Dossier manga - Hotaru

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Publié le Mardi, 20 August 2013


La difficile vie de l’OL

 
 
Ol ou Office lady, est un terme typiquement japonais. Il n’existe pas de mots dans la langue française pour définir correctement ce concept. L’OL est une jeune femme active japonaise, loin donc des clichés d’épouse restant à la maison. Elles ne restent pas chez elle pour s’occuper de leur foyer, et exercent un travail dans une société privée, la plupart du temps. Elles effectuent des tâches de bureau sans trop de responsabilité. Elles sont donc secrétaires, servent le thé, se postent à l’accueil ou font des photocopies. Les office lady sont toujours en tailleur, portent des talons, sont parfaitement coiffées et maquillées. Sous leur dehors peu utiles, elles font marcher les petits rouages de l’entreprise et sont aussi une image de celle-ci. Des OL soignées et classes manifestent d’une réussite de l’entreprise. La plupart d’entre elle ne restent pas longtemps, tout simplement parce qu’une véritable office lady exerce ce métier en attendant d’atteindre son « réel but », qu’elle ne peut exercer qu’après le mariage, selon la tradition japonaise. Pour les japonaises les plus respectueuses de ces coutumes, c’est donc une étape passagère pour gagner sa vie en attendant de se marier, et de devenir soit employée à part entière de l’entreprise, soit impliquée dans le commerce de son mari, soit femme au foyer. C’est donc un statut temporaire, en attente du mariage. D’ailleurs, il est coutume de quitter ce poste une fois un mari trouvé, puisqu’il est notion qu’une femme ne peut se consacrer à deux choses en même temps, et elle deviendrait donc moins efficace au travail. Évidemment, pour les jeunes femmes qui ne se marient pas, le métier d’OL peut devenir un passage qui va s’étendre et devenir définitif, celles-ci habitant encore souvent chez leurs parents. Le terme d’OL a donc une connotation assez négative, puisque jusque dans les années 70, c’était le seul refuge aux femmes désirant se marier pour gagner tout de même un peu d’argent. Depuis, la société japonaise a bien évoluée et, heureusement, de plus en plus de femmes considèrent vraiment l’idée d’avoir une carrière professionnelle au même titre que les hommes, et passent parfois par le statut d’OL en attendant une avancée dans l’entreprise, du moins dans celles qui ne sont pas trop conservatrices et vieux jeu. A noter que l’œuvre d’Amélie Nothomb, « Stupeurs et tremblements » illustre parfaitement le milieu de l’entreprise japonaise.

Maintenant, les mangas qui utilisent ce statut d’OL jouent encore un peu sur le peu de responsabilités de la femme par rapport au mari notamment. On retrouve par exemple dans Happy Marriage une héroïne office lady, alors que son mari est chef de l’entreprise. Et si elle veut malgré tout continuer à travailler après son mariage, c’est justement pour renverser cette image trop conservatrice des traditions sociales japonaises. Souvent, les mangas utilisent comme OL des femmes adultes, séduisantes, cherchant autre chose que leur travail peu agréable et reconnu pour occuper leur vie. On comprend donc bien l’importance de l’image dans le monde de l’entreprise japonaise, et là-dessus Hotaru n’est pas une exception. Elle se dénomme elle-même comme une OL, et nous montre parfaitement l’ambiance qui règne à son travail ainsi que les habitudes que cela lui fait prendre. Déjà, le maquillage, les vêtements, la coiffure ont une importance capitale, du même que la posture. Elle-même se met toujours sur son trente-et-un pour aller travailler, et avec ses collègues il lui arrive de parler de la pertinence de telle ou telle tenue pour le travail. Leur apparence est primordiale, et c’est au final ça leur plus grosse part de travail dans leur emploi. Il convient d’être toujours parfaite, pour donner une meilleure image de soi. Elles-mêmes ne savent pas forcément toujours pourquoi faire tant d’efforts, mais elles le font. C’est l’usage. Les OL sont la vitrine de l’entreprise, et il convient d’ailleurs de bien les traiter, paradoxalement à leur statut si peu important. Parce que les rumeurs vont vite, très vite au sein de la gente féminine et plus encore quand les femmes en question n’ont pas beaucoup de responsabilités.
 
 
 
 
 
La moindre information est répétée, amplifiée, déformée. C’est pourquoi il est hors de question pour Hotaru que quiconque apprenne qu’elle vit avec le chef Takano, ce serait une honte pour les deux. Les statuts ne se mélangent pas, et les OL ne font que fantasmer sur cette personnalité charismatique inaccessible. Par leur cohabitation, Takano et Hotaru bouleversent totalement le schéma hiérarchique bien réglé qui existe dans l’entreprise japonaise, et ce même si elle lui parle toujours avec la distinction « chef ». De même, si une des OL a une relation amoureuse, celle-ci sera analysée, décortiquée, étudiée. Les rumeurs vont bon train, les informations circulent vite. C’est pourquoi il est essentiel de toujours bien présenter, de toujours avoir l’air parfaite et de vivre une vie palpitante. C’est ainsi que vient la renommée et la reconnaissance des autres. On voit d’ailleurs bien, quand Hotaru appelle Yukka la « fille parfaite », à quel point tout ceci a de l’importance. Elle a un caractère doux et posé, est naturellement belle, ne dit jamais un mot plus haut que l’autre … A travers Hotaru, on découvre les clichés qu’elle a sur ses collègues et sur les gens en général, Autrement dit, on voit le résultat de tous ces efforts d’apparence. Telle personne semble très posée, mais en fait Yukka a un tempérament de feu et sait exploser, pleure souvent, est très gênée quand on lui fait une déclaration. Elle peut aussi être jalouse et excessivement incertaine de ce qu’elle veut. Bref, Hotaru réalise peu à peu, en côtoyant des personnes qu’elle pense parfaites jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’ils ne sont que normaux, que la réalité et l’apparence n’ont rien à voir. Elle démonte les clichés en même temps qu’on en voit l’absurdité, faisant ainsi ses propres expériences de la vie. Ce qui la rend plus mature, la fait grandir dans ses relations, et nous fait réfléchir sur tout ce qu’on peut donner à voir et qui n’est pas nécessairement réel.

Le thème de l’office lady est donc assez riche dans Hotaru, même si c’est une thématique qui est distillée tout au long du manga. La série met bien en avant les vices et les risques de cette profession, mais aussi les découvertes de son héroïne qui ne s’arrête pas à ce qu’elle croit, laissant une chance à son entourage de transcender des clichés pourtant bien ancrés. Cela nous fait réfléchir à tout ce qu’on laisse voir de nous aux autres.
  
 

© 2005 Satoru Hiura / Kodansha Ltd.,

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