Amnesia - Actualité manga
Dossier manga - Amnesia
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Publié le Vendredi, 31 July 2015


Un univers fort de richesses


L’univers que nous présente Yoichiro Ono à travers Amnesia est à la fois classique qu’intrigant. Classique, car l’idée d’un Japon visionnaire et frappé par le chaos est devenue chose fréquente dans le manga et l’animation japonaise, mais intrigante car le mangaka fait au mieux pour nous présenter quelque chose de novateur dans le sens ou le malheur ne serait pas synonyme de désastres humains mais plutôt de créateur de frontières sociétales pour aboutir à une sorte de conflit intérieur à la nation, mais un conflit sans armes comme une guerre froide.

L’action se déroule alors en 2038, soit 23 ans après notre époque actuelle à l’heure où ces lignes sont écrites. Le monde que nous connaissons est finalement le même et seules les avancées technologiques permettent de faire la distinction entre notre réalité et l’univers de la série. Parmi ces progressions en termes de technologie, l’armement a une place centrale et une bombe particulièrement dangereuse pour la société a été créée, une arme permettant d’effacer la mémoire des victimes qui en verraient la détonation. C’est dans ce contexte que plus d’un million de japonais a perdu son passé mais aussi toute notion pré-requise, les rendant semblables à de jeunes enfants, la force physique et les capacités intellectuelles en plus. Ces victimes furent nommées KID’z et enfermées dans Geofront, un Tokyo souterrain et urbain où ils sont en permanence entourés et où chacun doit réapprendre les principales notions en plus de souffrir d’un climat particulièrement xénophobe, les « valides » se sentant supérieurs par rapport aux insignifiants KID’z. Pas de morts donc, mais simplement des victimes qui ont perdu la chose la plus importante, à savoir un passé synonyme de famille, de place sociale, de culture et de sentiments, et d’un Tokyo qui souffre ainsi du fossé entre ses deux catégories d’habitants. Amnesia se déroule donc dans ce contexte, un climat au sein duquel évolue l’intelligent Noa qui nous parle de son combat.

On devine aisément comment Yoichiro Ono a pu composer son univers tant celui-ci fait facilement l’objet d’un parallèle avec la réalité. Nous l’avons rapidement évoqué, mais les problèmes de société du XXIè siècle sont retranscrits à leur manière dans Amnesia. Le premier d’entre eux est symbolisé par le fossé entre les « valides » et les KID’z, autrement dit entre dominants et dominé, ce qui peut être appliqué sur différents contextes : riches et pauvres, nationaux et étrangers, croyants et hérétiques… On peut par exemple assimiler Geofront à des ghettos où seraient reclus des personnes moins aisées, ici caractérisées par des individus qui ont peut seul malheur d’avoir été victime d’une arme terroriste et ont ainsi perdu leur mémoire. Et c’est d’autant plus parlant que la ségrégation dont sont victimes les KID’z est le sujet central du récit et ne cesse d’être répété, constituant par la même occasion la psychologie et les objectifs de nombreux personnages.





L’univers d’Amnesia s’étend au-delà de la thématique des discriminations. L’œuvre a beau être brève étant donné sa grande densité pour peu de volumes, on aperçoit néanmoins un désir du mangaka de dépeindre les différentes facettes de son monde, du point de vue de Noa et des KID’z tout du moins. Les inégalités engendrent des dérives sociétales, ce que Yoichiro Ono explique ici à travers le monde clandestin que les « amnésiques » se sont créé entre marché illégal et salles de jeux, une manière à eux d’aller de l’avant, de renier leur appartenance à un monde qui les rejette mais aussi à consolider leurs lien voir d’en créer avec des valides qui n’auraient pas des a priori négatifs à leur sujet. L’idée ne tombe heureusement pas comme un cheveu sur la soupe puisqu’elle est strictement importante par rapport à Noa et ses activités. Yoichiro Ono enrichit alors son univers mais justifie tout le déroulement de son intrigue, laissant croire que le récit a bien été pensé au départ et qu’ si improvisation il y a eu, l’auteur s’en est très bien sorti.

Mais toutes ses richesses scénaristiques cachent aussi leur lot d’inconvénients. Et la plus grosse lacune d’une œuvre qui présente un monde intéressant, c’est son incapacité à aller au bout des choses et à préciser son univers. La faute incombe aux trois uniques volumes qui composent la série, un chiffre bien trop faible pour un univers si dense. Bien que le noyau de l’intrigue se concentre sur le Japon, seul lieu où l’amnésie a frappé, bien des points méritaient approfondissements, notamment ceux qui surviennent à la toute fin. Les dernières révélations sont en effets surprenantes et présentent un contexte politique allant bien au-delà de ce qu’on aurait pu penser à l’origine. Pourtant, Yoichiro Ono a choisi une autre carte pour présenter son histoire : celle de l’impact pour mieux surprendre le lecteur et le scotcher à son siège sur un final brusque mais se suffisant à lui-même et garantissant un effet choc. Pourtant, tout en entretenant le final, il y aurait eu matière à enrichir davantage Amnesia et pour cela, un quatrième tome n’aurait pas été de trop, bien au contraire. Cela n’affecte en aucun cas le scénario efficace de la série mais côté background, il est dommage que l’auteur n’a pas eu l’ambition ou les moyens d’y apporter plus de consistance.
  
  
  

© 2009 by Yoichiro ONO / SHINCHOSHA Publishing Co.

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