Black Lagoon - Actualité manga
Dossier manga - Black Lagoon

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Sommaire

Publié le Vendredi, 17 December 2010


La redéfinition du charisme selon Hiroe

 
L'un des deux atouts majeurs de Black Lagoon est sans conteste la capacité de Rei Hiroe de nous livrer des personnages qui en imposent, peu importe leur statut ou leur mode de fonctionnement. Donc, après le petit tour du propriétaire que l'on vient d'effectuer, on va maintenant s'intéresser plus en profondeur à chacun d'entre eux, en commençant, et c'est fort légitime, par Rock, héros, sans vraiment l'être, de la série.


Rock, modèle du héros atypique

Le bonhomme se distingue assez fortement de la figure de proue classique dont fait office ce que l'on peut qualifier de protagoniste principal du récit. Et pourtant, cela commence de manière relativement conventionnelle pour lui. Enlevé sans trop savoir pourquoi, trimballé à droite à gauche jusqu'à ce qu'on veuille bien le laisser souffler un instant, Rock n'en mène pas large. Mais ce rôle de persécuté, il va l'abandonner très rapidement. Tout d'abord, en faisant preuve d'un sang-froid et d'une créativité étonnants pour venir à bout des poursuivants du Lagoon. A ce moment-là, le déclic se fait. Rokuro Okajima est définitivement mort. Dès lors, Rock n'hésitera pas à tenir tête à Revy, à Dutch, et même à Balalaika. Mais jamais de manière ostentatoire, bien au contraire. Il choisit de n'intervenir que lorsque la situation s'envenime de trop et tente de régler ce qui peut l'être par le dialogue. A ce niveau, il se rapproche quelque peu de Mr Chang, le côté manipulateur en moins, même si ça viendra par la suite. Et, justement, dans la suite de l'intrigue, Rock ne prendra jamais le rôle qui lui semblait dévolu dès le départ. Il reste plus en retrait, mais agit cependant dans l'ombre. Dévoilant rarement ses plans à l'avance, il faut bien reconnaitre que notre homme arrive dans la majorité des cas au résultat escompté.

De même, il ne deviendra jamais un foudre de guerre au combat. Il n'utilise en fait quasiment jamais d'arme. Pour un héros, on aurait pu penser que cela le conduirait à sa perte, le lecteur préférant d'autres personnages davantage mis en avant, faisant d'autant plus ressortir le côté "badass" de la série. Mais il n'en est rien. Et Rock s'impose comme un membre du Lagoon digne de ce nom. Sur qui l'on peut compter, de qui on peut tout attendre, avec qui on mise sur le bon cheval. Jouant la carte de la subtilité au milieu d'un monde de brutes épaisses, celui qui était autrefois un paisible employé de banque trouve ses marques de manière étonnante mais pertinente dans son nouvel environnement. Et si certains ont du mal à accepter ce caractère d'apparence incompatible avec la vie à Roanapur, Revy étant l'exemple le plus frappant à ce niveau-là, ils restent forcés, à un moment ou à un autre, à s'incliner face à lui.
 

Elles en ont dans le pantalon, ou l'art de la justice façon Kalachnikov

Et pourtant, comme dit précédemment, ce n'est pas la concurrence qui manque, surtout du côté féminin. Revy est celle qui vient directement à l'esprit quand on commence à mentionner le tempérament de feu dont elles font preuve. Elle boit à tout va, sort ses pistolets dès que quelqu'un dit quelque chose qui ne lui plait pas, chante ses morceaux préférés tout en redécorant le lieu où elle se trouve à l'aide de ses balles et n'a absolument peur de rien. Elle en impose, et ce, depuis sa première apparition jusqu'à la dernière en date. Toujours là pour balancer l'une ou l'autre réplique cinglante, elle représente sans doute parfaitement bien l'esprit qui règne dans la série. Mais Revy est loin d'être la seule dans ce cas-là. Sa "collègue" Shenlua n'est pas mal dans son genre non plus et Hiroe, simplement en lui donnant une façon de parler maladroite, prétextant un manque de connaissance de la langue de Shakespeare, en a fait quelqu'un d'absolument délectable. Tout aussi vulgaire que Two hands, elle ajoute ce petit côté décalé qui la différencie des autres et lui procure une vraie personnalité par la même occasion. Evidemment, son style de combat, tout en agilité et à l'arme blanche, aide également grandement à la rendre unique. Quoi qu'il en soit, ni l'une ni l'autre n'ont le moindre remords à faire s'amonceler les cadavres par dizaines. Pire, cela en devient presque un jeu à l'addictivité sans précédent auquel elles ont pris goût depuis bien trop longtemps.

