Le Conte de la Princesse Kaguya - Actualité manga
Dossier manga - Le Conte de la Princesse Kaguya
Sommaire

Publié le Vendredi, 20 May 2016


La genèse du film



Les premiers pas, il y a plus d'un demi-siècle


C'est à travers une note écrite par Isao Takahata lui-même pour son film que l'on comprend que son projet d'adapter en film le Conte du coupeur de bambou trouve ses premières racines il y a plusieurs décennies. Plus précisément, il y a plus d'un demi-siècle, alors que le réalisateur était un tout jeune employé de la Tôei.

A cette époque, la célèbre firme envisageait déjà une adaptation du conte, qui devait être réalisée par Tomu Uchida, mais celle-ci fut finalement annulée. Lors de la préparation du film, néanmoins, une chose peu habituelle avait été faite à la demande du réalisateur : un concours d’écriture du scénario, auquel tous les employés eurent droit de participer. Une proposition que Takahata, de son côté, a déclinée, car avant ce concours il avait déjà établi un projet d'adaptation qui n'avait pas été retenu, notamment parce qu'il n'était pas strictement fidèle au conte. En effet, le jeune Takahata avait alors pris le parti de créer un prologue visant à rendre le récit plus crédible, où la princesse Kaguya discutait avec son père le Roi sur la Lune. L'objectif de ce prologue était essentiellement d'éclaircir un point sans réponse du conte : cerner quelle faute avait pu commettre la princesse pour se retrouver sur Terre. Ainsi, Takahata espérait permettre de mieux comprendre l'évolution des sentiments de la jeune fille.

Cela ne s'est pas fait. Et même si le film sur lequel a abouti Isao Takahata plus d'un demi-siècle plus tard est lui aussi différent de ces premières idées, nul doute que le projet est resté dans la tête du réalisateur au fil du temps.





1974 : Heidi, un tournant ?


L'excellent site Buta-Connection, dédié au studio Ghibli, nous permet de prendre conscience de l'influence qu'a pu avoir sur le Conte de la Princesse Kaguya une autre œuvre réalisée par Isao Takahata en 1974 : la série animée Heidi, qui a bercé des générations de jeunes spectateurs.

C'est le 16 septembre 2013, lors de la conférence de presse de milieu de production du film, qu'une conversation entre le producteur Toshio Suzuki et la seiyû de Kaguya Aki Sakura permet d'évoquer un fort rapprochement entre les deux œuvres. Suzuki conseillant vivement à Sakura de voir Heidi, car il estime que cette série et le Conte de la Princesse Kaguya entretiennent un lien étroit : tous deux ont une héroïne qui ne s'épanouit pleinement qu'en pleine nature, entièrement libre dans la montagne, en compagnie de sa famille et de ses amis (dès lors, on peut facilement rapprocher Sutemaru, l'ami villageois de Kaguya, du jeune berger Peter dans Heidi), mais dépérissent à vue d'oeil dès qu'elles sont contraintes de s'installer dans la grande ville.

Déjà avec Heidi, Isao Takahata enrichissait le roman original de Johanna Spyri en accordant énormément d'importance à l'évolution des sentiments de la fillette, en montrant tout ce qu'elle peut ressentir au fil de ses expériences à la montagne et en ville. Un point commun très fort avec la vision de Kaguya que le réalisateur offrira quelques décennies plus tard dans son dernier film.
Mais chose amusante, selon Suzuki, Takahata, pendant la conception du film, ne semblait pas du tout avoir conscience de ces analogies avec son ancienne série, alors que tout son entourage, y compris Hayao Miyazaki, y pensait fortement. Nul doute, dès lors, que la série Heidi a nourri dans une certaine mesure l'image qu'Isao Takahata s'est faite de son Conte de la Princesse Kaguya.





Une production difficile


Il aura fallu plusieurs années au Conte de la Princesse Kaguya pour voir le jour, d'autant que les premières années après Mes voisins les Yamada, beaucoup de ses proches pensaient que Takahata ne réaliserait plus de films. C'est pourtant Toshio Suzuki qui, après quelques années, lu met en tête de réaliser un nouveau long-métrage.

Takahata émet alors déjà l'envie d'adapter une oeuvre classique de la littérature japonaise, mais son regard se porte d'abord vers le célèbre Heike Monogatari. Mais l'idée dut être écartée suite au refus d'un dessinateur déjà engagé pour le projet, Osamu Tanabe, qui ne voulait pas travailler sur un film où des gens allaient devoir s'entretuer.

