Hayao Miyazaki - Actualité manga
Dossier manga - Hayao Miyazaki

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Sommaire

Publié le Vendredi, 08 May 2009


Des messages au-delà du visuel

                
Si les personnages se ressemblent dans le fond, pour amener le rêve et l’insouciance qui caractérisent la majorité des films de l’auteur, quelques points dans le scénario sont également habituels. Par exemple, de nombreuses images d’engins volants sont présentes dans l’univers du maître de l’animation japonaise. Révélatrices de son passé, elles s’accordent avec le travail de son père et de son oncle, tout comme elles s’adaptent à l’univers de la guerre qu’il a connue très tôt. De plus, avant d’esquisser ses premiers personnages, le jeune dessinateur ne faisait que dessiner ces étranges machines, construites par les hommes, et les défiant de par leur capacité à planer dans les airs, alors même que leurs créateurs restent bêtement cloués au sol. Porco Rosso est alors l’exemple le plus évident, puisque Marco est un aviateur des années 20. Ce film semble avoir été mis au point pour montrer ces prodiges de métal, pour une fois plus ou moins inspirés de machines déjà existantes. Hauru et Sophie volent grâce à la magie, mais de nombreux autres engins sont représentés, tout comme dans Nausicaä de la vallée du vent, ou bien à la manière de Chihiro qui utilise un dragon pour dominer le ciel, et Kiki qui se sert d’un balai. Au final, si la technologie est un point central de l’œuvre de Miyazaki, c’est surtout cette notion d’envol qui en ressort, défiant les lois de la gravité pour que les humains eux aussi puissent enfin goûter au plaisir de s’évader quelque part, là haut, loin de la réalité, des problèmes (maladie de la mère de Satsuki et Mei, qui se réfugient dans les bras d’un Totoro se déplaçant d’arbres en arbres) et des règles. Ces scènes, loin d’être anodines, sont toujours relatives à l’univers du conte, afin d’insister sur la scène qui les contient: dans Porco Rosso c’est l’ensemble du film, représentant le ciel comme un paradis d’évasion, dans Chihiro, l’envol avec Haku déclenche la prise de conscience vis-à-vis d’un souvenir oublié, Hauru s’envole régulièrement pour s’échapper, fuir, avant de faire face violemment, déclenchant alors les derniers mystères du scénario, Kiki s’envole afin d’accomplir pleinement l’héritage qu’on lui a laissé en tant que sorcière, … Il n’y a que Princesse Mononoké qui ne traite pas de cette notion de liberté, de rêve, fait en totale adéquation avec la gravité du film.
          
Comment parler de Miyazaki sans évoquer le thème de l’écologie ? Lui qui trouve que notre monde actuel est superficiel et qui attend une révolution naturelle pour sauver notre ère… Le rapport de l’homme à la Nature est un élément primordial dans l’œuvre du réalisateur, un problème qui lui tient à cœur. Il serait inutile de citer toutes les œuvres qui s’y rapportent de près ou de loin, cependant on peut y remarquer une chose : Miyazaki ne porte jamais de jugement hâtif. Il imagine des mondes post-apocalyptiques, en friche, dans lesquels la Nature reprend ses droits sur l’Homme, sans toutefois transformer ses contes en films militants. A aucun moment il ne prétend avoir une solution aux désastres écologiques qu’il met en scène, il se préfère en narrateur détaché, décrivant des situations parfois extrêmes, parfois sensées, dans lesquelles les hommes se voient directement confrontés aux conséquences de leurs actes.
Miyazaki voit la Nature comme un être à part entière, qui accepterait beaucoup de choses avant de se rebeller, de priver les hommes de ses bienfaits en devenant hostile. C’est le cas dans Princesse Mononoké, Nausicaä et même le tout récent Ponyo. Mais la place de la Nature dans la carrière de Miyazaki ne se résume pas à cela : pour lui, tout est vivant, les esprits de la forêt sont partout, et le message écologique peut tout aussi bien se cacher dans les paysages de Totoro, les combats dévastateurs du Château ambulant ou tout simplement la profusion d’esprits divers et variés dans Le voyage de Chihiro, bien que ce dernier film s’axe plus sur la progression de l’héroïne dans son environnement.


