Dossier manga - Atsushi Kaneko

Reader Rating 19 /20

Sommaire

Publié le Jeudi, 12 January 2012


L'art de réussir son casting


Au delà de ses intrigues, qui, dans le cas de Bambi par exemple, reste en définitive relativement simple quand on la prend dans sa globalité, c'est surtout la variété et le charisme des personnages qu'il crée qui donnent ses lettres de noblesse à Kaneko. Pour être plus précis, le bonhomme semble tout simplement incapable de mettre en scène quelqu'un que l'on pourrait qualifier de "banal". Et s'il le fait malgré tout, c'est non sans une pointe de dérision quand même sacrément prononcée quand on y pense. C'est le cas pour le malheureux Tanahashi. Mieux, il donne vie à une galerie de personnages impossibles et pourtant bien tangibles. Bambi se posant évidemment comme figure de proue de ce mode de fonctionnement. D'un côté on retrouve une gamine innocente et pure qui n'a d'yeux que pour Benny l'ourson, de l'autre on est face à la plus dangereuse des tueuses qu'il soit possible d'imaginer. Et la grande force de Kaneko, c'est qu'il parvient à nous faire entrer dans son jeu sans pour autant avoir besoin de se justifier. Finalement, si l'on ne tient pas compte de l'épisode 0 qui apportera surement bon nombre d'informations quand à la genèse du la demoiselle, on ne sait pratiquement rien de Bambi. Hors, habituellement, un tel manque de background et un tel manque de justifications dans les actes d'une personne sont souvent synonymes soit d'un désintérêt progressif de la part du lecteur, soit d'une déception certaine une fois la dernière page tournée. Ici, ce n'est pas le cas. Au contraire. On est davantage dans un schéma tout de suite adopté, jamais renié. Ceci vaut également pour les autres personnages de la série et pour ses autres séries aussi, d'ailleurs. Cela permet, qui plus est, de faire vagabonder notre imagination à loisir et dans une série comme Soil, c'est un plus indéniable.

Ce casting improbable, on le retrouve bien entendu également dans cette dernière. Là, Atsushi Kaneko ne manque pas d'annoncer très rapidement la couleur via l'inspecteur Yokoi. "Les gens normaux, ça n'existe pas". Et ça, il s'attache à nous le démontrer via des familles en apparence parfaitement banales. En ce sens, on pourrait en venir à considérer les différents personnages de Kaneko comme parfaitement représentatifs du commun des mortels dans la mesure où, justement, la norme n'est que chimère. Ceci dit, pour revenir à des choses plus concrètes, les créations de l'auteur sont avant tout un bon moyen de prendre son pied en suivant le parcours chaotique d’anti-héros brillants dans leur rôle respectif. Et il est aussi remarquable de constater l'alchimie immédiate qui opère entre eux. C'est flagrant dans le cas du duo d'inspecteurs Yokoi/Onoda dans Soil, mais cela vaut aussi pour les triplées ou les vieux dans Bambi.
   
  



Il serait en outre dommage d'occulter le soin apporté à des personnages que l'on aurait tendance à considérer comme secondaires alors qu'ils ne le sont pas vraiment. En réalité, Atsushi Kaneko se contente rarement de suivre un unique personnage tout au long de son récit, occultant au passage tout ce qu'il se passe en dehors de son champ de vision. Les déplacements spatiaux sont nombreux, on passe du héros à l'ennemi en s’arrêtant en chemin sur un troisième voir un quatrième larron et ainsi de suite. C'est sans doute dans Soil que cette manière de procéder atteint son apogée, son épanouissement le plus total. En effet, et cela s'inscrit dans la narration extrêmement travaillée dont il était question auparavant, on navigue à travers le temps et l'espace dans l'ensemble de la ville, s’arrêtant de manière presque aléatoire sur l'un des nombreux mystères qu'elle renferme. On passe de notre duo d'inspecteurs à un duo de sales gamins à la recherche d'extra-terrestres avec un naturel qui fait presque peur. Tiens, et puisqu'on parle de ces deux charmantes têtes blondes, notons au passage que s'ils avaient tout pour se montrer détestable auprès du public, il n'en est rien. Ils se trouvent être très réussis dans leur genre et apportent un renouveau continu à la série. Et cette dernière constatation peut en réalité s'appliquer de manière bien plus globale au travail de Kaneko. Il n'y a pour ainsi dire aucun mauvais choix, aucun personnage qui arrive dans le récit et qui en ressort sans nous atteindre, sans venir graver son nom dans notre esprit. Un sans faute donc. Un sans faute qui commence à durer depuis un sérieux moment, mine de rien.
 
 

© ATSUSHI KANEKO / ENTERBRAIN INC.

Suivre les commentaires du dossier

Ajouter un commentaire

*


Le code HTML est interprété comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Si vous voulez créer un compte, c'est ICI et c'est gratuit!

> Conditions d'utilisation
MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News