Un carré de ciel bleu - Actualité manga
Dossier manga - Un carré de ciel bleu

Une chaleur graphique


Afin de constituer un titre alléchant dans sa globalité, Un carré de ciel bleu se devait de jouir d’un impact visuel conséquent entrant en cohérence avec l’histoire présentée. Et justement, il s’avère que Sô est un mangaka de talent et si son histoire ne parle peut-être pas à tout le monde, de potentiels lecteurs pourront être attirés par les choix esthétiques de l’auteur.

Le premier constat se fait au contact de la couverture du premier tome, puis pendant les premières pages de ce même volume. Les personnages sont globalement très mignons : svelte, longues silhouettes, mais bouilles arrondies, grands yeux lumineux pour les demoiselles et des minois généralement à croquer. Le style graphique se place plutôt dans un style mignon, notamment pour des héroïnes comme Fumika et Yuria censée représenter tout le côté aseptisé des idoles et du show-business. De leur côté, Shûichi et Miyuki semblent dépeints de manière plus mature. Outre des cheveux foncés, nous retenons des airs plus sérieux, plus réservés, notamment dans le cas de la demoiselle amnésique.

On ne sait pas vraiment comment situer ce character-design qui puise dans des éléments très shojo, parfois dans des codes plutôt shônen quand il ne s’agit pas d’un style plus approprié au seinen. La réalisation des personnages est à la frontière des codes et donne finalement quelque chose d’atypique, mais pas trop, tant il faut affûter son regard pour déceler toutes les petites subtilités visuelles du style de Sô.

Dans un souci de détail des personnages, le mangaka a fait certains choix quand il s’agit de dessiner les visages. N’oublions pas que la mélancolie (et on y reviendra une dernière fois peu après) est le sujet phare du manga, impliquant une adaptation du style en conséquence. On remarque ainsi que l’auteur est doté d’une panoplie impressionnante d’expressions et quand une situation de bonheur s’impose, un sourire presque béat s’affiche sur les visages des différents acteurs du scénario. Mais a contrario, lorsque la nostalgie ou la tristesse s’installe chez l’un d’entre eux, une expression plus sombre s’illustre et Sô parvient à la dépeindre de manière intéressante avec une abondance de traits, des yeux qui se plissent et un découpage qui renvoie évidemment à une tension dramatique. L’auteur est doué dans ce registre, peut-être même trop dans le sens où lorsqu’un personnage fait comporte sa mauvaise humeur, visuellement, il ne le fait pas à moitié.
  
  
  
  
  
Passons maintenant les personnages pour revenir au style de l’artiste d’un point de vue plus général. Nous l’avons déjà évoqué précédemment, mais l’art visuel de Sô donne parfois un rendu très crayonné. Nous ne parlons pas d’un effet brouillon sachant que tout est esthétiquement très clair et les formes délimitées, mais le mangaka insiste sur la volonté de rendre un ses pages un rendu très « dessin » avec, justement, la présence d’effets crayonnés. On a parfois l’impression de tenir les pages de l’auteur, telles quelles, ce qui tend à donner une belle authenticité au récit. Le manga se démarque bien visuellement, ce qui accroît régulièrement le côté mélancolique de l’œuvre, et ce par le biais d’un simple style. Evidemment, lorsqu’une double page s’illustre, le trait prend toute son ampleur et permet au lecteur de rester fixer quelques secondes sur une illustration. L’auteur ne prend pas de gros risques en termes de narration, mais son trait suffit amplement à convaincre de son talent.

On pourrait aussi revenir sur la mise en couleur qui n’est cependant qu’un aspect concernant les couvertures des quatre opus. La particularité de ces jaquettes, c’est que l’illustration l’englobe complètement, allant de la première à la quatrième de couverture en passant par la tranche. Cela fait de chaque volet un bien joli livre, à la cote agréable notamment qui permet à la collection de briller dans une mangathèque, un élément qui interpellera sans doute les plus collectionneurs des lecteurs.

La mise en couleur des couvertures est teintée de tons alternants froid et chaud, le premier style pour la mélancolique Miyuki et le second pour la pétillante Fumika. Les ambitions de l’œuvre sont dépeintes même jusqu’aux couvertures, auxquelles on reprochera uniquement de se centrer sur deux personnages alors que le format de quatre opus permettait de mettre en avant chacun des personnages cruciaux de l’intrigue.
  
  
  
  
  

Adaptation


A série d’amour douce-amère, la traduction et l’adaptation du texte se devaient de respecter le ton de l’œuvre. Et fort heureusement, Doki-doki l’a bien compris et nous livre un texte français convainquant, qui parvient à dépeindre l’ambiance du manga et lui rendre justice. Aucune bavure ne semble avoir lieu et les coquilles sont inexistantes. La lecture s’avère ainsi des plus fluides et prend une tonalité étonnante lorsque l’on a affaire à certaines tournures de phrase qui ne conviendraient pas à des lycéens, mais davantage à des seniors. Si cela peut paraître étrange, ce choix trouve une cohérence dans la théâtralité des comportements des personnages, créant par la même occasion un décalage saisissant.

Nous l’avons dit dans la partie précédente, les quatre tomes du manga font office de beaux objets dans une collection de manga grâce à des illustrations de jaquettes englobant l’entièreté de la couverture (seuls les rabats ne sont pas inclus dans le visuel). Ce choix associé au format assez fin du volume, une petite page couleur en guide d’introduction de chaque opus et une impression de bonne facture, nous obtenons quatre jolis ouvrages qui ont leur place dans une section comédie sentimentale d’une mangathèque. Le travail éditorial de Doki-doki est exemplaire, à n’en point douter.
  
  
  

© SOU 2009 / HOUBUNSHA
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