Hayao Miyazaki - Actualité manga
Dossier manga - Hayao Miyazaki

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Publié le Vendredi, 08 May 2009


Une ode à l’enfance

         
Les films de Miyazaki se veulent détachés de toute tentative de définition, pour ne pas être limités à quelques lignes réductrices. Pourtant, son œuvre est guidée par quelques idéaux personnels, souvent éprouvés par l’auteur. On retrouve des personnages voisins, aux mêmes buts et souvent soumis aux mêmes contraintes. Pareillement, la nature a eu une place de choix dans les films du maître, tout comme la technologie, la guerre et les défauts de l’Homme. Les personnages centraux de ses films sont majoritairement des jeunes filles, en quête d’identité ou confrontées très tôt à la vie dans toute sa complexité. Mis à part Lupin dans Le Château de Cagliostro et Marco dans Porco Rosso, les héros sont avant tout des adolescents, voire des enfants. En plus de la facilité avec laquelle il identifie une histoire avec un jeune personnage, Miyazaki fait passer un message d’une manière plus naïve, et en même temps subtile. Cela permet au spectateur de réfléchir inconsciemment aux idées présentes dans chacun des films du maître. En effet, le conte a toujours su faire passer la critique ou la satyre, et Miyazaki ne fait que reprendre le vieil argument de la narration décalée pour toucher, déstabiliser et amener des questions dans les esprits curieux, les jeunes comme les moins jeunes. De plus, la malléabilité de l’esprit d’un enfant amène un développement beaucoup plus conséquent, et une évolution dans ses attitudes. Comme la métaphore du passage de l’enfance au monde adulte, Miyazaki porte ses personnages vers l’avenir, et se sert de leur courage et de leur enthousiasme pour justifier des héros combattants et fidèles à leurs idéaux, aussi décalés soient ils. Le manque d’autorité, par des parents souvent absents, exige une prise de conscience de la part de ces enfants, qui doivent assumer des choix, parfois sans issue, pour grandir face à la réalité. Très naturels, de tels personnages permettent aux jeunes spectateurs de s’y identifier, comme ils obligent les plus âgés à retourner en enfance afin d’entamer une introspection. Mais un enfant n’est pas forcément démuni, laissé dans son plus simple appareil. Pour justifier de tels destins et charmer le public, les personnages de Miyazaki sont souvent exceptionnels, mais dans les limites que cela amène. Ainsi, on peut y voir des descendants d’une famille royale ou ayant de l’influence (Nausicaä, Ashitaka, Sheeta), des sorciers (Kiki, Hauru, Ponyo), mais également des images plus « banales », comme Chihiro, Satsuki, Pazu, Sosuke, qui participent d’autant plus à la réalisation d’une dimension mystique dans laquelle ils sont entraînés, à la manière d’un enfant qui plonge dans le monde réel des adultes: un univers inconnu, effrayant, mais où certains alliés expérimentés peuvent les aider.


                          
Selon Suzuki, un ami d’Hayao Miyazaki, celui-ci serait un féministe déclaré, convaincu que les sociétés valorisant les femmes réussissent mieux. C’est pourquoi on trouve souvent dans ses œuvres une image féminine à l’importance conséquente, même lorsqu’elle n’occupe pas le rôle principal. En effet, de tels personnages mélangent habilement tout un assortiment de personnalités passionnantes, pouvant se révéler tantôt fières et courageuses, tantôt fragiles et craintives, comme seule une femme peut être. De plus, il est sensiblement plus rare de voir un homme changeant, et il est plus difficile, au vu des à priori du public, d’en représenter dans une situation tragique, alors que le mystère est naturellement incarné par une jeune fille (Mononoké en est la preuve vivante). Miyazaki se fait un plaisir d’explorer des psychologies féminines passionnantes et primordiales, réservant aux hommes des rôles plus définis, souvent héroïques. Il base la plupart des rassemblements de personnes sous le commandement d’une femme, ou bien construits par elles (Yubaba qui dirige dans Chihiro, les femmes qui y travaillent en majorité, si on exclut les grenouilles-guides, la forge de Dame Eboshi dans Princesse Mononoké, la transmission de tout un patrimoine mère-fille dans Kiki, et même les femmes qui assistent Marco pour les réparations de son avion dans Porco Rosso). D’ailleurs, Miyazaki lui-même reconnaît que « quand je réfléchis à un homme pour le rôle principal, cela devient ardu ». Il avoue qu’un film un peu aventureux mené par un homme ne peut que tomber dans le surplus d’énergie masculine, qui convient mieux à un film plus linéaire dans l’action la plus simple. En plus de cela, il confie avoir une préférence pour l’élégance dont une femme -et même une petite fille- fait preuve en n’importe quelle occasion. Face à la question de « Pourquoi des filles ? », il se justifie tout d’abord en énonçant que « ce n’est plus l’époque des hommes » puis, avec beaucoup d’humour, il ajoute « parce que j’aime les femmes ».
                    
Un autre point, souvent abordé dans les films de Miyazaki, est le voyage que tout un chacun effectue à un moment où un autre. N’aimant pas le terme voyage initiatique, le maître n’hésite pourtant pas à le mettre en pratique. La plupart de ses héros, notamment de par leur statut d’enfant, sont loin de leurs origines, et confrontés à une situation nouvelle. Cela permet d’enlever la menace qui pèse lorsque on utilise trop l’image d’un enfant sans parents. La plupart de ses œuvres commencent ainsi par un brusque changement dans le quotidien (déménagement pour Chihiro et Satsuki, exil d’Ashitaka, voyages de Kiki et de Sophie, isolement de Nausicaä par rapport au reste du monde...), qui permet une évolution du personnage afin de le mener à un nouvel état de stabilité et de confiance. C’est dans Le voyage de Chihiro que ce but est le plus clairement mis en avant, avec pour dessein de faire grandir la petite fille, plongée dans un univers inconnu et effrayant. Chihiro mûrit, apprend à s’intégrer dans cet univers qui n’est pas le sien, allant jusqu’à s’y plaire. Dans Le château ambulant, également, Sophie part de chez elle pour finir chez Hauru, suite à une malédiction qui va la faire changer de comportement, de vision sur elle-même. On voit à quel point son apparence est liée à sa personnalité, et c’est cet apriori qu’elle va combattre en se retrouvant face à elle-même pour se forcer à réagir. En définitive, même si le héros n’est pas un(e) enfant, Miyazaki accorde une place toute particulière à cet état de fait, cette période particulière. Il le fait également ressortir par de nombreuses allusions aux souvenirs. C’est ce qui confère aux films de l’auteur ce doux amalgame entre passé et présent, mettant en valeur le lien qui les unit, faisant ressortir les conséquences d’un vécu pas si lointain que ça, comme si l’adulte ne se séparait jamais vraiment de ce qui a fait de lui un enfant. Miyazaki lui-même expérimente ceci à chaque fois: « Je ne fais jamais un film avec mon cerveau ni avec mon ventre. […] Je descends encore plus profondément dans mes souvenirs et mes émotions d'enfant. » Cette ode à l’enfance, en toute circonstance, est un des éléments majeurs de ses films, ce qui explique le public diversifié de Miyazaki.
     
               

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