Anguilles Démoniaques - Actualité manga
Dossier manga - Anguilles Démoniaques
Sommaire

Publié le Samedi, 18 Febuary 2017


Mystères et angoisse pour poser le récit


"Tu le savais ? Les anguilles mangent tout ce qui contient des protéines, absolument tout…"

Dès les premières pages d'Anguilles Démoniaques, Yusuke Ochiai pose le ton : son récit démarre rapidement et nous plonge d'emblée dans un univers que l'on devine sombre et inquiétant. Une impression qui ne fait que s'accentuer au fil des pages, tandis que l'on découvre petit à petit le nouvel univers de Masaru, où le malaise n'est jamais loin.

C'est dans une ambiance sombre, poisseuse, sale particulièrement réussie que l'intrigue, petit à petit, se pose. Bien entretenue par les missions et par le regard très observateur que Kurami pose sur ce qu'il voit, l'inquiétude ne fait que monter dès lors que l'on découvre le quartier de Kuromu, la société Maruyoshi spécialisée dans les anguilles, et la mission que notre héros et Tomita sont chargés d'accomplir dans ce recoin sordide : transporter un mystérieux container sans chercher à savoir ce qu'il y a dedans...  Que cache cette livraison ? Le patron est-il fiable ? Il ne s'agit là que des toutes premières interrogations, qui posent un climat de mystère, d'angoisse, et ces interrogations vont ensuite amener bien d'autres choses...

"On dit qu'un cuisinier d'anguilles est au top lorsqu'il sait enfin  aiguiser son couteau..."





La face cachée de la métropole


"La seule chose qui lui fait peur, c'est la perversité qui se cache dans le coeur des adultes..."

Parmi ces autres choses, il y a l'immersion d'une face de la société et plus spécifiquement de la ville que l'on préfère garder méconnue, car elle est bien loin des sentiers touristiques et des images de carte postale.

Car l'univers d'Anguilles Démoniaques est celui des bas-fonds de la ville, celui que l'on n'a pas forcément envie de connaître et où personne n'a l'air très net. D'autres mangas se sont faits ou se font toujours un plaisir de jouer dans ce même registre mettant en avant désoeuvrement, tares sociétales et visages urbains cachés, comme les séries Tokyo Yamimushi ou Ushijima pour n'en citer que deux.

Pour son oeuvre d'origine, Yû Takada est d'abord parti d'une réalité : les disparitions sans explications qui ont lieu au Japon. Chaque année, plus de 100 000 cas de disparitions sont déclarés, et parmi ceux-ci 5 000 n'auront jamais de solution, de confirmation de vie ou de mort du disparu. La police ne peut pas chercher à approfondir chacun de ces cas, d'autant plus qu'aucun corps n'a été retrouvé dans ces cas-là... Que sont devenus ces disparus ? Peut-être qu'on a fait disparaître leur corps intégralement... C'est à partir de cette constatation que le romancier a imaginé Chiwaki Enterprise, société inconnue se chargeant du sale boulot. Takada dit ne pas savoir si une telle entreprise peut vraiment exister, mais on peut très facilement l'imaginer. Auquel cas, chacun des membres y agirait sans savoir ce que les autres font, pour éviter toute fuite. Travailler dans l'ignorance de ce que l'on fait réellement...

A partir de là, le récit se brode autour d'un univers où l'exploitation de certaines misères humaines profite à d'autres. En tête, on trouve les dettes de Masaru qui l'obligent à accepter ce travail au sein de Chiwaki Enterprise, des problèmes d'argent qu'il veut éviter pour préserver son épouse Tomoko qui, autrefois, était obligée de se prostituer pour survivre. La prostitution est d'ailleurs un autre cas de misère sociale présenté, à travers les filles du club Maharo. Sans oublier l'évocation un peu moins poussée d'autres problèmes de ce type de milieu, comme la drogue.





Enfin, il y a bien sûr le quartier de Kuromu à lui seul, là où se trouve la société d'élevage d'anguilles Maruyoshi...
Masaru ne peut cacher son inquiétude face à ce quartier pauvre et délabré, où la misère règne au point que les enfants semblent devoir se vendre, où des lieux comme l'auberge où il a mangé l'ont marqué par leur atmosphère glauque et le repas inquiétant qu'il y a englouti...

Le talent des auteurs est de ne pas partir dans la surenchère sur tout cela, et de surtout en profiter pour nous immiscer de plus en plus dans une part désoeuvrée de la société où le malaise n'est jamais loin.

Les horreurs des bas-fonds de la société sautent peu à peu aux yeux de Masaru, en mettant à mal sa façon de voir les choses. Mais il résiste, car il a son épouse Tomoko. Il résiste... mais jusqu'à quand ?
  
  
  


© YUSUKE OCHIAI, YU TAKADA / SHONENGAHOSHA

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