Dossier manga - Mushishi

Reader Rating 18 /20

Sommaire

Publié le Jeudi, 16 September 2010


Entre contemplation, beauté, calme, mais aussi effroi

 
La première impression ressentie à la lecture d’un tome de Mushishi, c’est une certaine forme de calme, de respect, et d’admiration envers notre environnement. Yuki Urushibara est une femme qui apprécie beaucoup les rizières par exemple, et semble se passionner pour les insectes et les formes de vie dites plus primitives. En fait, l’auteure s’émerveille de tous les phénomènes naturels et les petits moments de l’existence, et nous transmet ce sentiment à travers son manga. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle sait s’y prendre. Les paysages sous la neige sont juste magnifiques et apaisants, la montagne fait rejaillir toute sa puissance, et la forêt est inquiétante et majestueuse, comme il devrait toujours en être.
 
On prend un plaisir énorme à s’attarder sur les planches du titre, à prendre tout notre temps pour terminer les histoires, et nous laisser bercer par l’onirisme qui parsème la série. Et Ginko est le personnage idéal pour illustrer cet état d’esprit.
 
Mais derrière cet aspect contemplatif, très justement mis en avant, il existe un autre aspect, plus sombre. Derrière la beauté à couper le souffle et l’ambiance poétique, on trouve aussi l’horreur et l’effroi, ou du moins le malaise et la cruauté des effets des mushi sur les êtres humains. Entités dépourvues de malice, il n’en reste que leur nature peut causer beaucoup de tort aux hommes : refroidir de l’intérieur les humains et les conduisant ainsi à la mort, les parasiter afin de se nourrir ou bien faire revivre encore et encore leur vie, les mushi en sont capables. Certains peuvent même voler l’âme de leurs victimes, pour les plus dangereux et les plus mal connus.
 
Et ne parlons pas des humains, qui peuvent utiliser les mushi à leur avantage, avec des conséquences souvent terribles.
 
Mais la plupart du temps, ils sont victimes de leur méconnaissance de ces êtres, ainsi que de leur faiblesse et leur étroiture d’esprit. Si poursuivre les mushi fut pour certains une expérience qui aura changé leur vie, comme cet homme qui chassait un mushi en forme d’arc-en-ciel, il est parfois une malédiction pour ceux qui ont été parasités, comme pour cet homme qui voyait ses rêves se réaliser et finissait par provoquer des catastrophes.
 
Mushishi est donc un titre à multiples facettes, à l’image de la nature même. La lecture n’en est ainsi que plus intéressante et fascinante. Ce mélange de nonchalance et de détachement propre à Ginko, le danger amené par les mushi et leur mode de vie intéressant, ainsi que les actions des hommes et des femmes confrontés à ces êtres, tous ces éléments amènent un excellent équilibre dans la narration de chaque histoire. Chacune est auto-conclusive, certaines auront un impact plus fort que d’autres selon notre sensibilité, mais toutes valent la peine d’être lue et d’être méditée.
   
  
  
  
  

Ne te laisse pas aveugler par la peur ou la colère…

 
Tous, ils sont tels qu’ils sont, et c’est tout.
 
S’il y a une leçon à retenir dans Mushishi, c’est que l’être humain est bien peu de choses face au pouvoir effrayant et omnipotent de la nature. Même si l’homme a tendance à l’oublier, il fait partie intégrante du monde et est soumis à des règles et des contraintes, tout comme les végétaux, les plantes, les insectes, les poissons, et les animaux,… Bref, tout ce qui est visible et invisible et se développe sur terre. Pour cette raison, l’homme ne devrait pas chercher à détruire ou à placer sous sa domination un pouvoir dont il ne comprend pas très bien la teneur ou les responsabilités, et encore moins chercher à détruire les formes de vie qui l’effraient. Car il est incapable de réellement prédire la portée de son acte.
 
Plus qu’un récit écologique, Mushishi nous décrit avant tout les réactions de l’humain face à ses propres limites et sa connaissance du monde. L’homme, de par sa conscience qui lui permet de mettre des noms sur ses sentiments et des concepts tels que la mort, est la créature la plus éloignée de l’essence de la planète. Pour cette raison, il est peut-être moins à même de réagir en phase avec les phénomènes qui s’abattent sur lui. D’ailleurs, très peu de gardiens sont choisis parmi les humains, et ceux-ci ne vivent guère vieux en général. La dernière histoire du tome 10 est d’ailleurs très touchante dans cet aspect, car Ginko semble réellement heureux que les puissances de la terre même accordent de temps à autre leur confiance à des humains pour réguler la vie des domaines sacrés.
 
Mushishi est ainsi dénué de volonté moralisatrice, ce qui explique sans doute son succès. Chacun y verra ce qu’il souhaite, l’auteure ne cherche à imposer son opinion à personne. Elle se contente de dessiner ce qu’elle aime, en espérant néanmoins éveiller en nous une conscience plus forte du monde qui nous entoure au-delà de nos murs et que nous craignons bien souvent, par méconnaissance et parce que nous nous sommes éloignés du cœur de la promesse. Mais jamais un jugement n’est porté. Simplement, il faut apprendre à vivre avec les conséquences de ses actes, et chercher un moyen de fuir ce que nous pouvons fuir, sans chercher à tout prix à imposer notre volonté. Mais à aucun moment la colère ou la peur ne devrait altérer notre jugement envers ceux ou celles que nous ne comprenons pas.
 
 
   
  
  

MUSHISHI © 2000 Yuki Urushibara / KODANSHA Ltd.

Suivre les commentaires du dossier

Ajouter un commentaire

*


Le code HTML est interprété comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Si vous voulez créer un compte, c'est ICI et c'est gratuit!

> Conditions d'utilisation
MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News