  
 
Miyazaki veut choquer, émouvoir, faire réfléchir sur cette place que la Nature occupe dans notre quotidien. Et la perception d’un tel univers étant quasiment instinctive, Miyazaki se détourne peu à peu des messages directement écologiques de Mononoké ou Nausicaä, afin de faire éclater la relation étroite entre la Nature et l’humanité, ainsi que les liens spirituels qui existent entre eux. Il s’exprime lui-même sur le sujet en déclarant : « Dans mes films pour enfants, je veux avant tout exprimer les messages suivant : " le monde est profond, foisonnant et magnifique " et " vous autres enfants avez de la chance d'être nés dans ce monde "... Bien que le monde regorge de problèmes apparemment insolubles qui rendent difficile le fait de garder quelque espoir, il est tout de même merveilleux de vivre. »
       
Le point central de toute la carrière cinématographique d’Hayao Miyazaki reste néanmoins sa façon de mettre un point d’honneur à ne jamais tomber dans le manichéisme. Ses personnages, au lieu d’une opposition claire et nette gentils / méchants, sont à chaque fois plus travaillés, approfondis et extrêmement ambigus. Comme dans la vraie vie, chacun possède un aspect sympathique et des défauts. Le Mal fait partie de notre monde, au même titre que le Bien. Détruire l’un ou l’autre est incompatible avec la survie de l’univers, il faut apprendre à vivre avec. Par exemple, les monstres du Voyage de Chihiro ne sont pas, au-delà de leurs apparences parfois effrayantes, réellement méchants. C’est ce que le « Sans visage » montre à travers tout le film, les esprits considérés comme des monstres souhaitant juste s’isoler des humains et de leurs vices (cupidité, avarice sont ici bien décelables). Il en est de même pour Dame Eboshi dans Princesse Mononoké ou pour la Sorcière des landes dans Le Château ambulant : chacune d’elle poursuit un idéal personnel ou collectif (pour sa communauté, Dame Eboshi fait ce qu’il y a de mieux), et a des raisons de faire ce qu’elle fait. Les personnages sont alors pensés, analysés et on ne peut séparer les protagonistes en deux camps. Après tout, qui nous dit que si nous avions vu le film sous le point de vue de Dame Eboshi, nous aurions eu ce même sentiment d’injustice face à la Nature, et l’impression que l’humanité était responsable et à punir? C’est là tout le talent d’un grand auteur. Dans la même catégorie, Ponyo ne présente aucun « méchant » si ce n’est Fujimoto, qui se révèle en fait juste maladroit, possessif, protecteur et amoureux de la nature.
Les premiers Miyazaki sont toutefois moins nuancés, et certains n’abritent aucune figure humaine « méchante » (Mon voisin Totoro et Kiki la petite sorcière), mais il y a toujours l’idée de quelque chose de vraiment mauvais : la maladie, la mort, les tares et vices humains, les préjugés, et le plus souvent la guerre, particulièrement développée dans l’œuvre de Miyazaki. Ce dernier est en effet né en temps de guerre, et a passé son enfance sous les bombes atomiques d’Hiroshima et Nagasaki. Par là, il dénonce l’inutilité de la violence et l’ampleur de la bêtise dont les hommes peuvent parfois faire preuve. Par contraste, pour rappeler que l’espoir est magique, mais surtout pour critiquer d’autant plus les conflits, on trouve toujours un endroit de calme et de quiétude dans les films de Miyazaki, quelque soit le sujet. Le plus souvent, cet endroit est vide de toute trace humaine, afin de montrer un avant / après la colonisation du sol par l’Homme. Toutes ces images, ces animations volantes ou reposantes ne font que servir les messages que Miyazaki fait passer à travers les contes qu’il met en images.
            
                                  

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