Dossier manga - Loveless

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Publié le Vendredi, 24 September 2010


Le combat des mots

 
Avant toute chose, il serait de bon ton de présenter un peu le monde de Loveless. Car au premier abord, on se rend bien vite compte des attributs félins de certains personnages du manga. Des oreilles, une queue, et tout cela parait normal. En fait, Kouga Yun a voulu une note d’originalité qui intéresse et interroge dès le début de la lecture, qui met à nu une partie de la vie de ses personnages. En effet, on apprend assez rapidement que les oreilles sont le signe d’une innocence préservée, et que celles-ci disparaissent au moment du passage dans l’âge adulte par la relation sexuelle. Il est alors amusant d’imaginer les polémiques que l’on peut légitimement s’attendre à trouver, notamment envers les adolescents, de qui a ou pas des oreilles … Mais il n’en est rien, et le tout s’installe avec une évidence qui irait presque jusqu’à surprendre. Ce n’est pas pour instaurer un certain fétichisme, longtemps et encore maintenant attribué aux oreilles animales, que l’auteur imagine cette étrange particularité, mais plutôt pour souder ses protagonistes entre eux. Et amener une note d’humour, avec la maitresse de Ritsuka qui, à 23 ans, conserve ses oreilles alors que Sobi, plus jeune, les a perdues depuis quelques temps déjà. Ce détail aide à entretenir le côté romance, voire shonen-ai du manga. Nombreuses seront les lectrices à admirer un Sobi « perverti » par les choses de la vie se rapprocher innocemment de Ritsuka, encore immaculé …

Le deuxième grand point du manga, c’est le mode de combat. Déjà, l’union de deux êtres est indispensable à la mise en place d’un combat par les mots. Pour cela, il faut un combattant et un sacrifice, qui en général partagent le même « nom », qui les définit le plus intrinsèquement possible. Les noms sont tous anglicisés, et c’est d’ailleurs de là que vient le titre de l’œuvre. Un «combattant» (celui qui jette les sorts) a un «sacrifice» (celui qui prend les coups) qui lui est propre. Ils partagent la même dénomination, tatouée sur la peau. L’exception reste donc Sobi, mais on en reparlera par la suite. Le combattant et le sacrifice sont donc liés, unis par ce nom qui leur est propre et intime. Et si cet aspect est si important, c’est parce que les mots ont un sens bien particulier dans cet ouvrage. En effet, ce sont eux qui permettent d’infliger des contraintes au « couple » ennemi qui, une fois son sacrifice totalement entravé, a perdu. Les sentiments et la force morale des combattants, tout comme la discipline et la résistance des sacrifices, sont les maîtres mots de ce manga. Cet aspect psychologique est rarement aussi poussé dans des scènes de combat. Pourtant, ici, la foi est le reflet de la puissance qu’un combattant peut infliger dans ses mots.
 
Une fois tout cela compris, il faudra se l’approprier en tant que lecteur. Puis vient le moment de rentrer définitivement dans l’intrigue du manga. Comme Ritsuka, on découvre toute cette histoire encore bien floue, apparemment liée à un ami de son défunt frère qui ne veut rien lui dire à ce sujet, mais en sait plus qu’il ne veut le dire sur les différents clans qui divisent le manga …
 
 
 
Tout d’abord, on aborde très rapidement l’opposition principale du manga : les sept lunes. Et, bien que Ritsuka passe son temps à vouloir en apprendre plus, quitte à les rencontrer dans un jeu vidéo en ligne, sur une invitation mystérieuse, on n’en sait que peu à leur sujet. Plus tard, on saura que ce sont les dirigeants d’une école d’apprentissage pour combattants et sacrifices, aux caractères bien particuliers mais aux aptitudes intéressantes. Eux aussi vivent dans une certaine forme d’insouciance, bien qu’ils tentent de faire comprendre à Ritsuka que son frère était un des leurs. Ni bons, ni méchants, les membres des sept lunes affirment avoir été obligés d’exclure Seimei de leur groupe, et celui-ci gardera une certaine animosité envers ceux qu’il a abandonnés. C’est donc la principale source de conflits du manga, puisque c’est en son sein que naissent les couples combattant-sacrifice qui s’opposeront à Sobi et Ritsuka, notamment les redoutables Zero, fine fleur des couples de combat. En parallèle, se forme peu à peu un second petit groupe opposant, composé de Seimei et de son nouveau combattant, Nisei. On pense d’abord le grand frère de Ritsuka comme soutien et appui pour le héros, mais on se rend bien compte que c’est encore lui le plus dangereux dans l’histoire, avec sa splendide habitude de manipuler les gens qui l’entourent, et son délaissement affectif incontestable. En dehors de ces deux parties de protagonistes du manga, on s’interroge beaucoup sur Sobi, et son ami Kio qui symbolise une neutralité à laquelle peu sont habitués. Ce dernier amène également l’étonnement, et donc les explications dont on a parfois besoin pour tout suivre … Il permet de donner un œil nouveau, un éclairage totalement différent sur les diverses situations de l’histoire.
  
On finira sur le mot combat, justement. On en a parlé, ce sont les mots qui blessent. Constatation pleine de bon sens et tout à fait pertinente. D’autant plus qu’une gifle a souvent moins d’impact qu’une réplique bien placée. Ces batailles n’en sont donc pas vraiment, et les blessures ne sont que les reflets des souffrances du cœur. Ce qui en ressort, ce n’est pas la volonté de s’entrainer, mais de renforcer ses convictions tout en laissant de côté des émotions impulsives. C’est d’ailleurs souvent sous le coup de cette même émotivité exagérée que les combats se perdent dans Loveless … La victoire, et même la défaite, sont donc autant de pistes d’apprentissages pour les personnages du manga. A Gôra, on apprend notamment que les couples combattant-sacrifice ne sont pas qu’unis par leur noms, mais également par un lien indéfectible, solide et fin comme une corde de violoncelle. De même, on observera que les combats contre les deux groupes Zero apportent beaucoup à la psychologie du manga, grâce aux victoires arrachées, aux combats assez serrés et au dénouement souvent implacable. Ces groupes, créés dans le seul but d’être efficaces et d’avoir un rendement excellent, vont apprendre par la défaite à faire un retour sur eux-mêmes. Le plus bel exemple est celui de l’association Kouya /Yamato. De même, Sobi et Ritsuka ressortent toujours grandis de leurs affrontements, et c’est particulièrement vrai en ce qui concerne ce dernier. Ils renforcent notamment le lien qui les unit, et permet à Ritsuka d’accepter son combattant … Ce qui met en avant une certaine poésie dans des combats qui n’en sont, au final, pas vraiment.
    
   
   
  
  

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