Dossier manga - Animal Kingdom
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Publié le Vendredi, 10 June 2016


La loi de la jungle


On ne va pas se mentir, vu de loin le manga ne vend pas l'image de ce qu'il est réellement. Entre des couvertures plutôt mignonnes, le thème des animaux souvent rattaché aux enfants et surtout la place de la série dans le catalogue Kids de l'éditeur plus la communication qu'il a reçu, Animal Kingdom semble être un manga pour les enfants. Il en fut d'ailleurs de même avec la précédente série de l'auteur, Zatch Bell, qui elle aussi avait une allure assez enfantine et qui nous a rapidement prouvé que c'était un shonen mature qui avait sa place dans la cour des grands, et ce sans doute bien plus que quelques pionniers du genre. Et bien l'histoire se répète encore une fois ici et si l'on s'attend à lire une aventure pour enfants très édulcorée, grande sera votre surprise ! Bien que les personnages soient hauts en couleurs, souvent drôles et dessinés par un trait plutôt arrondi, Animal Kingdom ne fait pas dans la dentelle et va beaucoup plus loin que certains de ses concurrents. Sans rentrer non plus dans le gore et le malsain, le titre est bien souvent sanglant, illustrant la cruauté du monde animal qui pour le coup est réaliste, et tout cela quitte à ce que ça nous attriste fortement. L'idée la plus représentée dans le manga est assurément la loi de la jungle : seuls les plus forts ont leur place dans ce monde et les plus faibles sont voués à vivre dans la peur, la crainte et la fuite constante. C'est d'ailleurs de cette façon que vivent les ratons laveurs qui ont recueilli Taroza : ils vivent cachés et ne sortent très peu car ils sont des proies faciles pour la plupart des prédateurs, Monoko ayant connu cette tragédie en voyant ses parents se faire dévorer devant ses yeux. La violence est donc omniprésente et semble comme acceptée, et si Taroza a du mal à comprendre ce mode de vie, tous les animaux ont adopté depuis leur naissance ce qu'on appelle la loi de la jungle.

Puisque la faim et la chasse envers autrui est la raison principale de la violence dans ce titre, il n'est pas rare de voir des personnages se faire dévorer et autant vous dire que cela peut vous affecter grandement ! Car si dans les autres titres un personnage qui perd à un combat a souvent des chances de revenir par une quelconque façon, ici, finir dans l'estomac d'un autre animal ne permet en aucun cas de revenir sur la scène. C'est cette violence qui caractérisera les personnages : chaque rencontre de Taroza aura connu un moment difficile et cruel dans sa vie, ce moment sera d'ailleurs le déclic qui le poussera à suivre l'humain pour l'aider dans sa noble quête. Autant vous prévenir que les moments forts dans Animal Kingdom sont légions et surtout que même les personnages principaux pourront subir les conséquences de ce mode de vie tragique. L'image d'une mère perdant sa progéniture, celle d'un enfant incapable de lutter face à celui qui est en train de dévorer ses parents; tous ces moments sont durs mais font pourtant parti du quotidien des animaux et des scènes du manga. On notera justement vers le milieu de la série un passage complètement traumatisant dont on a du mal à accepter avant même que le drame arrive, car l'on sait tout aussi bien que le personnage auquel on pense que son destin est scellé... La grande bataille finale aussi mêle de nombreuses pertes animales et chacune porte un sens précis. Ainsi l'auteur joue avec nos émotions et parvient amplement à rendre son récit tragique, mais par ce fait chaque moment joyeux est vécu comme une récompense, que ce soit pour les personnages ou bien même pour nous, lecteurs. La violence est donc un point crucial d'Animal Kingdom, sans doute bien plus que dans un autre shonen, et celle-ci s'avère rudement travaillée et non gratuite. La violence pour certains n'est qu'un geste quotidien pour d'autres qui ne comprennent tout simplement pas le mal qu'ils sont en train de faire.

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Mais la violence peut avoir plusieurs visages. Vers le milieu de la série, Animal Kingdom prend une toute autre tournure suite à la révélation de quelques mystères présents depuis le début. A l'instar des héros, le manga évolue et c'est ainsi que nous suivons un récit sur trois générations. Taroza, au fil de ses aventures, croisera d'autres humains mais le dernier sur sa route sera certainement la personne la plus sombre et malsaine à qui il aura affaire. Si la première moitié de la série met en avant des ennemis animaux, c'est une toute autre chose dans la seconde puisque l'ennemi principal est Giller, un humain qui contrôle des animaux et des chimères mais dans une volonté différente et contraire à Taroza. Là où ce dernier cherche à étendre paix et harmonie dans le monde, son ultime rival cherchera plutôt à éradiquer complètement les animaux de la Terre en semant le chaos et la destruction. Cela peut sembler bateau dit comme ça mais il y a toute une histoire et une volonté derrière Giller qui en fait un ennemi particulièrement intéressant, surtout que ce dernier a, comme tous les humains, le don de parole et donc de communiquer avec tous les animaux. Ici on rentre donc dans un univers davantage typé shonen, avec des affrontements bien plus nombreux et sans limite. Cela ne serait d'ailleurs pas étonnant que certains lecteurs apprécient peut être un peu moins cette partie qui va davantage dans la surenchère que la première. Rassurez-vous, ce n'est pas unanime et personnellement j'ai tout autant adoré les différentes séquences du récit. Il est justement très intéressant de suivre des personnages sur trois générations, car ceux-ci ont donc le temps d'évoluer mais surtout pas forcément dans le sens qu'on l'aurait imaginé. Des gentils deviennent méchants, des méchants deviennent gentils : les ellipses sont donc parfaitement maîtrisées et n'ont donc pas pour unique but de changer le design des personnages pour les rendre davantage charismatiques. Si l'on développera les personnages humains dans la dernière partie du dossier, voyez donc par là que Makoto Raiku aura su nous offrir une aventure sur un ton crescendo pour finir en totale apothéose, bien loin des images enfantines et naïves que peuvent refléter les couvertures et les premières pages.
  
  
  


© Makoto Raiku / Kodansha Ltd.

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