L'Attaque des Titans - Partie 1 - Actualité manga
Dossier manga - L'Attaque des Titans - Partie 1

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Sommaire

Publié le Vendredi, 30 October 2015


« A toi, qui vit 2000 ans plus tard… »



Contextualisation d’un univers hybride


Comme nombre d’œuvre, le manga d’Hajime Isayama s’inscrit dans un univers fictif, un monde uchronique qu’il serait difficile d’assimiler à une période historique précise, voir même à une civilisation exacte. Pourtant, les premières pages du manga semblent nous situer dans un monde côtoyant le XIXè siècle où l’homme et la machine à vapeur commencent à s’entendre, ce qui n’empêche pas l’utilisation d’outils plus rustiques tels que la vulgaire calèche pour les déplacements. Pourtant, au fil des pages, L’Attaque des Titans dépeint un univers qui puise dans les cultures et dans les époques pour former un monde où les technologies modernes et les acquis plus anciens se côtoient sans mal, ce qui fait beaucoup penser à la culture Steampunk au moins dans l’esthétique générale. Le summum de la technologie est l’équipement tri-dimensionnel des soldats, dispositif fonctionnant au gaz et permettant la propulsion du combattant pour lui donner une meilleure agilité face aux titans, une sorte d’héritier de la machine à vapeur qui existe pourtant dans une société où certains individus hauts placés arborent un costard comme on en trouverait chez tout commerçant au détail digne de ce nom. La formule utilisée par Hajime Isayama n’est pas si loin de celle de Masashi Kishimoto avec Naruto, un monde où la culture d’un Japon ancien s’est mariée avec la technologie moderne et où un shinobi use sans mal un talkie-walkie pour ses missions.

Dans L’Attaque des Titans, dépeindre un tel univers a un effet sur l’ambiance générale de la série. Limiter la technologie de l’Homme le rend plus vulnérable face aux titans et sous-entendre une civilisation moins développée que la nôtre accentue la sensation de danger, le fait que l’être humain n’est qu’un gibier impuissant, inapte à se défendre contre un tel prédateur.



Le monde de la série a aussi une vocation artistique qui, comme dit précédemment, peut être comparé à l’univers steampunk par l’esthétique dépeinte. On pense notamment aux soldats de l’armée, qu’ils soient du Bataillon d’exploration ou non qui ont fière allure par leur costume et leur attirail sophistiqué, une facette de la série qui fut respectée même dans le film live qui, pourtant, ancre l’histoire dans un tout autre univers tandis que les cosplayer ont vite reproduit les costumes militaires sans forcément incarner un personnage précis à peine les premiers épisodes de l’anime diffusés.

Du côté culturel, on ne peut s’empêcher de noter le goût du mangaka pour le pays allemand. L’occidentalisation de la série, des personnages et l’architecture générale des bâtisses nous situent en effet en pleine Europe centrale. Les influences allemandes se représentent alors de différentes manières, la plus évidente étant les identités des personnages dont les noms de famille sont à consonance de la langue de Goethe. Eren Jäger (jeu de mot avec « chasseur » qui définit la détermination du héros), Mikasa Ackerman, Annie Leonhart… Hajime Isayama appuie l’identité de sa série en rapprochant son œuvre d’une civilisation allemande factice, ce qui n’est pas si rare pour des récits nippons qui évoquent la culture occidentale.


Le titan, un prédateur bien effrayant


L’autre facette de la série qui lui donne une identité est le titan. La définition de celui-ci est assez simple, la créature étant un géant à l’apparence humanoïde doté de traits humains grossiers et difformes, complètement dépourvu d’intelligence et de parole et se comportant de manière primitive avec comme seule arme son instinct pour dévorer les êtres humains et faire comprendre que l’animal est un prédateur naturel pour l’Homme.

