Dossier manga - Animal Kingdom
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Publié le Vendredi, 10 June 2016


L'homme est un loup pour l'homme


Au final, Animal Kingdom est un manga qui fait réfléchir. L'auteur arrive par son récit à faire passer des messages, notamment préventifs sur l'impact de l'homme dans le monde animal, mais sans pour autant jouer dans la surenchère. Si le monde animal est difficile, rien n'est là pour le chambouler, c'est ainsi que marche la loi de la jungle et la chaîne alimentaire. L'homme a-t-il réellement besoin d'intervenir dans ce mécanisme ? C'est la question qu'abordera le mangaka en employant un nombre restreint d'êtres humains dans l'histoire, chacun ayant sa vision du monde dans lequel il vit avec ses objectifs, plus ou moins bons. En effet ceux-ci ont un certain rôle de médiateur, bon comme mauvais, à l'instar de notre vie réelle où l'homme a su apporter aux animaux tout comme mettre en péril leur vie (et c'est surtout plus ce cas là malheureusement). Au final il est plus simple pour les animaux de la même espèce de vivre entre eux plutôt qu'avec les humains dont la conscience pousse leurs vices parfois trop loin. C'est pourquoi chacun va avoir son rôle précis à jouer dans l'histoire : Taroza et Capri ont par exemple tous les deux été élevés par une famille d'animaux, mais si le premier a vécu chez des herbivores, la seconde ne connait que le monde de la chasse en ayant vécu près d'une famille de lions, soit de carnivores, et il est donc tout à fait logique pour elle de chasser et de dévorer des animaux plus faibles afin de se nourrir. Capri se veut très charismatique et nous fera penser presque à un personnage de Disney. Première humaine rencontrée, on se fait tout de suite à l'idée qu'elle ferait une parfaite petite amie à Taroza quand ils seront adultes, mais avant ça ils vont devoir apprendre à se connaître l'un vis à vis de l'autre, mais surtout eux-mêmes, eux n'ayant jamais croisé d'autres humains auparavant et ne sachant pas comment réagir entre les divers membres de leur espèce. On appréciera d'ailleurs grandement comment évolue ce personnage, surtout vers la fin.

Bien qu'humain lui aussi, Jû a tout de l'animal : tel un prédateur, il a appris à se battre pour rester en vie parmi les affronts des bêtes les plus affamées. Il n'est pas vraiment là question de régime alimentaire, mais plutôt de survie pure et simple, et ce qui fait de Jû un personnage différent des autres est le fait que c'est un humain qui a appris, à l'instar de notre monde, à développer divers systèmes et mécanismes pour surpasser l'animal. Exemple le plus frappant : quand ce dernier, alors en mauvaise posture face à Taroza et tout ses amis, montre qu'il sait manier le feu, un élément que nos héros n'avaient jamais vu auparavant et qui devient vite une menace quand les personnages se retrouvent incapables à dompter ce fléau. C'est ainsi que Jû reprend le dessus et crame tout, montrant bien sa folie et son manque total d'empathie face à ses adversaires. On notera aussi les armes qu'il a su se créer telle une lance qui se rétracte ou bien encore les derniers armements dont il est doté lors de la dernière partie du manga. L'autre qualité de ce personnage est le fait d'être réellement imprévisible et surtout non classable. Loin d'être gentil mais pas réellement méchant dans le fond, c'est juste un humain qui s'est adapté au mode de vie actuelle et qui ne cherche pas à le modifier. Cependant ce dernier est loin d'être bête et se liguera lui aussi contre Giller, homme néfaste qui aura tenté de le supprimer. Longuement "teasé" lors de la dernière partie du manga, son arrivée en fanfare est relativement excellente et l'auteur aura réussi à en faire un personnage de grande qualité.

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Riemu, elle, a un rôle assez particulier à jouer. Lorsqu'elle rentre en scène, son histoire semble simple : tout comme Taroza, elle ne sait pas trop pourquoi sa vie est ainsi et a été élevée par des gorilles. Loin de tout danger, sa vie est pacifique et son passe-temps est de lire des livres de la bibliothèque abandonnée près de là où elle vie. Mais son intérêt est justement là : c'est le personnage de la connaissance, c'est elle qui, par le biais de la bibliothèque, apportera un gros paquet de révélations autant aux héros qu'aux lecteurs. Lors de sa rencontre, elle semble vivre dans un petit bonheur certes limité mais où rien ne peut l'atteindre. Il semblerait que vivre auprès d'elle soit la solution de facilité étant à l'abri de tout danger, et c'est même une proposition que la jeune fille offrira à Taroza, lui qui se bat depuis sa naissance pour son projet utopique et assiste à de nombreuses scènes d'une violence inouïe.

Enfin, Giller apporte lui aussi une grosse tournure au récit. Personnage à l'opposé extrême de Taroza, cet homme déteste les animaux du plus profond de son être et veut tout simplement éradiquer le monde animal de la planète. Manipulateur à souhait et tout aussi téméraire dans ses idées que notre héros, il n'hésite pas à torturer mentalement des animaux pour les ranger de son côté, comme c'est le cas lorsque nos héros sont contraints de combattre des herbivores qui sont devenus carnivores à cause des dires de cet étrange homme. Passé ce moment, Giller apparaît avec d'étranges monstres à ces côtés, les chimères, et c'est là que l'on comprend qu'il est l'homme cherchant à briser toute logique dans ce monde. Souhaitant reprendre les expériences de Kuo, un être humain qui possède un grand rôle dans la série mais dont on ne dira rien pour ne pas en dévoiler davantage, Giller va se créer toute une armada d'animaux monstrueux aux formes lovecraftiennes dans une volonté belliqueuse. Encore une fois c'est là où le manga surprend et sort de l'image enfantine qu'il tend à donner car certains monstres semblent tout droit sortir de Berserk (c'est dire !) et on s'éloigne à grand pas de l'image mignonne tendue par les premières couvertures du manga.

Les personnages humains offrent une véritable valeur à l'histoire tant ils se veulent travaillés et avec un réel intérêt dans le déroulement des divers évènements. On remarque vite qu'Animal Kingdom n'est vraiment pas le premier manga à mettre dans les mains d'un enfant de bas âge : dur et cruel, même les plus coriaces sentimentalement parlant d'entre vous seront forcément atteints lors de certains passages douloureux.
  
  
  


© Makoto Raiku / Kodansha Ltd.

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