Dossier manga - Nura, le seigneur des yôkai - partie 1
Sommaire

Publié le Vendredi, 07 June 2019


Le passage du flambeau  (L’arc de Kyoto/ Hagoromo-Gitsune)

  
Clairement, s’il y a un arc narratif dans « Nura, le seigneur des yôkai » que je préfère, c’est celui-ci. L’arc de Kyoto commence dès le tome 8 avec une incursion dans le passé, sur les traces du premier commandant, Nurarihyon lui-même. On s’amuse de voir que c’est le portrait craché de Rikuo sous sa forme de yokaïs, et on découvre surtout une autre facette de ce grand père plutôt nonchalant que l’on a connu jusque là. Oui, il avait eu quelques coups d’éclats, mais rien de bien fantastique. On découvre ainsi les raisons qui l’ont amené à épouser une humaine (et donc avoir un fils à ¾ humain), mais aussi que le clan s’est fait un ennemi légendaire : la renarde Hagoro-Gitsune, qui se réincarne toujours en gagnant de la puissance. Cette aparté instructive est vraiment sympathique et nous apporte pas mal de réponses tout en nous posant de nombreuses questions dont la plus importante : qu’est-il arrivé au père de Rikuo ?
  
  
  
  
C’est le grand absent depuis le début du manga, et si on ne s’était pas posé plus de question que ça au début, quelques indices deci delà dans cet arc vont commencer à nous poser question. Et je ferais une petite  remarque négative sur un point : la première fois que Rikuo nous parle d’Hagoromo-Gitsune, il parle de vengeance.  Or à ce moment du manga, le père de Rikuo, Rihan, n’a pas fait la moindre apparition. Cela me pose un problème dans le sens où Rikuo a été plus ou moins témoin du meurtre de son père, et que l’auteur n’a pas semblé judicieux d’y faire la moindre référence, ne serait-ce qu’une fois. Cela aurait été plus logique, par exemple, que dans les premiers chapitres, un yôkai qu’il croise lui rappelle ce souvenir, qu’il ait abandonné un temps la voie des yôkai pour cette raison. En tout cas, que cet événement ait eu une incidence sur lui à un moment ou un autre. Mais… Non. Cette information apparaîtra comme un cheveu sur la soupe. J’y vois deux explications : soit la mangaka a fait une erreur en ne l’incluant pas dans son récit avant (et c’est la solution la propable), soit il ne l’avait tout simplement pas prévu de base et il s’est dit que ce serait une bonne idée d’introduire le personnage de Rihan à ce moment de l’histoire. Et si j’aurais voulu que ce soit la deuxième hypothèse, je penche plutôt pour la première. Après tout, le personnage de Minagoroshi-jizô a été introduit très tôt dans l’histoire, dès l’arc Shikoku. Et puis cela m’étonnerait fortement qu’il ait créé le personnage de Rikuo, petit fils de Nurarihyon, sans même envisager la figure paternelle entre les deux. Cela étant dit, malgré cette introduction du lien entre Hagoromo-Gitsune et Rihan un peu hasardeuse, on ne peut que saluer tout ce qu’il y a autour. Que ce soit la place de Rihan dans le cortège actuel de cent démons (notamment sa relation avec Kubinashi), , le personnage de Otome Yamabuki et sa relation avec le deuxième et surtout le plan de Nué et Minagoroshi-jizô pour abattre Rihan. Tout s’emboîte parfaitement, avec beaucoup d’ironie dramatique, une véritable tragédie grecque ! C’était un des aspects de l’histoire qui m’avait énormément marqué à l’époque, que je trouve toujours aussi efficace et qui nous rend tout de suite très attachant et surtout charismatique le personnage de Rihan.
  
Autre gros point positif de cet arc : Tsuchigumo. Oh, ce personnage est tout simplement un des meilleurs antagonistes de la série, si ce n’est le meilleur. Premièrement, le mangaka lui a donné un caractère insatiable : le yôkai a besoin de divertissement, ce qu’il a du mal à trouver avec son incroyable puissance. Il avait été emprisonné par Hidemoto parce qu’il s’ennuyait, et, une fois réveillé, il cherchera un nouveau divertissement. Il ne s’associera pas à Hagoromo-Gitsune, sauf  s’il a à y gagner. Mais ce qui est particulièrement magistral dans ce personnage, c’est la manière dont l’auteur nous le montre. Dans un premier temps, lors de sa libération, il est dessiné comme n’importe quel yôkai, nous montrant seulement qu’il est dangereux par son comportement, sa déférence envers la renarde et sa taille. Puis, il y a cette double page absolument magistrale dans le tome 11, celle qui précède son premier affrontement avec Rikuo. Cette double page ne montre que son visage, dessiné à l’encre, jouant uniquement sur le contraste du noir et du blanc. Sa figure apparaît alors cauchemardesque et est en totale contraste avec le chapitre dans laquelle cette case est insérée. En effet, celui-ci parlait de l’alliance yôkais, onmyojis, avec un Hidemoto le 13ème menant les négociations entre le clan Nura et les Keikain. Autant vous dire que la lueur d’espoir qui se formait pour la ville de Kyoto sur cette colline  sera rapidement éteinte, mais pour mieux se rallumer ensuite.
  