Il est d’abord amusant de noter que la recette n’est pas si novatrice à l’heure actuelle puisque nombre de manga se sont essayer à l’opposition entre les humains et une bête le dévorant, beaucoup s’orientent même vers un récit guerrier dans lequel une armée humaine se lève contre son ennemi. Du côté de la Dark-Fantasy, nous pourrions citer Claymore qui arbore une facette plus mystique par le biais de ses guerrières aux longues lames mais dans les titres tout récents qui font parler d’eux, Seraph of the End a cherché à moderniser le mythe du vampire en soulignant sa qualité de prédateur pour l’être humain tout en s’orientant vers une guerre technologique entre les deux espèces. Mais là où bien souvent ces œuvres cherchent à dépeindre les âpres batailles d’une troupe de héros, L’Attaque des Titans cherche a marqué en opposant des Hommes impuissants à des créatures cruelles et effrayantes, bien plus imposantes que le commun des mortels et qui ne se contentent par d’assassiner ou de capturer leurs proies mais les boulottent bien vivantes, quitte à les digérer alors que les pauvres victimes n’ont pas encore rendu l’âme.



C’est bien une impression d’effroi que provoque les premiers titans qui apparaissent dans la série et ce bien que cette sensation s’atténue petit à petit, une fois l’effet de surprise passé, bien que le sentiment est parfois renouvelé à travers des créatures hybrides étranges dans leurs caractéristiques comme le démontre un certain titan apparaissant aux alentours du neuvième opus de la série. L’intention d’Hajime Isayama est tout à fait volontaire, l’artiste aimant dessiner des créatures hideuses et ce depuis qu’il caresse l’envie d’être mangaka, vers la période du lycée. L’envie d’effrayer, d’écœurer se ressent alors particulièrement dans l’esthétique globale des titans, tantôt géant, tantôt plus petits et complètement disloqués, une marque qui rend finalement ces créatures difficilement atteignables et, par conséquent, encore plus déroutantes tant pour les personnages du récit que pour le lecteur.

L’absence d’informations sur les titans est aussi l’une des facettes du côté effrayant du manga. Ne rien savoir d’un ennemi constitue toujours une faiblesse dans une optique militaire mais si celui-ci est un géant mangeur d’hommes impossible à soumettre par la technologie humaine, le prédateur devient une sorte d’entité que le plus commun des individus cherchera à fuir avant tout. Outre le fait que cela renforce l’horreur de l’intrigue, ces mystères autour des titans constituent aussi l’une des forces du scénario. Le titre est clair à ce sujet et nul ne connait la vérité concernant les titans et si les premiers indices font surface au fil des chapitres, il est impossible de deviner le fin mot de l’histoire, rendant alors le manga d’Hajime Isayama scénaristiquement captivant.


L’aube d’une guerre nouvelle pour l’homme


Rebondissant sur ce qui a été dit précédemment par rapport aux titans, la mise en scène d’une humanité numériquement réduite, en crise sur le plan sociétale et bien impuissante face à un prédateur naturel dont il ignore tout créé une situation d’inconfort, sans compter que la concentration des événements sur l’intérieur des murs du monde humain procure une sensation presque claustrophobe assez déstabilisante. Mais loin de rester sur ce point de vue presque apathique des Hommes, le manga se sert de cette situation comme point de départ de l’intrigue pour présenter la révolte du genre humain contre un adversaire qu’il va découvrir au fil du temps et des arcs. Les hommes n’ont que l’équipement tridimensionnels comme premiers atouts de bataille, et même moins encore si on se place dans les événements du spin-off et préquel L’Attaque des Titans : Before the Fall, une absence de moyens de lutte qui évoluera finalement crescendo, notamment avec les fameux rebondissements du second volume que toute personne intéressée par la série connait mais que nous n’évoquerons pas précisément dans ce paragraphe afin de ne pas spoiler les éventuels lecteurs de la série, la fameuse scène étant l’une des plus grosses surprises de l’œuvre pour ceux qui ne se douteraient pas encore de la tournure des événements du manga. On devine aussi qu’au fil de l’histoire, les révélations iront bon train et que de créature inconnue et déstabilisante, le titan évoluera et deviendra un adversaire dont on comprend la nature tandis que l’humain, de plus en plus redoutable, saura de tracer une voie vers le chemin de la victoire, notamment du point de vue de la troupe d’Eren et du fameux Bataillon d’exploration.


  
  
  

SHINGEKI NO KYOJIN © Hajime ISAYAMA / Kodansha Ltd.

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