Rihito Takarai - Actualité manga
Dossier manga - Rihito Takarai

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Publié le Jeudi, 18 April 2013


Au pays du shojo …

 
 
Welcome to the hotel Williams child bird (鳥篭荘の今日も眠たい住人たち) est un shojo écrit à quatre mains. D’un côté, Rihito Takarai au dessin, de l’autre Yukako Kabei au scénario. Cette série, terminée en trois tomes, a été prépubliée dans le magazine Sylph est a été édité en 2008 par ASCII – Mediaworks. En France, c’est Taïfu qui nous revient, avec sa filière Ototo manga, et plus particulièrement dans leur catalogue shojo. Les trois tomes sont sortis en février, avril et juin 2012.

Kizuna est une adolescente un peu frivole et délurée, et avec ses copines elle participe à un « jeu » bien peu reluisant. Elles essayent de voler le plus d’argent possible au salarymen qu’elles abordent et séduisent dans la rue, sans jamais pourtant coucher avec eux même si se dévêtir est permis. C’est pour échapper à l’ennui qu’elles recherchent cette adrénaline, comme d’autres la puisent dans la drogue ou les jeux de pachinko. Une des seules règles : on ne peut pas arrêter. Et pourtant, Kizuna en a envie alors quand une de ses amies ose enfin exprimer son envie de tout stopper, la jeune fille réalise qu’elle ne veut plus de ça. Et juste à ce moment-là, elle rencontre Yuki qui lui présente Yûsei, un peintre au mauvais caractère qui n’a qu’une envie : l’embaucher en tant que modèle de nu. Le plus surprenant ? La jeune femme accepte.

La logique des faits s’enchaine rapidement, tout en nous transportant dans un illogisme certain quant à la rencontre de nos héros. Comme ça, Yuki arrive comme une fleur, Yûsei est là et affirme qu’elle est ce qu’il cherchait comme modèle ... Un bien bel hasard qui distrait la jeune femme, lui fait ressentir une excitation différente de la peur malsaine de son jeu dangereux. Elle découvre les petits plaisirs de la vie, ce qu’elle ne connaissait plus, livrée à elle-même. Et ce seul fait suffit à la tirer de sa noirceur et de son quotidien répugnant, pour la mener vers une compréhension différente du monde et de ses propres envies. C’est un des premiers thèmes abordés dans le manga, l’ennui. La solitude. On le voit bien quand Kizuna et ses amies, au début, n’ont rien d’autre à faire que de chercher leur argent de poche en trompant des hommes sans se soucier du danger, ni de la morale. C’est le reflet d’une jeunesse laissée à elle-même, qui n’a d’autre moyen pour se sentir exister que de se rassembler en groupe, même malsain. D’ailleurs, dès qu’on donne quelque chose à faire à Kizuna, elle n’a plus de souci à se faire à ce niveau-là. Elle n’a plus besoin de paraitre être une autre pour intégrer une communauté qui ne lui ressemble pas. Elle peut s’ouvrir au monde réel qui l’entoure et profiter de ce que la vie lui propose. Rencontrer de nouvelles personnes l’aura sans aucun doute aidé à surmonter cette déchéance qui la faisait douter de l’intérêt même de la vie, d’une vie de mensonge, de trahison et de subterfuges immoraux.
   
    
  
 
 
Un univers qui se complexifie, avec des personnages mystérieux, une résidence un peu étrange où personne ne semble tout à fait normal. Des secrets, des hésitations, des détours qui nous perdent peu à peu dans l’univers créé par l’alliance d’un auteur et de son dessinateur. L’auteur est Yukako Kabei, qui a écrit le roman original du même nom, dans une teinte plus sombre, plus effrayante et mystérieuse. Cette œuvre change pourtant du tout au tout dans les mains de Rihito Takarai. Son style est totalement éloigné de l’idée première du roman, et il se focalise alors plus sur les parts de lumière et d’espoir que portent les personnages, tout en adoucissant le trait, mais juste assez. Les sentiments de haine et la situation de départ sont tout autant noires. On découvre ainsi une part de fantastique, de mystère, qui disparait pourtant rapidement jusqu’à se fondre dans la normalité du décor. Si le premier tome nous parait évident d’étrange et de paranormal, ce doute retombe bien vite pour ne laisser place qu’à un récit des plus banal. On se souvient, au début, que la narration prenait une dimension un peu étrange et mystérieuse, avec les vols et la poursuite d’un bien étrange personnage. Pourtant, le second opus dément cette première impression et préfère continuer sur de la tranche de vie plus simple, même si le contexte et l’environnement de cet Hotel Williams Child Bird sont toujours aussi décalés. Avec deux héros peu habituels et en même temps transpirant de normalité. L’héroïne ne parait pourtant pas, au milieu d’eux, comme une petite chose sans défense et l’on s’intéresse immédiatement aux balancements de son cœur et à la manière dont elle essaye d’aborder le monde pour comprendre les deux garçons qu’elle côtoie sans saisir leur manière d’être. Elle va par ailleurs se battre pour exister par elle-même aux yeux de Yûsei, et non comme une copie de son ancien modèle et petite amie. On sent que son avis est de plus en plus important, c’est pour ça qu’elle se bat et qu’elle promet de dépasser sa rivale, ce qui fait bien rire Yûsei qui s’enferme chaque jour un peu plus dans ses souvenirs. Sa mélancolie est parfaitement retransmise, tandis que l’on découvre les soucis qui agitent Yuki, qui essaye d’aider son cousin tout en désirant ardemment se rapprocher de Kizuna.

On se passionne largement pour le ton de la narration, sérieux tout en insistant beaucoup sur la désinvolture de Yuki, qui contraste merveilleusement avec son cousin. Les deux jeunes hommes sont comme l’ombre et la lumière, le noir et le blanc. Ils s’opposent, l’un cherchant le plaisir perpétuel mais parait jouer un peu le rôle de celui qui le trouve. En effet, Yuki ne parait pas toujours sincère et nous laisse de temps à autre apercevoir sa mélancolie, son sérieux, sa punition de ne pas être l’artiste incompris mais le joyeux drille qui n’est jamais pris au sérieux. Le petit moins de l’histoire … Le dernier tome ; On a le droit à une fin heureuse pour cette série, et ce pour tous les protagonistes malgré ce qu’on a pu craindre durant un instant. L’auteur refuse de nous laisser dans l’attente, mais du coup on ne vit pas vraiment la période difficile, l’éloignement, le doute. Et cela donne à la lecture un petit côté « tout va bien » qui ne convient pas vraiment à l’ambiance du titre. On aurait aimé un peu plus de douleur, de suspens, de difficultés … Tout ce qui était complexe, élaboré, nuancé s’adoucit, se polit et s’efface presque. D’autant plus que l’ambiance un peu glauque et surprenante du tome 1 s’en est enfuie. Mais dans l’ensemble la série reste très agréable et vraiment sympathique !
    
    

© Rihito Takarai

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