L'échec, ou quand on nous apprend qu'échouer n'est pas synonyme de fatalité - Actualité manga
Dossier manga - L'échec, ou quand on nous apprend qu'échouer n'est pas synonyme de fatalité

Reader Rating 19.50 /20

Sommaire

Publié le Vendredi, 29 November 2019


Père et fils, le récit d’un acte manqué


Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette magnifique petite série, je vous la conseille chaudement. Parue chez Ki-oon entre 2016 et 2018, cette série en huit tomes nous raconte l'histoire de Torakichi, un herboriste ambulant, qui voyage depuis peu avec son fils Shiro, âgé de trois ans. Ayant eu du mal à accepter la mort de sa femme, Shiori, Torakichi a abandonné son fils pendant presque deux ans, et c'est sur un coup de tête qu'il l’emmènera sur sa tournée, tentant comme il peut de renouer avec ce petit être que Shiori lui a laissé...





Quand je parle d'échec ici, je parle de deux choses : la première c'est la relation très bancale entre Shiro et Torakichi et la deuxième c'est bien évidemment le drame de la famille Minegi.

Au début de l'histoire, on découvre ce père et son fils qui vivent dans l'incompréhension l'un de l'autre. Torakichi tente tant bien que mal de gérer son fils qu'il redécouvre après deux ans, tandis que Shiro apprend à connaître son père, à lui faire confiance, à l'aimer. Les débuts seront compliqués, quelques disputes, quelques nuits de cauchemars et quelques pleurs auront souvent raison de la patience de Torakichi qui va devoir apprendre à être un père. On pourrait penser que l'herboriste a du mal à nouer un lien avec son fils à cause de son deuil, mais le problème remonte à bien plus loin que ça. Torakichi a toujours vécu une vie itinérante, il était très peu chez lui, autant dire qu'il a peu connu son fils avant la mort de Shiori, sa femme. Rajoutons à cela qu'il a lui-même connu un père absent dans sa jeunesse, donc il n'avait pas vraiment le bon exemple sous les yeux !

Parlons maintenant du cas de la famille Minegi. C'est une famille de négociants assez aisée, qui a toujours vécu pour surprotéger le jeune frère malade. Shiori devait toujours se contenir pour préserver son frère, ce qu'elle a fait volontiers jusqu'à ce que sa mère, très sensible à sa place dans la société, veuille la marier contre son gré. Elle s'enfuira avec Torakichi, plongeant la famille dans un chaos sans précédent. Sa mère se débarrassera de toutes ses affaires, de tout ce qui pourrait lui rappeler sa fille. Une décision qu'elle regrettera amèrement à la mort de celle-ci, et elle rejettera toute sa culpabilité sur Torakichi pour se dédouaner de ses erreurs. C'est d'ailleurs un simple mécanisme de protection : reporter sa faute sur d'autres pour ne pas avoir à souffrir. Pourtant, si l'on veut avancer, il faut aussi savoir prendre ses responsabilités, relativiser la gravité de ses erreurs, les accepter pour aller de l'avant. C'est le choix que fera Takahiko, le frère de Shiori. Il en voulait à sa sœur d'être bien portante, de l'avoir abandonné, et il sera le premier à faire un pas vers Shiro. Il ira à la rencontre du petit garçon pour voir par lui-même les raisons qui ont poussé sa sœur à partir de la maison, et surtout à voir si sa fuite avait valu le coup. Et en voyant Shiro pleuré devant le portrait de sa mère, il se rendra compte que celle-ci avait heureuse, pas forcément très longtemps, mais qu'elle avait fait le bon choix. Un choix qu'elle n'aura pas forcément eu à faire si on lui avait laissé le choix. Takahiko demandera à sa mère de reconnaître ses erreurs, tout comme il a reconnu les siennes. Car il veut faire le deuil de sa sœur. Il veut pouvoir avancer dans sa vie, faire la paix avec sa sœur, pour pouvoir avancer dans sa vie. Et c'est ce qu'il fera en partant en Europe étudier la peinture. Dans ce processus, il espère surtout que sa famille osera de nouveau se dire les choses, se disputer s'il le faut. Car se protéger mutuellement comme ils l'ont fait les ont finalement éloignés les uns des autres, et surtout du souvenir de Shiori, une souffrance dont aucun n'a pu se défaire réellement.





« Père et Fils » est de loin l’œuvre la plus positive des trois. On est bercé à chaque page par la mignonnerie de Shiro (ce qui n'est absolument pas un argument mais que voulez-vous, ce gamin est à croquer!). Mais surtout on est touché par l’authenticité de cette série qui parle très bien du deuil, de l'absence et surtout de la reconstruction de la relation entre un père et son fils. Elle parle avant tout de la reconstruction de lien au sein d'une famille fracturée de toute part. Elle parle du fait d'apprendre à avoir des responsabilités et surtout d'apprendre à être père. Comme quoi, ce n'est pas parce qu'un pot s'est cassé qu'on ne pourra pas en recoller les morceaux...




Suivre les commentaires du dossier

Ajouter un commentaire

*


Le code HTML est interprété comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Si vous voulez créer un compte, c'est ICI et c'est gratuit!

> Conditions d'utilisation
MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News