Dossier manga - Reborn - Partie 2

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Sommaire

Publié le Vendredi, 27 November 2015


A chaque cycle, son fragment de scénario


De loin, Reborn ! a l’allure d’un shônen de baston enchaînant les arcs et les adversaires tous plus puissants les uns que les autres, recette classique du nekketsu, jusqu’à ce que la série s’achève. Mais quand on y regarde de plus près, la série suit un cheminement assez logique bien que pour mener cette analyse, il faille parler de tournants majeurs du scénario.

Du moins, c’est l’ensemble des arcs sauf le dernier qui permet d’observer la progression logique de la série. Reborn ! est avant tout l’histoire de Tsunayoshi Sawada, collégien faiblard voué à devenir parrain contre son gré. Les sept premiers tomes, humoristiques, constituent une contextualisation, une introduction massive de personnages et de concepts et ce même si la vocation première de la série était d’être un gag manga sans objectif précis. L’introduction forgeait alors l’entourage principal du héros tandis que l’arc Kokuyô le faisait passer en tant que combattant pour mieux assumer ses fonctions. Dans l’arc Varia, la question de la légitimité de Tsuna est posée et c’est par son affrontement contre Xanxus qu’il gagnera son titre de réel héritier de la famille. Sa position étant définitivement avérée, l’arc du futur vient le développer en tant que futur parrain puisqu’à deux reprises, c’est une véritable passation des idéaux qui a lieu entre la forme spirituelle du Vongola Primo, le fondateur de la famille, et Tsuna qui devenait alors le successeur plus que légitime des fondements du clan. L’arc de la cérémonie de succession continue dans cette thématique puisque si Tsuna ne devient pas parrain dans son titre, il entretient toujours la volonté et le désir de paix de la première génération, cette fois en combattant le mal même qui a souillé les ambitions initiales des Vongola : D. Spade, celui à cause de qui la famille a sombré dans une quête de puissance. La dernière partie de la série s’éloigne de ces enjeux et traite exclusivement de l’intrigue des Arcobaleno, l’importance du sujet constitue alors la seule raison d’être légitime de cet arc. Vient enfin le point final de la série, celui d’un Tsuna qui refuse toujours de devenir le parrain des Vongola… Pourtant, l’arc du futur nous a montré que le héros est devenu le leader légitime du clan. En proposant la fondation des Neo-Vongola en guise d’ouverture, le chapitre final semble confirmer cette idée : les Vongola du Primo ont été corrompus, et faire table rase sur ces méfaits et sur le nom pur de « Vongola » semblait obligatoire pour honorer la volonté première de la famille.

Il faut néanmoins de pencher individuellement sur chaque arc pour comprendre la cohérence globale du manga car de loin, la série n’apparaît que comme une suite de cycles presque indépendants dans lesquels Tsuna et les siens affrontent un groupe d’adversaire plus redoutable à chaque fois. Chaque arc opte pour un schéma assez similaire en mettant l’accent sur le combat et l’ascension en termes de puissance des personnages puis en développant progressivement une idée de fond. L’arc du futur a abordé tardivement les questions de Tri-ni-sette, d’Arcobaleno et de la première génération tout comme les autres parties de la série se sont servies des grands mystères de l’histoire pour développer les complots et traiter les antagonistes. En soi, Akira Amano est restée fidèle à quelques sujets cruciaux que nous venons d’évoquer mais à les traiter de manière si disparate, la fluidité narrative se perd et on relève même bon nombre d’incohérences dans l’intrigue globale de Reborn !.

KATEKYO HITMAN REBORN! © 2003 by Akira Amano / SHUEISHA Inc.


Qu’en est-il de la mafia ?


Dans notre précédent dossier, nous avons mis l’accent sur le thème de la mafia, sujet phare du manga qui lui permet de se démarquer en tant que shônen, plus particulièrement sur la question de la crédibilité de la Pègre présente dans Reborn !. Le constat fut mitigé car d’un côté, la mangaka développait une certaine volonté de se conformer à l’image de la mafia qu’elle largement diffusée mais de l’autre, il s’agissait d’en faire l’instrument d’une série de baston, les mafiosi étant pour la plupart doté de pouvoirs, ce qui nous éloigne ainsi de notre réalité. Après 42 volumes et la série achevée, on reste dans ce même constat, celui d’une mafia flirtant entre réalisme et science-fiction la plus totale. Certains aspects historiques largement véhiculés (mais difficilement vérifiables) de la mafia sont ainsi respectés, notamment à travers l’arc de la cérémonie de succession qui traite de la volonté des Vongola qui véhicule un message des plus convenus dans le shônen, celui de l’amour des siens, mais qui rejoint les origines de la mafia qui se serait vouée dans un premier temps à la protection et au soutien du peuple bien avant que le termes désignes les associations criminelles. Cette idée, même s’il est délicat de la confirmer puisque l’histoire de la mafia n’est pas chose tangible, est illustrée par le passé des Vongola, né en pleine crise italienne des mains de Giotto et de Cozato Simon pour apporter du soutien guerrier et financier aux peuples opprimés. Le fait que les Vongola aient perdu leurs idéaux positives avec la naissance de la seconde génération renvoie à cette théorie selon laquelle de milices protégeant le peuple, la mafia est devenue le terme assigné aux groupes de bandits italiens.

A côté de ça, le mafieux n’est esthétiquement pas celui qu’on se représente dans l’inconscient collectif, le bandit dans Reborn n’étant que très rarement vêtu d’un costard. Les Millefiore portent des uniformes dignes d’une armée d’un récit de Science-Fiction afin de coller à l’ambiance futuriste de l’arc en question tandis que les Simon gardent les habits de leur lycée. Et si dans notre précédent dossier nous soulevions le fait que les grands mafieux ne s’éliminent pas à coup d’arme à feu et privilégient les techniques de combat surnaturelle, c’est on ne peut plus vrai ici avec les concepts de flammes et de boîtes-armes qui sont la porte ouverte à des pouvoirs tous plus alambiqués les uns que les autres. Mais afin de consolider le lien entre mafia réaliste et fictive, la mécanique des anneaux, accessoires élégants qui renvoient par exemple au baiser de respect d’un mafiosi à son parrain, reste omniprésente jusqu’à la fin, du moins jusqu’à ce que le fan-service prenne le pas sur les thèmes de la série et que les anneaux Vongola soient remplacés de la plus étonnante des manière.

Evidemment, il faut bien prendre en compte qu’avant d’aller chercher des idées aussi loin, l’auteure a simplement tenu à associer le concept de mafia à un récit d’action pur tout en respectant les grand codes du shônen construits autour de messages positive comme le dépassement de soi, représentés par la surenchère de puissance permanente dans la série, ou l’estime de son prochain symbolisée par la volonté originelle des Vongola.
  
  
  


© 2003 by Akira Amano / SHUEISHA Inc.

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