Dossier manga - Team Medical Dragon

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Sommaire

Publié le Jeudi, 21 July 2011


L'esprit d'équipe (Team)

 
Team Medical Dragon nous lance presque directement dans le feu de l'action. Un seul chapitre introductif suffit à Akira pour recruter Ryutaro. A noter d'ailleurs qu'à cause de ce premier chapitre, le manga ne commence pas vraiment sous les meilleurs hospices. Les premières pages nous gratifient d'une scène érotique malvenue, suivie de pas mal de vulgarité de la part d'Asada (sans doute pour montrer à quel point ce personnage est iconoclaste) et d'un fan service très banal. Une scène du genre dès les premières pages, c'est plutôt rare... Dans le même genre, seules les premières planches de Berserk me reviennent en mémoire. Le problème de ce premier chapitre est d'être tout en contradiction. Le fan service y est mêlé à un flashback précieux portant sur les interventions d'Asada pour le compte d'une ONG. Pourquoi « précieux » ? Parce qu'en plus de 17 tomes, c'est la seule fois que l'on apercevra réellement le chirurgien de génie dans ce passage de sa vie. Le tome 5 s'attarde sur ses liens avec Kirishima et Miki, et nous explique ce qui l'a poussé à quitter le Japon, mais il faut bien vous dire que l'expérience d'Asada en Afrique ne sera pas évoquée au-delà du premier tome. On peut d'ailleurs regretter que les auteurs soient si avares en détails sur le passé de Ryutaro et la fameuse Team Medical Dragon. Davantage de flash backs sur ce passage auraient permis de redynamiser la série lorsqu'elle tombe dans un rythme trop fade, et d'enrichir le personnage d'Asada souvent énervant par son statut de génie omnipotent. Drôle de chapitre d'introduction donc, sachant qu'en plus, les scènes érotiques ne reviendront que lors du sixième tome, et seront complètement absentes des autres volumes. Le premier tome n'est en cela clairement pas représentatif de la série ! Appâter ainsi le client masculin aura même pu s'avérer contreproductif, le ton de la série n'étant pas rigoureusement donné, certains lecteurs ayant pu être rebutés par tant de facilité. Héros provocateur et surdoué + fan service n'a jamais fait bon ménage chez certains lecteurs.

Heureusement, Team Medical Dragon évolue vite et propose un scénario varié. Dans Team Medical Dragon, il n'y a pas que le médical et la politique, il y a aussi les relations entre les personnages ! Quand bien même Asada et son génie ont toujours le dernier mot face à la complexité et l'urgence des situations médicales, on n'a pas l'impression de connaître tant que ça ce personnage. C'est bien parce que le manga s'intéresse à plusieurs personnages différents, et s'attache à montrer leur évolution.
C'est notamment le cas pour le jeune interne Noboru Ijyuin. Quasiment à chaque tome, un à plusieurs chapitres sont consacrés à un aller-simple dans l'esprit de Noboru. Ces pages où les dialogues sont rares nous confrontent aux doutes du jeune interne, des doutes qui se multiplient plutôt que de se tasser. Tout y passe : son opinion envers Asada, la prise en charge des patients, le système. En accordant une telle importance à ce personnage, et en risquant une redondance narrative avec ces passages qui se ressemblent tous plus ou moins, les auteurs semblent vouloir témoigner de leur foi en la jeunesse. Noboru est sans nul doute l'un des personnages les plus importants du manga. Au contact de Ryutaro, il acquiert une expérience considérable, dépassant allègrement ses senpai, mais continuant de faire preuve d'un cruel manque de confiance en lui (comme la jeunesse nippone ?).
Fujiyoshi quant à lui est la figure du colosse fragile, touchant de par l'affection qu'il porte à sa fille malade du coeur, vertueux en maintenant un contact chaleureux avec les patients.
L'antipathique Gunji Kirishima a aussi droit à une attention particulière. Présenté comme un individu pervers, violent et dangereux, ses retrouvailles avec Ryutaro et Miki ainsi que la stratégie qu'il met en place pour gagner les élections vont le conduire à un mea culpa profond, synonyme de surprises. Car dans ce seinen, rien n'est acquis, et les retournements de situation viennent davantage du tempérament des personnages que des opérations médicales.
Akira n'en finit pas de devoir être sur tous les fronts, de résoudre tous les obstacles qui se dressent sur la voie qui la mènerait vers un poste de professeur. Contrôler Ryutaro, s'opposer à Noguchi, ne pas céder face aux autres médecins : Akira est une fine stratège. Le fait qu'elle soit une femme dans ce monde de médecins phallocrates ajoute à ses difficultés. Le 17ème tome s'intéresse à la féminité à l'hôpital et met en avant un trait de caractère jusque-là méconnu de la professeur-adjointe.
L'anti-manichéisme d'Arase fascine. Après avoir tué des dizaines de personnes lors d'essais cliniques pour une thèse, il trouve dans l'alcool un moyen pour s'autodétruire. Arase n’acceptant plus de participer à une opération, et encore moins de collaborer à une thèse telle que celle qui est consacrée par Kato à Batista, il faut y aller à coup de millions de yens pour le convaincre. Un personnage qui laisse ses convictions et ses blessures de côté pour de l'argent, le paradoxe vaut le détour ! Un petit manège se mettra d'ailleurs en place : Kato n'ayant pas les moyens de rétribuer Arase, c'est Kito, en échange de quelques heures de Ryutaro aux urgences, qui paiera toutes les opérations auxquelles participera Arase. Chantages, paris, alliances : Team Medical Dragon en regorge.
Team Medical Dragon s'intéresse enfin à tous ces médecins médiocres qui composent les services de Meishin et suivent à la lettre le manuel de médecine et les désirs de Noguchi. Parmi eux, on retiendra Kihara, qui conjugue incompétence professionnelle et esprit perfide. Pourtant, l'un des tours de force des auteurs est de le rendre étonnamment attachant de par l'amour qu'il voue à sa mère et la pitié ressentie par le lecteur devant tant de médiocrité. Là encore, on ne sait vraiment pas ce que nous réserve ce personnage, sa lâcheté étant contrebalancée par une loyauté dont le destinataire peut changer.
Tous les personnages présentés sont complexes, avec des motivations propres et des conceptions très différentes sur leur métier.
 