  
  
  
Et après avoir parlé de tout cela, je pense que vous me demanderez : en quoi cet arc est le reflet d'un passage de flambeau ? Revenons au début cet arc : on nous apprend quel impact a eu chaque génération de commandant suprême. On a tout d'abord le yôkaï pur souche, Nurarihyon, et son affrontement avec Hagoromo-Gitsune qui le mènera au sommet. Ensuite, on nous parle de Rihan, le fils de ce dernier, comme étant celui qui a empêché pendant presque 400 ans la résurrection de Nué. C'est d'ailleurs fait de manière assez intelligente, nous montrant seulement des bribes de ce passé, au travers des souvenirs de certains membres du clan Nura ou tout simplement au travers des machinations de leurs ennemis. On présente d'ailleurs cette période comme « l'âge d'or » du clan Nura, autant vous dire que l'aura de Rihan, pourtant montré avec parcimonie, grandit rapidement. Et enfin nous avons Rikuo. Celui-ci va se rendre dans un premier temps dans le village de Toono pour apprendre à utiliser son Osore, première étape dans sa montée en puissance. Il prendra pleinement confiance en lui à ce moment-là, menant son cortège à Kyoto avec réussite et montrant par la même occasion qu'il n'a plus besoin d'être pouponner par ses généraux. Et alors qu'on aurait pu s'attendre à un développement classique de shônen, c'est à dire suivre le cortège de Rikuo affronter ses adversaires un par un jusqu'à l'affrontement avec Hagoromo-Gitsune, Hiroshi Shiibashi va nous réserver une jolie surprise : Tsuchigumo. Son intervention, la démolition complète du cortège vont amener notre héros à un véritable tournant. Gyuki le récupérera après l'affrontement pour lui faire accepter ses faiblesses et les transformer en force, comme son père l'avait fait avant lui. En effet, Gyuki arrivera à Kyoto pour le mettre face à sa défaaite et lui enseigner une nouvelle technique, mise au point par son père à l'époque : le Matoi. Ici, il ne sera pas question pour Rikuo de gagner en puissance mais d'accepter pleinement le fait qu'il ne soit pas entièrement un yôkai, pour en tirer avantage. C'est à ce moment-là que Zen, qui l'avait accompagné jusqu'à Kyoto, le forcera à essayer de partager son fardeau avec, et il sera le premier à réaliser le Matoi avec lui. Rikuo apprend donc ici à puiser sa force auprès de ceux qui le suivent, qui lui font confiance, pour combler ses lacunes. Un beau message qui évite l'écueil du renforcement purement personnel du personnage qui aurait été  un problème étant donné le délai dans lequel Rikuo devait progresser. En trois jours, difficile pour un personnage, aussi tenace soit-il, de se dépasser physiquement. Et si dans les précédents arcs avait appris à Rikuo à « imiter » son grand-père, dans celui-ci, c'est son père qui deviendra son nouveau modèle. Et c'est d'autant plus logique que Rikuo a bien plus de point commun avec celui-ci qu'avec le yôkai pur souche qu'est Nurarihyon. Mais là où l'auteur fait très fort, c'est en rapprochant la figure de Rihan de celle de Rikuo. Comme dit plus tôt, le mangaka s'est évertué à construire une sacrée réputation au deuxième commandant, comprenant rapidement qu'il avait surpassé son père sur de nombreux points. Rapproché Rikuo du personnage de Rihan, c'est montré que celui-ci surpassera très certainement son grand père, et sans doute également son père si cela se poursuit dans cette lignée.
  
En tout cas, c'est bien la fin de cet arc qui explicitera particulièrement le passage de flambeau. Rikuo demandera officiellement à son grand-père de lui céder sa place. Les alliés de sa famille, il les protégera, quant aux ennemis de sa famille, ils seront les siens. Rikuo embrasse complètement son héritage pour protéger ce qui lui est cher et surtout ce qu'il estime être juste. A noter qu'on aura un traitement similaire des personnages au sein de la famille Keikain avec les personnages de Yura et Akifusa. Yura et son Hagun seront destinée à prendre la famille Keikain en main, tandis que Akifusa forgera une nouvelle Nenekirimaru pour Rikuo, à l'instar du fameux Hidemoto le 13ème, chef de la famille Keikain du temps de l'affrontement entre Nurarihyon premier du nom et Hagoromo-Gitsune.
  
  
  
  
On notera également avec amusement que le mangaka s'amuse à mettre pas mal de parallèle entre la vie de chaque commandant du cortège. Par exemple, Nurarihyon avait dans son cortège une certaine Setsura, la mère de Tsurara, qui était particulièrement éprise de lui. C'est finalement avec une humaine qu'il se mettra, Yo Hime, deux figures féminines que l'on pourra retrouver dans la vie de Rikuo, avec Tsurara justement et Kana. Il y aura liens qui se feront tout au long du récit, tenant plus souvent au clin d'oeil qu'à autre chose mais qui joue en tout cas sur une chose : la création d'un schéma. Ce schéma servira notamment à instaurer ce sentiment d'une continuité dans la lignée des Nurarihyon, sans pour autant que ce soit répétitif. La relation entre Nurarihyon et Setsura n'est clairement pas la même que celle entre Tsurara et Rikuo par exemple.
  
  

NURARIHYON NO MAGO © 2008 by Hiroshi Shiibashi / SHUEISHA Inc.

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