Dossier manga - Atsushi Kaneko

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Publié le Jeudi, 12 January 2012


Une imagination large et débridée

   
Si, comme déjà mentionné plus tôt dans ce dossier, il apparait évident qu'Atsushi Kaneko ne se prive pas pour puiser son inspiration dans ce qu'il se fait ailleurs, il n'en reste pas moins que le monsieur possède une imagination débordante et parfaitement adaptée lorsqu'il s'agit de transformer des éléments bien connus en quelque chose de neuf. Gabba King, par exemple et de part son apparence, fait immédiatement penser à un certain Elvis Presley. Sauf qu'ici, le bonhomme en question tient plus du gros porc immonde et répugnant aux textes absurdes ("Do you love me ? I love me too") que d'une jeune pop star sans un gramme de graisse qui déborde. Et il va de soi que l'amour qui lui porte ses fans est amplifié à n'en plus finir, faisant de lui une idole musicale mais aussi bien plus. Kaneko, à travers un simple personnage iconique, dépeint tout un monde où se mêle addictions, corruption, meurtres, folie. Car à côté d'Elvis vient se greffer The Texas chainsaw massacre remixé par les 3 petits cochons ainsi que Charlie's angels en mode BDSM pour ne citer qu'eux. Dès lors, il est absolument nécessaire, afin de relier toutes ces choses que l'on connait déjà, des les malaxer, transformer, tout en ajoutant suffisamment de liant et d'éléments nouveaux pour offrir au lecteur quelque chose de digeste tout en gardant un sentiment d'inédit. Il n'hésite pas non plus à intégrer quelques scènes où la critique envers notre société est palpable. Et quand c'est le cas, il n'y va pas par quatre chemins... La relation parent-enfant, notamment, est souvent mise à mal.
  
En marge de cela, il est également bon de constater qu'Atsushi Kaneko a plus d'une corde à son arc et ne se contente pas de nous ressortir encore et toujours les mêmes thèmes. La différence entre Bambi et Soil, les deux séries de l'auteur que l'on connait le mieux, est assez saisissante. Mais, au delà de ça, c'est aussi la variété au sein d'une même oeuvre qui impressionne ici. On passe du road movie au surnaturel sans crier gare tout en posant en toile de fond un semblant de SF post-apocalyptique (où le monde que l'on connait aujourd'hui n'existe plus vraiment en tout cas). Et je ne parle même pas de l'aspect tarentinesque de l'ensemble qui s'inscrit dans une optique beaucoup plus réaliste. Tout ceci concernait bien évidemment Bambi. Dans Soil, Kaneko pousse le vice encore un peu plus loin dans la mesure où il ne donne pas directement la possibilité au lecteur de savoir où il se trouve, dans quel type de récit il se situe. Plusieurs pistes sont envisagées et, finalement, libre à lui de se faire sa propre opinion et d'imaginer de lui-même dans quel sorte d'histoire il a été placé. Ainsi, en mariant les genres de la sorte, Kaneko obtient là aussi un mélange homogène qui donne à terme quelque chose de véritablement unique. Enfin, malgré tous ces éléments et ces genres qui s'entrechoquent et s’emmêlent, il est à noter que l'auteur conserve une grande maitrise sur ses récits, et ce malgré l'apparente folie ambiante. En relisant Bambi, on se rend notamment compte qu'on peut deviner assez tôt des révélations qui n'interviendront que bien plus tard.
    
    
 
 
 

Une identité graphique forte

     
Avant de conclure ce dossier, il est impératif de se pencher quelque peu sur le dessin d'Atsushi Kaneko. Comme on peut aisément le deviner à la vue de ses diverses influences, on a droit à quelque chose de peu conventionnel et de très facilement reconnaissable. Son trait se veut épais et arrondi, les lignes droites et affirmées se font rares. Cela vient d'ailleurs souvent renforcer, si c'était encore nécessaire, le côté déjanté de ses séries. En outre, il n'hésite pas à s'abandonner à quelques expérimentations, comme dans Bambi où chaque tome possède une couleur différente. Dans le premier, par exemple, le noir est remplacé par du rose, donnant un aspect encore plus particulier à l'ensemble. Il n'hésite pas non plus à faire perler d'énormes gouttes de sueur sur ses personnages, donnant une intensité qui en devient parfois étouffante à certaines scènes. De même, son découpage, s'il est relativement classique (mais toujours bien fichu) en temps normal, peut s'enflammer et se débrider totalement lors de certains passages. Quoi qu'il en soit, même s'il n'est pas un gros amateur de comics, il est clair que le trait propre à Kaneko s'en rapproche assez fortement. J'ai évoqué tout au début Paul Pope, mais on peut aussi trouver des similitudes avec Charles Burns par exemple, l'auteur de "Black Hole" du fait de cette ambiance suffocante qui intervient parfois.
 
 

© ATSUSHI KANEKO / ENTERBRAIN INC.

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