Black Lagoon - Actualité manga
Dossier manga - Black Lagoon

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Sommaire

Publié le Vendredi, 17 December 2010


Roanapur, enfer sur Terre ou paradis perdu ?

 

Un univers sans concessions, l'apologie de la loi du Talion

Conséquence première de cette somme de personnages ne reculant devant rien pour assouvir leurs désirs, le monde Black Lagoon se veut particulièrement violent, politiquement incorrect, parfaitement cru. Roanapur est une ville gangrenée par le crime et la prostitution à la racine. Les quelques forces de l'ordre qui y subsistent ne sont que des pantins à la solde des forces locales, c'est-à-dire la mafia, dans la plupart des cas. De ce fait, le lecteur se retrouve plongé dans une ambiance qui risque de ne pas faire que des émules. La plupart des habitants de la ville usent et abusent d'un langage volontairement vulgaire, le second degré est omniprésent, les morts sont légion et les remords inconnus. C'est réalisé de manière exagérée, que ce soit au niveau des paroles où des faits, mais c'est aussi ça qui donne son cachet à l'ensemble. Maintenant, tout cela n'est pas systématiquement fait de manière gratuite. Parfois, c'est le cas, c'est presque inévitable. Mais, de manière générale, cela sert l'histoire et fait progresser l'intrigue. Chaque exécution a un but, que ce soit l'Hotel Moskva, les Triades ou le Lagoon, aucun d'entre eux ne tue sans raison. Evidemment, dans le cas de certains, il ne leur faut pas grand chose pour se laisser tenter.

Chaque faction a ses objectifs et obéit à certaines règles qui varient suivant le camp dans lequel on se trouve. La seule qui semble à peu près équivalente chez tout le monde, c'est celle qui dit qu'un crime ne reste pas impuni et que la vengeance est de mise, qui que soit l'opposant. Cela entraine bon nombre de gunfights, tous toujours très intenses, là aussi souvent surréalistes dans leur déroulement, mais aussi un problème qui tend, par moments, à devenir très gênant : on ne sait plus qui veut quoi. C'est le cas à plusieurs reprises, celui de la vengeance de Roberta étant le plus flagrant car il regroupe pratiquement toutes les forces vives de Roanapur dans une seule et même partie du récit. Tout le monde semble concerné, tout le monde veut fonctionner d'une certaine  manière, personne ne s'entend, personne ne dit clairement les choses. Au milieu, il y a le lecteur. Le lecteur qui est perdu et qui ne sait plus ce qu'il doit ou non comprendre, pourquoi est ce que l'un ou l'autre agit de la sorte, qui s'attaque à qui. En proposant des dialogues pointus et des agissements forts crédibles, Rei Hiroe tente d'apporter une certaine crédibilité générale à son oeuvre et c'est tout à son honneur et chose faite. Le sentiment d'authenticité est présent. Malheureusement, c'est au détriment de celui qui doit passer derrière et comprendre tout ce qu'il a voulu exprimer. C'est probablement le plus gros défaut de la série. Et c'est dommage car il faut bien avouer que cet univers où les répliques cultes coulent à flot, les nerfs sont à vifs, et où la violence est la solution prônée par la majorité pour résoudre les conflits et fichtrement séduisant.
 
 

Plus qu'un simple défouloir, une réflexion sur les déboires de l'humanité

Mais Black Lagoon a aussi su prouver, à plusieurs reprises, qu'il peut jouer dans un autre registre. Entrer dans une dimension plus touchante, plus dénonciative d'un monde à la dérive. C'est le cas pour la première fois lorsque l'on rencontre les jumeaux Hansel et Gretel. Abusés dès leur plus jeune age, le seul refuge qu'il ont trouvé se nomme haine. Une haine qui les a privé de leur condition d'humain pour les transformer en machines à tuer dénuées de tout bon sens, de tout espoir pour l'avenir. Certes, ce n'est pas fait avec la même sensibilité, avec la même émotion qu'une Yu Aida dans Gunslinger Girl pour citer un cas assez similaire mais la démarche a le mérite d'exister et de démontrer qu'Hiroe ne cherche pas uniquement à promouvoir l'anarchie la plus totale dans un bain de sang.

Après cette première tentative relativement fructueuse, il retentera l'expérience, mais de manière différente, lors de l'arc Fujiyama Gangsta Paradise qui met en scène une adolescente dont la destinée de yakuza semble inéluctable. Jouant sur la nostalgie de Rock qui revient pour la première fois dans son pays natal depuis qu'il a embarqué sur le Lagoon, dévoilant une autre facette de Revy, montrant une Balalaika plus décidée et sans pitié que jamais, mais surtout, se focalisant sur la relation très forte entre Yukio Washimine, héritière malgré elle et Ginji, son protecteur jusqu'à la mort. C'est fait avec finesse et précision, et c'est une réussite indéniable. Mais ces deux exemples ne sont pas les seuls, la quête désesperée de Garcia pour sauver Roberta n'est pas en reste non plus et l'auteur à le chic pour offrir des scènes finales superbement bien orchestrées.
 

Des références à la pelle, de la sublimation du récit à l'ennui du lecteur

Dernière composante de la série: la présence régulière de références à des figures emblématiques de notre monde, des films, des musiques diverses et variées. Ca peut sembler être un détail, un petit ajout mineur, mais force est de constater que cela permet à Hiroe de transcender son récit, de le sublimer de la meilleure des manières, mais pas à tous les coups. La problématique est très simple. A partir du moment où l'on comprend la citation, la référence faite, tout ça passe parfaitement bien mais, lorsque ce n'est pas le cas, il faut bien avouer que c'est assez frustrant. On se dit qu'on est censé apprécier, que ça donne encore un peu plus de personnalité aux différents protagonistes, en vain. Et, généralement, on aura pas le courage d'aller faire un petite recherche en pleine lecture pour essayer de comprendre la phrase en question et, du coup, casser le rythme établi. Dès lors, ça a tendance à rapidement ennuyer. Et si certains passages sont évidents, ce n'est pas le cas de tous.

Par contre, lorsque l'on sait de quoi l'auteur parle, le constat est tout autre. Voir Revy chantonner du White Zombie pendant qu'elle décime ses opposants, c'est clair, ça fait son petit effet. Dans la même veine, l'affrontement final entre Roberta et les troupes américaines sur fond de Creedence Clearwater Revival, c'est grandiose. On a la chanson dans la tête, elle colle parfaitement bien et le spectacle en est instantanément décuplé tout comme le plaisir que l'on éprouve. Voila donc une composante à double tranchant mais qui, utilisée à bon escient, est vraiment savoureuse.
 
 
   
 
   

BLACK LAGOON © 2003 Rei HIROE / Shogakukan Inc.

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