Dossier manga - The Top Secret

Reader Rating 19 /20

Sommaire

Publié le Vendredi, 25 March 2011


Réalité ou fiction de la nature humaine ?


La première chose qui dérange quand on commence la série The Top Secret, ce n’est pas tant l’esprit diabolique des psychopathes ou simples tueurs mis en jeu. Ce n’est pas non plus vraiment la cruauté de leurs actes et le rendu très détaillé que l’auteur en fait, non. C’est surtout cette machine, qui peut lire les souvenirs visuels enregistrés par le cerveau de personnes mortes. Permettant alors aux inspecteurs de peut-être voir, ou bien deviner, l’identité du meurtrier grâce au cerveau de la victime. Mais ce qui perturbe vraiment, c’est de voir qu’un tel instrument est utilisé dans les années 2050-2060, c'est-à-dire peu de temps après notre époque ... et surtout, que ce n’est pas une fabulation totalement irrationnelle de l’auteur pour simplement verser dans la science-fiction, son domaine de prédilection. Non, on devine bien que cet instrument pourrait être fonctionnel à notre époque, dans notre pays ou un autre, selon la souplesse et les limites au mot éthique. De la science-fiction ? Pas tellement, finalement, ou alors si prégnante et peu fantasmée qu’on pourrait la croire réelle. Pas de gros trucs technologiques dont on n’aurait jamais entendu parler, et au vu de la rapidité des recherches actuelles, cela pourrait arriver en quelques années après s’être basé sur les avancées dans la compréhension du cerveau humain. De plus, et ce qui rend le postulat de base de ce manga d’autant plus proche et réaliste, c’est qu’on le voit naître, dans le tome 1. On en voit les prémices, les maladresses, puis plus tard la marge de progrès qui a été faite sur cette technologie. Ainsi, on a l’impression que demain pourrait naître la même impulsion, la même création ... et cela amène tout un amoncellement d’interrogation quant au statut de confidentialité, de respect de la vie privée ... que l’on abordera un peu plus tard. Notons également que tout le reste, dans le monde créé pour l’occasion par Reiko Shimizu, est sensiblement identique à notre propre civilisation. Pas de super voitures qui volent, pas de train dans les airs ni de cravates auto nettoyantes. Aucune fabulation sur l’avenir, mis à part cette machine, aucun rêve de grandeur ou simple débordement quant à un monde qui n’existe théoriquement pas encore. Et c’est précisément cet enchainement de petits détails qui rend l’ambiance du manga ... réelle, presque admissible et encastrée dans notre façon de lire, de voir le monde de la mangaka. Comme si c’était normal ...




Cependant, et avant tout, un manga reste une fiction et la réalité, aussi présente qu’elle soit, ne l’est jamais vraiment. Dans The Top Secret il y a ainsi une grande part de romancé, pour enjoliver l’histoire, la mettre en scène et théâtraliser un scénario pour le rendre plus intéressant. Ainsi, dans l’histoire du manga, on notera un grand nombre de coïncidences, de petits riens toujours liés et, au final, expliquant tout. De plus, le ton de certaines affaires se fait parfois moralisateur, dans un besoin de rendre plus dur le message qui se dégage de telles résolutions d’enquêtes, mais une morale qui nous est adressée à nous et qui rend alors le ton plus narratif, plus fictif. Ce qui fortifie l’impact des situations du manga remet dans le même temps l’histoire à sa place d’histoire, justement, décalant alors le dérangement du lecteur face à une telle réalité. Enfin, malgré la tripotée de morts qui se bouscule aux portes du laboratoire n°9, on remarquera que les sauvetage des victimes, ou même le sauvetage moral des pires assassins ont souvent lieu, dans un élan positif pour essayer de tirer quelque chose de cette noirceur et de laisser à la nature humaine un semblant d’espoir quant à son évolution ... Message bien caché d’optimisme, il est cependant bien présent et défend ses intérêts avec simplicité, dans le but de sauver les pauvres âmes torturées d’un monde qui court à sa perte. On peut également soutenir le postulat de fiction créée comme telle devant la nature de nos tueurs en série : la plupart des meurtriers ont ici quelque chose de fascinant, d’inaccessible et d’horrible à la fois. Ce sont parmi les plus grands noms du crime et de la cruelle marginalité des désaxés qu’on pourrait inscrire les leurs, et Reiko Shimizu ne se prive pas pour sous-entendre ou même montrer l’étendue de leurs pensées, à travers cette machine qu’elle a inventée justement dans ce but. Pourtant, certaines affaires nous rapprochent de ce que l’on connait mieux, des assassins plus simples, parfois seulement perdus et abandonnés à eux-mêmes, on relèvera pour cela les tomes 4 et 7 qui sont plus dans la normalité, dans le crime passionnel sans torture morale, avec une construction psychologique du crime plus classique, moins alambiquée et réfléchie. Cela nous rassure, parce qu’à force de croiser dans ces pages d’horribles vengeances, on pourrait croire qu’il n’y a que des psychopathes dehors ...

L’auteur vogue donc entre ces deux entités que sont la réalité et la fiction, prenant parfois de l’un, parfois de l’autre, pour créer un tableau complexe et dérangeant de la criminalité et de ses travers.
 
 

HIMITSU © 2001 by Reiko Shimizu/HAKUSENSHA Inc.

Suivre les commentaires du dossier

Ajouter un commentaire

*


Le code HTML est interprété comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Si vous voulez créer un compte, c'est ICI et c'est gratuit!

> Conditions d'utilisation
MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News