Dossier manga - Mushishi

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Sommaire

Publié le Jeudi, 16 September 2010


Ginko: le lien entre les mushi et les humains

 
Mushishi partage ses différentes histoires généralement entre trois acteurs majeurs : les mushi, les hommes, et Ginko, l’homme borgne aux cheveux blancs et dotés du pouvoir d’attirer les mushi. Cette malédiction dont les origines restent peu claires (est-ce un don naturel ou le fait du mushi qui lui a pris son œil ?) l’oblige à voyager constamment, et ne lui permet guère de goûter le repos d’un foyer. Peu importe quelque part pour cet homme mystérieux dont on découvre le passé par bribes au fil des volumes, et qui est doté d’une sagesse certaine, mais surtout d’un profond respect et une crainte honorable pour les mushi qu’il combat et étudie.
 
Il est difficile de s’en rendre compte bien souvent, mais Ginko est un mushishi particulier. Cet aspect est révélé de manière plus frappante dans le récit « La mer du pinceau » dans le volume 2, où Ginko rend visite à une jeune femme en qui sont scellés des mushi interdits, capables de briser l’équilibre et détruire le monde. Contrairement à Ginko, la plupart des mushishi considère les mushi comme des êtres nuisibles et malfaisants, qui doivent être éliminés pour le bien de la race humaine s’ils viennent à mettre en danger les hommes. Ginko se fait le porteur du message de l’auteure, en quelque sorte : Toute forme de vie a le droit d’exister, et ce n’est pas parce que nous ne la comprenons pas ou qu’elle est différente de nous que cela justifie de l’exterminer. Contrairement à beaucoup de mushishi, Ginko essaie avant tout d’apprendre aux humains à craindre les mushi et à vivre ensemble. Il ne cherche pas à les défendre à tout prix au détriment de la vie des humains, mais il refuse de les sacrifier inutilement s’il peut l’éviter. Pour Ginko, les mushi ont le droit de vivre, comme tout être sur terre, dans le respect des uns des autres. Et il s’essaye au mieux à respecter ce principe.
 
Du côté des autres personnages, la plus grande majorité apparaisse le temps d’une histoire, pour ne plus réapparaître par la suite. Il est cependant remarquable de constater à quel point tous sont très travaillés et différents. Aucun n’est bâti sur le même modèle, il est presque impossible de les confondre, tant le caractère de chacun semble authentique et unique. Un exploit quelque part, compte tenu du rythme de parution du titre. Ou bien est-ce justement grâce à cela ? Quoi qu’il en soit, l’impression de déjà vu est quasiment inexistante, pour un grand plaisir de lecture et une impression de découverte sans cesse renouvelée. Chacun aura son personnage qui l’aura marqué, et son préféré parmi la galerie des caractères qui nous sont présentés par Yuki Urushibara. Personnellement, j’ai une affection particulière pour la jeune fille qui décide de se retrancher dans le silence afin d’éviter que les habitants de son village ne soit touché par les mushi attirés par le son de sa voix.
 
Il est toutefois certains personnages qu’on peut considérer comme plus ou moins récurrents, comme le docteur qui se passionne pour les objets étranges et rares, ou bien mon personnage préféré, la jeune fille de la famille Karibusa, Tanyû qui est possédée de naissance par des mushi interdits ayant tenté d’exterminer toute forme de vie sur terre. Elle aussi est le parfait reflet de la pensée de l’auteure, pour qui toutes les créatures ont le droit d’exister, même si certaines causent des maux terribles.
 
Quoi qu’il en soit, pour des personnages qui n’apparaissent que peu de temps, on s’attache immédiatement à eux, et tous sont très crédibles dans leurs réactions et leurs personnalités. Un exploit quelque part, considérant le peu de temps alloué à leur développement.
 
Les acteurs de Mushishi sont donc solides et bien développés, et contribuent à la beauté du récit et sa cohérence, ainsi que son impact lors de notre lecture. Aucun des êtres qui nous sont présentés ne sont marqués comme bons ou mauvais, chacun a ses faiblesses et ses limites, mais surtout ses moments où il/elle prend ses responsabilités. Ou pas. Même Ginko, pour toute sa sagesse, a fait de nombreuses erreurs dans sa vie, et n’a pas toujours respecté strictement la règle. Il n’a par exemple pas hésité à rendre un homme immortel grâce à un grain contenant du kouki, afin que celui-ci puisse réaliser son rêve de voir la terre qu’il aime se développer. Un tabou pourtant pour un mushishi.
  
 
  
 

Un monde fabuleux mais dangereux

 
Mushishi nous entraîne dans une nature qui règne encore sur les humains et impose sa loi implacable. Ici, pas question de grandes villes ou de technologies. Les gens vivent dans des villages, en petites communautés, en travaillant la terre et en se servant d’outils traditionnels. L’histoire pourrait être située quelque part vers le 19ème siècle japonais, avant l’arrivée massive des étrangers durant l’ère meiji. Un cadre idéal pour mettre en scène l’impact frappant provoqué par ces êtres étranges et les problèmes qu’ils peuvent causer dans leur cohabitation avec les humains.
 
La vie dans les villes a coupé en quelque sorte notre lien avec les puissances de la nature. Yuki Urushibara nous propose dès lors un retour aux sources, lorsque l’homme dépendait grandement des éléments. Le monde de Mushishi est majoritairement composé de petits villages au style japonais, qui vivent plus ou moins en autarcie de l’agriculture, des rizières, de la chasse et de la pêche. Ginko voyage entre ses différentes terres, nichées parfois au sommet d’une montagne, en pleine forêt ou au bord de la mer. Dans chacun de ces villages, des mushi sont susceptibles de se manifester, et de provoquer toutes sortes de catastrophes. Personne n’est vraiment à l’abri, et il faut parfois apprendre à vivre en symbiose pour ne pas devoir se déplacer. Et quand la situation est hors de contrôle, les mushishi sont là pour les arrêter.
 
Le monde de Mushishi est parcouru de long en large par des veines de lumière, composées de kouki, l’élixir de la vie. Là où les concentrations sont les plus fortes, généralement sous les montagnes, un gardien pour maintenir l’équilibre est nécessaire. Celui-ci dispose du pouvoir total sur la montagne, et est responsable de son bien-être. À ce moment-là, le gardien doit renoncer à sa vie d’avant et à sa conscience, pour ne faire plus qu’un avec la nature qu’il doit protéger. Un canal de lumière sans gardien est une mine à catastrophes, et ceux qui en dépendent sont condamnés à en souffrir grandement.
 
En bref, le monde de Mushishi n’a rien d’un pays enchanté. Il n’est que le reflet, mis en image, de la dure réalité de ceux qui vivent et dépendent des forces naturelles. Comme toujours dans cette œuvre, les frontières entre la beauté et la nostalgie et celles de l’effroi et du chaos sont intriquées, se touchent et se mêlent sans cesse. Le titre est peut-être la parfaite illustration de cet état de fait, et nous pousserait davantage à respecter ces forces que nous ne pouvons réellement contrôler ou saisir en une vie.
 
Mushishi n’est pas un manga écolo, même s’il peut en donner l’impression. L’auteure ne cherche pas à nous pousser à revenir à un état plus naturel, sans toutes les technologies, mais nous parlent de la nature comme elle est, que toute forme de vie à son droit d’exister et son importance, et que ce serait une bonne chose si nous venions à en être plus conscient.
   
 
  
  
 

MUSHISHI © 2000 Yuki Urushibara / KODANSHA Ltd.

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