A côté de ces deux jeunes femmes, on en retrouve deux autres. Plus adultes dans leur comportement et, probablement, porteuses d'un passé nettement plus lourd et sombre. Premièrement : Balalaika. Voila la personnification même du charisme. Elle renvoie aux oubliettes toutes les pseudo bad girls en leur apprenant comment fumer un cigare par le front en même temps, pour reprendre une expression locale. Bien entendu, son apparence contribue à cela mais ne fait certainement pas tout pour autant. Froide, sans pitié, elle est surtout animée d'un profond désir de vengeance contre ses ennemis, quels qu'ils soient. Sa confrontation dans le parc avec l'un des deux jeunes enfants meurtriers, Hansel et Gretel, dans le troisième volume, notamment, est absolument glaçante. Ensuite, comment ne pas évoquer le cas Roberta ? Si Balalaika est calculatrice et implacable, la soubrette porte décidément très bien son surnom de chien de chasse. Encore que, il faudrait probablement plutôt parler de bête enragée. Si, lorsqu'on la voit par la première fois, elle reste un personnage convaincant, c'est surtout lors de l'arc "El baile de la muerte" qu'elle devient véritablement mémorable. Dire qu'elle est effrayante serait un euphémisme tant sa rage, sa haine, sa démence sont terrifiantes. L'arc en question est loin d'être parfait mais, indéniablement, chacune des apparitions de Roberta est autant de coups de maitre de la part de l'auteur. C'est sans conteste la figure la plus marquante de la série. La plus inhumaine. La plus morbide. La plus triste.
 
 

Dans l'ombre des colosses, les oubliés se terrent

En marge de tous ces protagonistes qui s'imposent avec une facilité déconcertante, on en retrouve beaucoup d'autres pour qui ce n'est pas tout à fait le cas. Attention, cela ne veut pas dire pour autant qu'ils sont ratés ou moins intéressants. Simplement, Hiroe n'est jamais parvenu, jusqu'à présent, à doser suffisamment bien les temps d'apparition de chacun et chacune. Ainsi, Dutch et Benny, pourtant membres de l'équipage du Lagoon ( et même leader dans le cas du premier ) ne parviennent jamais à devenir des incontournables. Forts laissés en retrait, ils doivent se contenter de quelques rares scènes pour briller le temps d'un instant avant de se faire oublier tout aussi rapidement. Et si c'est le cas d'eux deux, que dire alors pour d'autres comme Sawyer ou Lotton ? Les deux tueurs à gages pointent le bout du nez une fois toutes les trois lunes, histoire d'apporter une petite touche d'humour, mais ça s'arrête là. D'un autre côté, il est vrai que, sur la durée, on voit mal ces deux-là capables d'apporter un plus à l'oeuvre de Hiroe. Du coup, peut-être cela est-il mieux ainsi ?

Et puis, il y a la troisième catégorie. Ceux qui, sans parvenir à la hauteur des têtes d'affiches, arrivent toutefois à tirer leur épingle du jeu quand c'est nécessaire. Hansel et Gretel, Garcia Lovelace ( l'employeur de la soubrette ), Fabiola ( la seconde soubrette ), Chang ou encore Eda. Si pour certains qui n'ont, apparemment, qu'un temps de présence limité au sein du récit comme les premiers cités, ce n'est pas particulièrement préjudiciable, pour d'autres, et je pense là aux deux derniers cités mais surtout à Eda, ça l'est déjà un peu plus. Chang, finalement, s'en sort plutôt bien. Mais son tempérament plus sobre fait qu'il a tendance à moins marquer les esprits. Un peu comme Rock. Sauf que, pour celui-ci, le lecteur l'a considéré dès le départ comme un protagoniste central du récit. En ce qui concerne Eda, les choses se corsent. Apparue rapidement dans l'histoire, la soeur qui n'en est pas une a finalement dû céder la place à d'autres, qui  ne le méritaient pas forcément, cela dit. Mais voila, le mal est fait. L'agent de la CIA doit se contenter de son rôle de second couteau et c'est vraiment dommage.
 
 
  
   
 

BLACK LAGOON © 2003 Rei HIROE / Shogakukan Inc.

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