Genshiken - Actualité manga
Dossier manga - Genshiken

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Sommaire

Publié le Mardi, 17 June 2008


La sous-culture otaku au Japon


Une définition complexe de l'otaku

Contrairement à sa signification dans la culture japonaise, le terme d'otaku est moins péjoratif en France. Au Japon, l'otaku est une personne qui consacre la quasi-totalité de son temps à une activité d'intérieur. En France, il désigne plus généralement les fans de manga, de japanimation et de jeux vidéo.
Au Japon, les connotations d'isolation sociale et de monomanie sont très présentes. L'otaku est une personne qui se replie sur elle-même et ne vit plus que pour une passion: poupée, culte d'une «idole» (une jeune chanteuse par exemple), ordinateur, jeux-vidéos...


Dans Genshiken, force est de constater que les personnages restent sociables et que leurs passions ne tendent pas vers une monomanie. On semble donc plus proche de la définition occidentale de l'otaku que de la définition pathologique japonaise.
Outre les précisions terminologiques complexes sur le terme d'otaku lui-même, il est nécessaire de voir qu'il existe d'autres phénomènes proches. Il va s'agir d'étudier les implications de ces phénomènes sur la définition de l'otaku.


Le nerd est une personne passionnée par des sujets liés à la science et aux techniques. L'otaku se rapproche du nerd car il est très lié à la modernité et aux technologies informatiques.

Le geek, à l'origine, est un individu obsédé par un domaine précis, généralement l'informatique. Cependant la définition du geek a considérablement évolué. De nos jours, le geek désigne la personne qui va porter de l'intérêt aux toutes dernières nouveautés en matière de nouvelles technologies, qui va customiser son matériel informatique en conséquence. Le patrimoine du geek est en perpétuel mouvement, les nouveautés coûteuses remplaçant parfois au jour-près les précédentes. L'otaku est proche du geek parce qu'il guette les collectors, les éditions limitées, les dernières nouveautés en rapport avec sa passion. Pourtant, la volonté de se fonder une collection est beaucoup plus présente chez l'otaku.

Le hardcore gamer est un «joueur inconditionnel», qui s'implique énormément dans un jeu vidéo, tentant d'obtenir les meilleurs scores, les meilleurs objets/compétences, explorant le jeu à 100%. L'otaku conserve une ressemblance avec le hardcore gamer en ce qu'il peut être spécialiste de jeux vidéo et avoir connaissance de toutes les techniques d'un jeu de combat par exemple.

Le nolife est une personne qui consacre une majorité si ce n'est l'exclusivité de son temps à pratiquer sa passion au détriment d'autres activité. Une addiction persiste et affecte les relations sociales et sentimentales. Le terme est aujourd'hui utilisé pour qualifier les joueurs accros aux jeux vidéo. Le hikikomori est le pendant japonais du nolife. L'enfermement pendant de longues périodes et le rejet de la société se retrouve davantage chez le hikikomori, qui se constitue une alternative au suicide (un moi social inexistant mais une perpétuation de l'individualité extra-dominante). L'otaku a des ressemblances avec le nolife ou le hikikomori. En premier lieu, en se livrant à sa passion, une addiction peut naître. En second lieu, l'otaku amateur de mangas/anime/jeux vidéo, produits qui ont parfois du mal à être acceptés par la société, ne comprend pas cette société, peut la rejeter et se renfermer sur lui-même.

Les différenciations terminologiques sont pour le moins complexes. Il est préférable, pour approfondir le sujet, de se tourner vers la quantité de travaux sociologiques portant sur cette sous-culture.



Une chambre d'otaku, au Japon

 

 

Un vocabulaire riche et spécifique

Si l'on écarte l'aspect socio-pathologique et les connotations d'isolation sociale et de monomanie, il demeure que l'otaku, en tant que passionné de mangas/animes/jeux vidéo, développe un vocabulaire propre à ces domaines, qui sont d'ailleurs présents dans ce dossier !
Car finalement, qu'est-ce qu'un manga, un anime ou un OAV s'écriront les non-initiés ? Genshiken est là pour leur expliquer. Pourquoi alors, ne pas se livrer à un petit lexique de l'otaku ? Ces termes renvoient aux activités qui font le charme de Genshiken et de l'univers otaku.