En 2005, alors qu'il fallait réfléchir à de nouvelles idées, Suzuki s’est souvenu d’une discussion avec Takahata à propos du plus ancien texte du Japon, le Conte du coupeur de bambou, durant laquelle le réalisateur avait déclaré qu'il fallait à tout prix qu'un réalisateur japonais se décide un jour à adapter ce conte. Suzuki saute sur l'idée, qui emballe plus ou moins Takahata, celui-ci ne souhaitant d'abord pas le mettre en scène lui-même, même s'il admet qu'il faut réaliser un tel film.
Mais Suzuki ne laisse pas tomber. Tout en se réservant la planification du film, il nomme à la production un jeune homme alors peu connu, Yoshiaki Nishimura, et la petite équipe continue encore pendant un an et demi à réfléchir à la faisabilité du projet et la possibilité de s'orienter sur autre chose. Mais le Conte de la Princesse Kaguya est le projet qu'ils finissent par retenir, et peut alors enfin commencer une production complexe. Pour reprendre certains mots de Toshio Suzuki trouvés sur Buta-Connection : « C’était dur. Pour travailler avec Takahata, en gros, il faut être à ses côtés 24 h sur 24. C’est ce que j’ai expliqué à Nishimura si il veut faire un film avec lui. Mais il m’a demandé : « est-ce que 12 h suffiront ? » J’ai ajouté : « tu devras aussi travailler le samedi et dimanche. Tu n’auras pas de week-end. » « Je veux quand même avoir le dimanche » m’a t-il répondu. Je n’ai rien dit car c’était son droit et c’est ce que je faisais jusqu’à maintenant. Mais s’il avait travaillé même le dimanche, peut-être que le film aurait été fini beaucoup plus tôt que çà. Mais bon, Takahata est quelqu’un de difficile, mais il est tellement intéressant. »





La production du film s'annonce pourtant extrêmement ardue : celui-ci risque de coûter très cher, le projet est d'ores et déjà annoncé déficitaire. Et au sein de Nippon Television qui fait partie des producteurs du film, la majorité des gens étaient rebutés face au futur coût de production. Mais un homme les mit tous d'accord :  Seiichiro Ujiie, ancien PDG de Nippon Television, à l'influence encore extrêmement forte au sein de la société, et qui fut pleinement emballé. Toujours selon Buta-Connection, il aurait eu les paroles suivantes : « J’aime les films d’Isao Takahata et particulièrement Mes voisins les Yamada. J’aimerais voir un nouveau film de lui et peu m’importe qu’il soit déficitaire. Je financerai tout. Cela sera un cadeau pour mon départ vers l’au-delà. »
Mr Ujiie ne croyait pas si bien dire : en 2011, il quitte ce monde et ne verra jamais le Conte de la Princesse Kaguya. Son nom, en guise d'hommage, est le premier à apparaître dans les crédits du générique de fin du film.

De 2005 à 2013, huit ans sont nécessaires à la production du film, qui prend constamment du retard pour diverses raisons, notamment économiques. D'ailleurs, le film était initialement prévu pour sortir au Japon le 20 juillet 2013, en simultané avec Le vent se lève d’Hayao Miyazaki, mais le 4 février 2013 la société de distribution Tôhô annonce sur le site officiel du film que celui-ci subit un retard dans la production au niveau des story-board, ce qui oblige finalement le studio Ghibli à repousser la sortie au 23 novembre.
Mais aucun des acteurs du film ne lâche l'affaire. Bien que s'étant marié pendant ce laps de temps et ayant eu deux enfants, le jeune Yoshiaki Nishimura reste fidèle à son poste de producteur qui lui amènera beaucoup de maturité, selon les dires de Toshio Suzuki. Et quand l'inquiétude commence à monter après la mort de Mr Ujiie, c'est le producteur suppléant Yoshio Okubo, actuel PDG de Nippon Television, qui réaffirme le soutien au studio Ghibli en confirmant qu'il veut respecter les dernières volontés de M. Ujiie. Okubo n'hésite pas à accorder au studio une rallonge budgétaire, d’un montant équivalent au budget d’un long métrage de fiction d’une grosse production.

Ainsi le film connaît-t-il l'une des productions les plus complexes et longues de l'histoire du studio, tout comme il est le film lui étant revenu le plus cher à la production, et le long-métrage le plus long du studio avec ses 2h15.





Accueil et récompenses


Le film rencontre un très fort succès critique, mais c'est beaucoup moins le cas sur le plan financier : c'est un véritable gouffre, qui n'a rapporté que 23 millions de dollars alors qu'il en a coûté 49 millions. A tel point que certains considèrent que le film est en partie responsable de « l'écroulement » du studio Ghibli qui a suivi.

Au Japon, Le Conte de la Princesse Kaguya est nominé en 2013 aux Blue Ribon Awards dans les catégories meilleur film et meilleur réalisateur, et remporte le Prix du film Mainichi 2013 en tant que meilleur film d'animation. En 2014, il finit 4ème meilleur film des Kinema Junpo Awards, et est nominé aux Japan Academy Awards dans les catégories meilleur film d'animation et meilleure musique.

En France, il est présenté en 2014 au Festival de Cannes dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs, puis en ouverture du Festival d’animation d’Annecy. Les critiques lui sont extrêmement favorables, et il enregistre 194 980 entrées au box-office.

Aux Etats-Unis, il est nommé meilleur film d'animation aux Boston Society of Film Critics Awards, Los Angeles Film Critics Association Awards et Toronto Film Critics Association Awards. Il est également nominé aux Oscars en 2015 dans la catégorie du meilleur film d'animation.
  
  
  

© 2013 by Ghibli / Walt Disney Studios Entertainment

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