 

 

Loin d'être formaliste, Team Medical Dragon n'est pas construit sur l'introduction de personnages dans l'équipe Batista, comme un héros de shonen peut recruter des membres pour mener un combat. Mais les auteurs mettent vraiment en valeur le fait que des individus aux tempéraments et aux idéologies opposés peuvent s'unir dans un but commun. On est donc parfois stupéfaits de voir certains personnages collaborer, tels qu'Arase et Fujiyoshi, même si les répliques assassines fusent souvent, sans pour autant que la crédibilité du manga soit remise en cause. Team Medical Dragon est en cela un hymne à la sagesse, montrant que les oppositions doivent céder face à un impératif plus fort. Le jeu des antagonismes et l'affrontement de forts caractères n'en est que plus passionnant.

Team Medical Dragon ne délaisse pas l'humour. Les auteurs ont su savamment le distiller et ne pratiquent pas, comme dans d'autres mangas, le mélange des genres. Une scène sérieuse ne verra jamais apparaître un gag improvisé. L'humour n'est souvent présent qu'à l'extérieur du bloc opératoire, lors des passages de transition où l'on s'intéresse aux personnages. Notons que les scènes insolites sont principalement dues à Asada, furetant dans le service et grignotant lorsqu'il n'est pas en train d'opérer. Ses contacts avec Noboru sont tendus. Le jeune interne ne cesse d'être importuné par Asada et Arase. Mais on se rend compte au final que Noboru tire des leçons des écarts de son senpai : la formation par le bizutage est valorisée, certains cautionneront, d'autres non. La première rencontre entre Noboru et Asada est révélatrice : le jeune interne ayant oublié d'éteindre son téléphone portable, Asada feignant d'avoir un malaise à cause d'un pacemaker fictif... tranche de rigolade assurée, pour faire évacuer la pression (sans jeu de mots).

La logique et la volonté de séparation des genres est appréciable. Les scènes sérieuses restent dans ce ton, l'humour a son heure de gloire à d'autres moments. Pourtant, Team Medical Dragon peut s'avérer exaspérant sur un autre point. Le manga de Nogizaka fait la part belle aux postures théâtrales, aux attitudes outrancières (et pas seulement celle d'Asada !), aux répliques cinglantes lancées tels des coups de bistouri. Certains aimeront, d'autres non, mais on ne peut raisonnablement passer outre le côté irritant de personnages prétentieux, sachant qu'Asada en est presque déifié. Cette glorification du personnage rend la tâche difficile pour les auteurs, celle de continuer à surprendre malgré la surenchère.

Que dire enfin, de ce rythme en dents-de-scie qui dessert parfois la série ? Malgré la diversité des thèmes traités, certains tomes s'enfoncent dans une lenteur excessive et la répétition des mêmes schémas (une plongée dans l'esprit de Noboru, de nouvelles difficultés etc...) s'avère agaçante. A contrario, d'autres tomes vont à 100 à l'heure, avec des comportements héroïques fusant de toutes parts. Ce manque d'équilibre peut gêner. Mais la série a bien d'autres qualités permettant d'effacer ces petits problèmes.
 
 

IRYU TEAM MEDICAL DRAGON © 2002 Taro NOGIZAKA, Akira NAGAI / Shogakukan Inc.

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