un rôle prédominant dans le temps, les sentiments des personnages tels que Ikko, Maki ou le docteur Miyoshi, et l’explication de tous ces meurtres ! Explication qui est d’ailleurs loin d’être simple, quand on s’y penche d’un peu plus près. Et allier les amours, les mauvais souvenirs, les espoirs et les valeurs des personnages phares de The Top Secret tout en conciliant les perturbations qui surviennent dans leur travail, à la réalité cruelle et impitoyable ... c’est une superbe mise en lien de l’histoire. Un tour de maître pour une mangaka qui équilibre la résolution des mystères et l’évolution de ses protagonistes principaux sans jamais ciller dans le réalisme de ceux-ci et l’intensité de la domination muette que les blessures du passé continuent d’avoir jour après jour. Mais, et bien heureusement, Reiko Shimizu n’a pas fini de nous en apprendre sur ses personnages, et on l’espère pour longtemps encore ! Les obligations auxquelles est soumis M. Maki pour préserver l’existence de son laboratoire, face à l’idéalisme d’un Aoki, sont d’ailleurs autant de pistes intéressantes, qu’on aurait plaisir à voir davantage approfondies dans la suite de la série.



HIMITSU © 2001 by Reiko Shimizu/HAKUSENSHA Inc.

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