Dossier manga - Le dernier envol du papillon
Sommaire

Publié le Vendredi, 16 March 2018


L'autrice, Kan Takahama


Née le 9 avril 1977 à Amakusa, dans la préfecture de Kumamoto, Kan Takahama fait ses débuts en 2001, chez l'éditeur Seirindô. Elle publie dans un premier temps plusieurs histoires courtes qui paraitront dans un seul ouvrage, Yellow Backs, qui paraîtra chez nous, aux éditions Casterman, sous le titre Kinderbook. Cette première étape chez Casterman marquera le début du parcours de la mangaka en France. En 2003, suite au Festival International de la Bande-Dessinée d'Angoulême de cette année, elle publie une histoire dans le magazine Bang : Bons Baisers d'Angoulême.



La même année paraît Mariko Parade, titre dessiné par Takahama mais scénarisé par Frédéric Boilet, qui sera publié chez nous aux éditions Casterman et au Japon chez Ohta Shuppan.



En 2004 paraît au Japon Awabi, tandis que Nagi Watari paraît en 2006. Casterman publiera une compilation de ces deux titres sous l'intitulé L'eau amère, en 2009.



En 2010, Kan Tahakama réalise un autre one-shot, en partenariat direct avec Casterman : 2 Expressos. Une nouvelle fois, c'est Ohta Shuppan qui édite l'histoire au Japon.



La suite de la carrière de Kan Takahama se fera davantage sur le sol japonais. En 2013, elle publiera Yotsuya-ku Hanazonochô, une histoire que nous découvrirons en septembre 2017 sous le titre Tokyo, amour et libertés.
L'année suivante paraît l’œuvre qui nous intéresse dans ce dossier : Cho-no Michiyuki, autrement dit Le dernier envol du papillon.



En 2015, toujours dans le Comic Ran des éditions Leedsha, paraît la série la plus ambitieuse de la mangaka. Nyukusu no Kakutô est toujours en cours et dénombre actuellement quatre tomes. Kan Takahama y traite les modes de vie japonais et français en 1878, preuve que la France est un pays qui restera cher pour elle.



Enfin, sa dernière série en date s'intitule Emma wa Hoshi no Yume wo Miru. One-shot paru chez Kôdansha parlant une nouvelle fois de France mais aussi de gastronomie, le récit est paru chez nous en février 2018 aux éditions Les Arènes sous le titre Le goût d'Emma.



Toute l’œuvre de Kan Takahama se compose donc de recueils d'histoires courtes, et de nombreux one-shots. De l'aveu de la mangaka, les œuvres en un seul tome ne sont pas forcément sa spécialité, il s'agit simplement de formats décidés à l'avance par l'éditeur, l'autrice ne faisant qu'adapter ses récits à cette durée. Reste que son récit majeur, Nyukusu no Kakutô, est l'une des seules histoires de Kan Takahama à rester inédite en France.


Chroniques historiques de la fin du shogunat


Avec Le dernier envol du papillon, Kan Takahama avait à cœur de créer un ouvrage historique. Fort de l'intérêt des lecteurs pour cette époque, c'est la période du Bakumatsu que la mangaka a choisi de traiter. Cette période de la fin du XIXème siècle, durant la fin de l'ère Edo, est symbolisée par de grands chamboulements à travers le Japon, des changements venant de la fin de sa politique isolationniste et de son ouverture à l'occident.

Aborder cette période n'était pas forcément simple, mais l'autrice a su faire le bon compromis pour traiter le sujet : dépeindre une chronique d'époque objective et absolument pas politique, dont le but n'est pas le jugement. En effet, dans Le dernier envol du papillon, c'est petit à petit que les différents éléments du portrait de cette ère sont présentés. Nous découvrons d'abord un Japon d'époque tel qu'on peut se l'imaginer, avec ses courtisanes chiquement habillées, ses kimonos en guise d'habits standards, et ses architectures traditionnelles immersives, preuve du travail de documentation de Kan Takahama avant d'écrire et dessiner son histoire. Une entrée dans un cadre japonais qui ne laisse donc pas imaginer son ouverture, jusqu'à l'insertion de certains éléments dans l'histoire. Le docteur Thorn amène avec lui plusieurs thématiques comme l'hostilité des japonais à l'égard de la présence d'étrangers sur le territoire et, par conséquent, l'amour de ces japonais pour l'Empereur et le shogunat, ainsi que quelques uns des progrès qui commenceront à marquer l’Archipel à partir de cet instant. Dans son œuvre, Kan Takahama illustre ce progrès avec la médecine, une science en constant progrès dans le monde entier à cette époque, et qui sera utilisée ici pour marquer un des apports de l'occident au Japon. Le personnage de Kenzo, adolescent qui se vouera à des études de médecine, sera l'un des principaux concernés, son père étant atteint d'un mal incurable.



Pourtant, malgré la très grande importance de ces thématiques au sein de l’œuvre, Kan Takahama n'en fait pas vraiment des sujets de débat. Le dernier envol du papillon présente plusieurs personnages, certains qui voient la présence des occidentaux d'un mauvais œil, d'autres qui, au contraire, profitent de ce que ces étrangers peuvent apporter, et les derniers qui n'auront aucun regard critique particulier sur la situation. La mangaka se contente ici de dépeindre une époque, de montrer éventuellement ce que le Bakumatsu a pu apporter au Japon, et les mentalités différentes qui existaient à cette époque. Aux yeux d'un lecteur japonais, cette période semble intéressante car cruciale dans l'histoire de la patrie japonaise, on peut alors comprendre que le traitement de cette période, dans le cadre d'une fiction, passionne aisément le lectorat japonais. Il est aussi intéressant de noter tout ce que le sujet peut apporter au lecteur français qui n'a pas forcément les connaissances autour de cette ère de fin XIXème siècle. Ainsi, Le dernier envol du papillon se révèle être une lecture particulièrement enrichissante. Elle donne quelques repères historiques, apporte un regard succin sur les échanges entre le Japon et l'étranger tout en montrant les états d'esprits qui régnaient à cette époque. En somme, l'ouvrage a un petit côté instructif aux yeux d'un lecteur français car, sans être exhaustif, il livre quelques clefs et attise sans mal la curiosité du lecteur qui pourra être pris d'envie de découvrir plus en profondeur la période historique concernée, qui ne se limite pas à ce que montre le titre de Kan Takahama puisque son ouvrage n'a pas non plus la prétention d'être documentaire.

Une fiction dramatique saupoudrée d'histoire, telle était la volonté de la mangaka avec son récit, une volonté que Le dernier envol du papillon semble accomplir habilement.
  
  
  

CHO-NO-MICHIYUKI © 2015 Kan Takahama

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