La lutte des classes - Actualité manga
Dossier manga - La lutte des classes
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Publié le Vendredi, 23 August 2019


Parasite : quand la domination se banalise


Bong Joon Ho aura encore fait parler de lui sur la croisette. Après avoir divisé les foules lors du festival de Cannes en 2017 avec « Okja » car le film était sorti sur Netflix, cette fois-ci il revient pour s'emparer de la Palme d'Or avec son nouveau film « Parasite ». Bien évidemment, ce film parle de la lutte des classes, thème cher au cœur du réalisateur. Mais ce qui est vraiment pertinent dans ce film, ce n'est pas le sujet mais plutôt la manière dont il le traite. Je préviens donc tout de suite que cette partie va spoiler le film, je vous conseille donc de ne pas lire cette partie si vous n'avez pas vu le film.

« Parasite » suit deux familles : la famille Kim, une famille pauvre vivant au sous-sol, et la famille Park, une famille aisée dont le mari est un chef d'entreprise couronné de succès. Un jour, Ki-Woo, le fils aîné de la famille Kim va se retrouver à remplacer son ami pour servir de tuteur à la fille aînée des Park et il va se servir de cette fenêtre dans ce monde si différent pour y introduire toute sa famille, et leur offrir un moyen de se sortir de la galère. Mais alors que l'arnaque semblait se dérouler parfaitement, un petit grain de sable va tout faire basculer...





Je vais évacuer tout de suite une des parties les plus brillantes de ce film : je ne vais pas parler ici du conflit qui s'installera entre les deux familles pauvres du long-métrage, ni le côté thriller qui se met en place au moment du voyage de la famille Park, qui tournera court. On va plutôt parler ici de la relation entre la famille Park et la famille Kim, notamment entre les deux patriarches : Kim Ki-Taek et Park Dong-Ik, interprétés respectivement par Song Kang-Ho (Memories of Murder, Snowpiercer) et Lee Sun-Gyun (Coffee Prince). Ki-Taek va devenir le chauffeur de Mr Park et une relation cordiale se met d'abord en place entre eux. On se dit alors que tout va bien, dans le meilleur des mondes. Un jour, Ki-Taek semble poser une question de trop, et voyant le déplaisir de son patron, il s'écrase pour ne plus le contrarier. Et puis survient la scène du retour de l'anniversaire du fils Park. Toute la famille Kim s'était introduit chez les Park pour profiter de leur maison en leur absence, et une succession d'éléments imprévus les forceront à se cacher sous la table de salon le temps de pouvoir se faufiler hors de la maison. Le fils Park, malgré une pluie battante dehors, ira s'installer dehors pour dormir sous une tente, et ses parents se coucheront dans le salon, se sentant obligé de veiller sur lui. Et c'est alors que Mr Park sentira quelque chose d'étrange, une odeur désagréable qui lui rappelle son chauffeur. Un homme qu'il trouve sympathique car il sait, selon lui, « où est sa place ». Ces remarques sont finalement assez banales de la part d'une personne de son rang, pourtant elle vont réveiller quelque chose chez Ki-Taek. Une fierté qu'il avait perdu jusque là et qui lui rappelle sa condition.

Dans ce cas de figure, ce qui est vraiment choquant, c'est le rapport entre les deux hommes. Aujourd'hui, nous ne sommes plus dans des conflits entres des aristocrates et la plèbe, ni entre des gens considérés comme des dieux et les autres. Non, ici, nous sommes entre deux êtres humains que le système a conditionné pour que « chacun connaisse sa place » tout en prônant une égalité assez illusoire. Oui, dans notre système, si nous échouons, c'est parce qu'on a « pas assez travaillé », qu'on a pas « réussi ». Après tout, dans ce monde capitaliste, l'égalité des chances existe soi-disant et c'est à notre mérite que tout se joue. Et c'est ce dont se rend compte Ki-Taek lors de la fête d'anniversaire du petit. Il est réduit à être le serviteur dévoué de la famille Park parce qu'il n'a pas « réussi dans la vie ». Sa « condition » met la vie de ces gens au dessus de la sienne, parce qu'ils ont de l'argent, de la reconnaissance. Et ces miettes qu'il a passé sa vie a ramasser, il s'était battu avec d'autres qui étaient comme lui pour continuer à en bénéficier.

Ce que je veux mettre en lumière ici, c'est le côté pernicieux de cette lutte des classes. Après tout, le film aurait pu nous offrir un côté thriller en nous montrant une famille riche tyrannique qui s'en serait prise à la famille Kim. Mais ce n'est pas le cas : dans « Parasite », on nous montre une famille riche, la famille Park, qui est condescendante, certes, mais finalement assez crédule. Elle ne s'imagine même pas qu'on puisse les utiliser à de telles fins car, après tout, ce ne sont que des « chauffeurs », « gouvernantes »... Ils sont payés pour faire leur travail, et c'est tout, il n'y a rien d'autre chez eux que leurs fonctions. De l'autre côté, on a la famille Kim qui va se tromper d'ennemi une bonne partie du film en s'en prenant à des gens aussi démunis qu'eux pour ramasser des miettes. On n'est plus dans des rapports évidents entre les différentes classes, mais des rapports intériorisés, qui culpabilisent ceux qui n'ont pas réussi à atteindre les sommets, parce qu'ils n'ont pas « travaillé assez dur ». Et cette culpabilité va dédouaner ceux qui y sont, au sommet, divisant ainsi ceux qui devraient se battre ensemble pour s'en sortir. « Diviser pour mieux régner » en somme ! Ou comment plus ou moins s'affranchir d'un bras armé pour faire appliquer ses règles dans la société en rendant les agents responsables de leur asservissement. Jusqu'à ce qu'ils soient assez éclairés pour se rendre compte de leur condition et qu'ils se rebellent, comme l'a fait Ki-Taek, et cela, quel qu'en soit le prix.




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