Anime/Japanime: Dessin animé japonais. Astro le petit robot (Tetsuwan Atomu) est le premier anime diffusé à la télévision japonaise, en 1963. Cela contribuera au succès de son créateur, Osamu Tezuka .

Artbook: Livre d'illustrations sur une oeuvre en particulier, ou sur différentes oeuvres d'un même auteur.

Character designer: Le chara-designer est en charge du design des personnages. Il adapte l'esthétisme des personnages en fonction de leur animation.

Cosplay: Contraction de «costume» et «player». C'est une pratique courante au Japon (et reprise en Occident) consistant en se déguiser en personnages présents dans les mangas, animes ou jeux video, mais aussi à adopter leur caractère, leur personnalité.

Dôjinshi: Recueils d'illustrations réalisés par des individus, non-professionnels ou mangakas renommés, n'étant pas les auteurs originels des personnages dessinés. Il s'agit le plus souvent de yaoi, yuri ou hentaï, mettant en scène des relations explicites entre les personnages, qui ne sont pas présentes dans les mangas originels. Certains auteurs se font connaître non en remportant les concours des grandes maisons d'édition mais grâce à leur talent pour le dôjinshi,

Fanart: Oeuvre graphique réalisée par un fan amateur. Un fanzine est un magazine réalisé par des fans amateurs.

Fanbook/Character book: Livre contenant des informations sur un manga ou un anime, notamment des fiches de personnages, des explications sur les techniques de combat, un enrichissement de l'univers de la série etc...

Goodies: Produits dérivés d'un manga, anime ou jeu vidéo. Il peut s'agir de figurines, de posters, de vaisselle, d'accessoires, de vêtements, de coussins, de mannequin gonflable...

Manga: Littéralement «esquisse rapide». Renvoie à la BD japonaise. Les mangas sont classés en plusieurs catégories selon le thème traité et le public visé. Le mélange des genres est possible. La diversité des genres de mangas est palpable, tout individu peut y trouver son compte selon son métier, ses passions, ses loisirs, ses sentiments...

Mecha: Abréviation de «mechanic». Désigne les robots de combats futuristes, présents dans des séries à succès comme Gundam, Evangelion, Rahxephon ou des jeux vidéo comme Super Robot Taisen Alpha, Sakura Taisen ou Zone of the Enders. Le mecha peut être considéré comme une sous-catégorie du shônen où les mechas ont une importance majeure.

OAV/OVA: Original Animation Video. Anime produits uniquement dans le cadre d'une exploitation vidéo.



   
 

Goodies

Les otakus sont friands des produits dérivés de leurs séries fétiches, et se montrent très exigeants dans la finition de ces produits. En tant que manga sur les otakus, il est logique que Genshiken ait lui-même donné lieu à ce genre de produits.



  
    

Inspirations

Le traitement du thème des otakus dans un manga est inédit. Dans bon nombre de shônens ou seinens, on pouvait bien sûr rencontrer ce type de personnage (Noboru Yoshikawa dans GTO par exemple). Mais aucun manga n'avait jusqu'à présent été consacré exclusivement à ces individus. Le studio Gainax (à l'origine d'Evangelion notamment) a réalisé deux OAVs ayant pour héros des otakus: Otaku no Video, suivi de More Otaku no Video.  Plus récemment, Perfect Blue de Satoshi Kon (film d'animation) a traité du problème de culte d'une idole, et Otakus in Love de Suzuki Matsuo (long-métrage) s'est concentré sur les otakus.
    

  

    
    

Le conte moderne du "Garçon du Train" s'est vu décliné en plusieurs mangas chez Kurokawa et Taïfu comics: Densha Otoko, Sois fort Garçon! et Moi aussi, je pars à l'aventure.

