Dossier manga - Code Geass - Nightmare of Nunnally

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Publié le Vendredi, 22 April 2016


Le dessin de Tomomasa Takuma, interprétation des codes de la franchise


Tomomasa Takuma a un style particulier en ce qui concerne ses personnages et celui-ci n’a pas grand-chose à voir avec le trait fin et élancé des Clamp qui ont créé les personnages longilignes de Code Geass. Respect l’esthétique du groupe d’auteures peut d’ailleurs sembler être le plus grand challenge pour les différents auteurs qui ont essayé de s’adonner à des dérivés de la licence Code Geass. Pourtant, le mangaka du présent manga a trouvé le bon compromis : Respecter le design original tout en réinterprétant les designs des personnages à sa sauce. Cela peut sembler anodin énoncé ainsi, mais tous les auteurs ne parviennent pas forcément à honorer ce genre d’exercice. Exemple parmi tant d’autres, Masatsugu Iwase s’était bien trop éloigné des personnages de Gundam SEED dans son adaptation manga en cinq tomes, si bien qu’on ne reconnaissait plus un seul personnage.

Tomomasa Takuma, lui, a su fait bien le character-design des Clamp. On reconnait d’abord chacune des figures auxquelles on a affaire à partir du moment où elles existaient déjà dans l’anime tant leurs caractéristiques physiques sont respectées. L’air hautain et la chevelure de Cornelia nous permettrait de la reconnaitre entre 1000, et difficile de passer à côté de Lelouch tant son air s’assimile très bien à celui qu’il emprunte dans l’anime. Cela pouvait sembler plus complexe pour des personnages comme Nunnally mais là aussi, la simple douceur de son visage associé à sa coupe de cheveux la rende reconnaissable. On peut même dire que dans ses choix, l’auteur a apporté une autre dimension à certains personnages. Suzaku arbore ainsi un visage bien plus sombre, le rendant plus complexe et moins idéaliste que dans la série animée, là où C.C est très souvent montré avec un air hautain qui permet de mystifier davantage la « jeune » femme et d’accorder le design à son rôle de sorcière presque éternelle. La représentation de Zero est aussi très novatrice puisque ce dernier, fort d’une armure qui contribue à sa force physique, apparaît presque comme un sombre héros de comics américain. Nous sommes alors aux antipodes de la vision des Clamp en termes d’esthétique, mais le tout reste visuellement cohérent et réussi.





En ce qui concerne les Knightmare Frame, il existe là aussi un certain décalage entre ce que l’anime a pu nous montrer et le dessin de l’auteur. En ce qui concerne leur reproduction, c’est une touche plus rétro qui teinte les robots du manga. En effet, le design des machines, originales ou déjà existantes dans la série, paraissent moins lisses et moins anguleuses. Code Geass, à sa sortie dans les années 2000, respectait un style très en vogue dans le mécha, dans ces années, mais le style de Tomomasa Takuma correspond davantage à l’ère des années 90 qui l’a sans doute marqué. Evidemment, nous reconnaissons bien le Lancelot et les autres engins que la série télévisé nous a présenté, mais c’est sous un jour nouveau qu’ils nous apparaissent ici.

Pour les nouveaux modèles tels que le Mark Nemo, c’est une envie de grandiloquent qui a frappé le mangaka qui présente ici un modèle extravagant, assez différent que ce que nous avions connu. La série tourne autour de concepts associés aux mythes, tels que les sorcières ou le diable, et c’est dans cette optique qu’il a conçu ce modèle inédit s’apparentant à un gigantesque démon. Gageons d’ailleurs que ses influences, très typées années 90, se ressentent tant sur certaines pages, le Mark Nemo présente des similitudes avec les Eva de Neon Genesis Evangelion, notamment par l’utilisation de membres bioniques sur cette machine et quelques autres, permettant à Nightmare of Nunnally de diverger de la série Code Geass classique concernant la représentation des nouveaux méchas. On notera aussi que l’auteur, fort de son implication dans la série, a pensé une véritable hiérarchisation des machines bien que le rythme de l’intrigue, et la confusion qu’il entraîne, nous empêche de la percevoir. C’est la postface du second volet qui explique ainsi les catégorisations de machines, un plus non négligeable pour comprendre un peu mieux l’univers mais qui aurait eu davantage de sens sur une histoire plus développée.

Et si on parle parfois de confusion, c’est que la mise en scène n’est pas toujours propice à la bonne compréhension du lecteur. Cela ne concerne pas les séquences qui ne font intervenir que les personnages puisqu’à ces moments, les choix de représentation de Tomomasa Takuma sont judicieux. Il est souvent question de présenter les personnages comme des démons auxquels ils aiment tant s’apparenter, donnant lieu à une représentation presque théâtrale de certaines figures comme Zero afin de mieux accentuer leur charisme, tandis que des moments entourant les personnages plus calmes comme Nunnally et Alice seront plus statiques et moins ambitieux. Mais c’est du côté des affrontements entre Knightmare Frame que le problème se pose. En soi, les robots ne sont pas mal représentés mais c’est au milieu de l’action qu’il est difficile pour le mangaka de dépeindre précisément ce qu’il se passe, des instants où il peine même à démarquer certaines machines, le tout aboutissant à des fronts où on se retrouve parfois perdus. Ce n’est donc pas sur l’action autour des méchas que se porte la force du mangaka, ce qui est fort dommage pour une série de robots géants.


L’édition made in Tonkam


Malgré le fiasco que furent certains titres manga Code Geass, notamment les recueils anthologiques, l’éditeur a cru au potentiel de la licence et a mis les moyens dans l’édition des différentes séries. Code Geass : Nightmare of Nunnally bénéficie donc d’un travail honorable, que ce soit sur la fabrication qui est exemplaire ou la traduction qui entre en accord avec l’adaptation des termes établie par Kazé sur l’anime. Finalement, seules quelques coquilles entravent la lecture.

Les plus tatillons remarquerons aussi que l’essai tenté sur les premiers opus de Lelouch of the Rebellion et Suzaku of the Counterattack n’a pas été réitéré sur le premier tome de Nightmare of Nunnally. Les couvertures des deux séries, sur le premier volet, bénéficiaient d’un effet argenté absent sur la série présente. Gageons aussi que malgré le succès mitigé du manga, l’éditeur est parvenu à sortir l’intégralité de l’œuvre sur une période inférieure à une année, un exploit qui ne sera malheureusement pas réitéré sur la série suivante…





Et la suite ?


Car en 2010, Tomomasa Takuma signe une nouvelle œuvre appartenant à la saga Code Geass, un préquel intitulé Shikokku no Renya et se déroulant dans un Japon féodal bien avant l’épopée de Lelouch. S’il s’agit de l’un des plus longs spin-off manga de Code Geass, achevé au Japon après sept volumes, la série n’a pas connu de chance en France puisque la publication stagne à l’heure actuelle avec cinq opus parus. Problèmes de droits sur la série ou non volonté de l’éditeur de faire paraître les deux ultimes volets à cause du non succès de l’œuvre ? Le mystère est irrésolu mais dans tous les cas, les chances de voir la conclusion de ce second titre du mangaka sur Code Geass en France sont minimes…
  
  
  


© Tomomasa TAKUMA 2007 © SUNRISE/PROJECT GEASS • MBS Character Design © 2006 CLAMP

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