Densha otoko - L'homme du train - Actualité manga
Dossier manga - Densha otoko - L'homme du train
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Publié le Vendredi, 27 May 2016


L’épopée de Densha : de l’enfance à l’âge adulte


D’une manière générale et peu importe l’adaptation, l’histoire de Densha Otoko peut être interprétée comme un conte narrant le passage à l’âge adulte pour notre héros. Car quel que soit le support, Densha apparaît comme relativement jeune et a encore tout à découvrir, et ce quand bien même il serait souvent décrit comme un jeune salarié. La formule de l’intrigue elle-même suffit à définir cette épopée puisqu’il est question d’un garçon abandonnant ses loisirs pour devenir un homme épanouit, aussi bien en amour que dans la vraie vie. Car en effet, Densha abandonne son style quelconque et indigne de la société telle qu’elle veut ériger les codes, pour mieux être conforme à celle-ci et être présentable aux yeux de tous. Densha Otoko a donc une facette très conformiste puisque l’histoire montre d’une part que la présentation physique est indéniable pour plaire à son entourage et devenir quelqu’un d’accompli. Néanmoins, cela est contrebalancé par son évolution sentimentale, il est en effet bien difficile de juger superficiel l’amour que l’homme du train commence à éprouver pour celle qu’il a secourue. Aussi, on pourrait presque assimiler cette histoire à un conte de fées pris à l’envers : Densha rencontre celle qu’il va aimer en la sauvant, mais c’est bien sous des airs de looser qu’il la secoure dans un premier temps… Finalement, est-ce que l’homme du train avait besoin de changer de manière si drastique pour séduire l’élue de son cœur ?





Le manga de Hidenori Hara appuie donc lui aussi cette thématique, et y apporte son propre message à un moment clef de la série, en ouverture du troisième et ultime tome. Pour l’auteur, Densha devait se séparer de sa collection d’otaku et renier tous ses hobbies pour mériter la compagnie amoureuse d’Hermès. Le message est là aussi assez radical et paradoxal venant du médium manga, elle véhicule ainsi un portrait ingrat de l’otaku puisque le réduit à une simple figure infantile. Pourtant, le marché du manga, de l’animation et du jeux-vidéo, au Japon, ne peut se permettre de considérer ainsi son public car c’est bien l’adulte qui forge son cœur de cible : étant donné les prix exorbitants des DVD, pour citer cet exemple, ce n’est pas un enfant qui pourrait se permettre un loisir de ce luxe…
Finalement, se pourrait-il que Densha Otoko ai du mal à trouver un juste milieu dans son portrait de l’adulte, et sans la vision que le projet a de la figure otaku ?


Un style très 90’s !


Lire Densha Otoko aujourd’hui a quelque chose de déroutant sur le plan visuel puisque le coup de crayon de Hidenori Hara n’a rien de commun avec les standards habituels. Son art se rapproche de celui qui se faisait davantage dans les années 90 et s’entoure alors de caractéristiques particulières qui ont un effet immédiat sur l’œuvre.

Les teintes qui imprègnent les différentes cases des trois volumes contribuent d’abord à créer des environnements marquant et à donner à l’œuvre cette aura de nostalgie. Alors qu’en 2016 il est tout à fait commun de dessiner de manière informatique, ce qui amène souvent à un travail très lisse du côté des teintes en noir et blanc dans un manga, le mangaka n’a ici que pour seules armes ses crayons. Le travail des textures et des teintes de couleurs apporte alors une certaine authenticité à l’œuvre, une aura plus manuelle qui lui donne une personnalité certaine et donne un rendu parfaitement crédible pour du dessin. Les cases, que ce soit le travail sur les corps et ce qui entoure les personnages, ressort alors peut-être plus que dans une œuvre moderne et aseptise bien moins l’univers et l’esthétique de Densha Otoko d’une manière générale.

Le style de l’auteur contribue aussi à dépeindre des personnages particulièrement vivants. D’abord, le character-design présenté est extrêmement varié, crédible et permettant de gratter des individus ordinaires mais pourvus de différentes personnalités, mais aussi particulièrement vivace. Ce dynamisme est traduit par une insistance sur les expressions de visage de chaque personnage, mais aussi sur la gestuelle particulièrement palpable tout le long du manga. Il faut dire que dans sa vision du récit de l’homme du train, Hidenori Hara pense une histoire pétillante, où la joie et les doutes se ressentent à chaque instant, et où le fort soutien de la communauté internet auprès de Densha se caractérise par des « inconnus » qui épaulent leur camarade comme s’ils vivaient l’aventure à ses côtés. Ainsi, afin de donner plus d’identité à ces individus dont nous ne connaissons même pas le nom, l’auteur appuie toutes ces caractéristiques expressives et de mouvement, donnant au final un rendu des plus frais et rythmé, contribuant à donner une aura et une vie véritable à ce manga de trois opus seulement.





Notons aussi qu’il est dommage que la série ne présente pas plus d’illustrations en couleur. En effet, les couvertures présentent des visuels qui appuient toutes les qualités cités en y apportant la couleur, tout en se permettant une pointe de poésie. Ainsi, le premier tome démarre l’histoire sur les élans d’une journée, à l’intérieur du train, le second présentant un cadre nocturne comme s’il cherchait à symboliser l’attente d’un dénouement, et le troisième un crépuscule qui, au vue de la posture des deux protagonistes, insiste sur la conclusion qui débouchera sur un renouveau.
  
  
  


© 2005 by Hidenori Hara, Hitori Nakano

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