    
        

   

  

D'autres oeuvres s'ancrent dans une culture otaku : Bienvenue dans la NHK, édité chez Soleil Manga, centreson propos sur le phénomène des hikikomoris, pour une oeuvre parfois très sombre et à l'humour grinçant. Akihabara@Deep (12Bis) nous entraîne dans le quartier préféré des amateurs de sous-culture avec une bande de jeunes gens souffrant tous de problèmes sociaux mais aux talents complémentaires pour remuer la société contemporaine. Nous pouvons également nous étendre vers le monde des jeux vidéos avec Tokyo Toybox / Giga Tokyo Toybox (chez Doki-Doki) et son studio G3 tenu par des passionnés de culture vidéoludique. Enfin, citons le modeste Otaku Club, édité par Vegetal Shuppan, qui se propose, à l'instar de Genshiken, de suivre un comité de passionnés, cette fois à l'échelle lycéenne.

      

              

    
   
Depuis quelques années sévit également un nouveau fléau : les otakus aux féminins, surnommées parfois otakettes dans nos contrées, mais plus connues au Japon sous le nom de fujoshi. Fort bien représentées dans Genshiken en la présence de la paire Ohno-Ogiué, ces fans d'un nouveau genre addicts au yaoi aiment se travestir ou encore imaginer des histoires tendancieuses entre les protagonistes masculins de leurs séries préférées. Devant l'ampleur du phénomène, les séries consacrées ne tardèrent pas à pointer leur bout de leur nez ! Citons notamment le très déjanté Otaku Girls publié par Doki-Doki qui retranscrit à merveille les différents points de vue autour des fujoshi, Ma copine est fan de yaoi dans un registre plus fleur bleue, ou encore le très prometteur Princess Jellyfish mettant en scène une pension de femmes monomaniaques et asociales... Tout un programme!
 
 
      
   
  
    
  

Conclusion

Alors que l'on a vu que la définition de l'otaku n'est pas toujours correctement délimitée, le manga Genshiken recentre le débat sur ce qui semble être la véritable nature de l'otaku : une passion pour les mangas, les animes et les jeux vidéo. En cela, Genshiken peut faire office à la fois de dictionnaire de l'otaku, en ce qu'il en reprécise la définition, et d'encyclopédie de l'otaku, puisqu'il décrit les activités de l'otaku et laisse une grande part à la découverte.

Une nouvelle série de Kio Shimoku, auteur de Genshiken, a débuté au Japon. Elle est intitulée Djigopuri (Jigoku Princess pour Princesse de l'Enfer). En suivant l'apprentissage d'Ayumi, jeune maman de 18 ans, Shimoku s’attache à décrire les situations auxquelles font face les jeunes mères comme l’allaitement, les modifications corporelles post-natalité ou la meilleure façon de changer les couches (les lecteurs peuvent même voir grandir le nourrisson quasiment en temps réel dans les pages du magazine de prépublication). L'auteur montre une nouvelle fois son talent dans des séries dont le sujet est atypique.
Genshiken sera apprécié à sa juste valeur par les personnes se sentant proches des otakus, qui s'y reconnaîtront, mais aussi par des personnes qui n'apprécient pas forcément les mangas classiques et qui ont envie de découvrir pourquoi les mangas, les animes, les jeux vidéo suscitent tant de passion.
Intéressant d'un point de vue sociologique, Genshiken brille aussi par son humour, son dessin, son ambiance et surtout ses personnages.


    
Mise en ligne le 17/06/2008.
Mise à jour le 29/12/2011.
   
  
Fiche de la série: Genshiken
Fiche de la série VO: Genshiken vo
Fiche de l'auteur: Kio Shimoku

Dossier réalisé par RogueAerith


GENSHIKEN by Shimoku Kio originally serialized in the Afternoon published by Kodansha Ltd.in the Afternoon published by Kodansha Ltd. © 2004 Shimoku Kio, KODANSHA/GENSHIKEN PARTNERSHIP

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