Hinako Takanaga - 2ème partie - Actualité manga
Dossier manga - Hinako Takanaga - 2ème partie

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Publié le Jeudi, 19 April 2012


L’humour au centre du monde

  
La facilité est une des choses que l’on pourrait penser apercevoir dans le travail de Takanaga. L’auteur se laisse en effet aller à des grosses ficelles narratives, qui marchent toujours bien mais qui n’ont rien d’original. Et pourtant, ce n’est pas seulement cela qui détermine le travail de l’artiste, tout simplement parce qu’elle parvient à faire ressortir le sérieux et la profondeur en plein milieu d’un océan d’humour et de rire. Cette impression est avant tout créée par les SD, surtout utilisés dans Rien n’est impossible, et l’exagération des traits. Toutes les expressions indignées, surprises ou choquées sont merveilleusement bien retranscrites, avec beaucoup d’effets graphiques autour. Un rougissement ne s’arrête pas aux joues colorées, mais jusqu’au pétillement de gêne dans les yeux. Bref, l’aspect vivant de chaque personnage nous fait réellement vivre toutes les scènes humoristiques. On se prend donc rapidement aux délires de l’auteur, notamment lorsqu’elle invente des situations plus ou moins crédibles afin de maltraiter ses personnages. Rien n’est impossible est la série qui l’illustre le mieux, notamment grâce à la mère de Kurokawa ou même à Isogai qui permet de semer la discorde et de faire exploser les malentendus. Entre les arrivées impromptues, les incompris, les personnages qui viennent s’immiscer dans un couple en train de se former ... On se perd dans les retournements de situation ! Tout cela pour rythmer l’histoire que Takanaga crée, et la bouleverser avec de réelles situations comiques ayant pour but de faire ressortir d’autant plus le contraste du sérieux de l’histoire. On remarque aussi que dans ces deux œuvres, la mangaka s’attarde sur les stéréotypes pour créer ses personnages. Loin de la finesse de Little Butterfly ou de l’originalité de Silent Love, c’est ici des grandes lignes que tracent les protagonistes. Dans Rien n’est impossible, c’est le petit uke innocent avec les yeux de cocker qui vous séduit n’importe qui en un rien de temps. Celui qui a besoin d’être protégé, celui qui encourage à la tendresse. Et pourtant derrière se cache une personnalité assez forte pour ne pas savoir où il en est, pour refuser les avances de son compagnon. A côté de ça, dans The tyrant who fall in love, c’est l’homophobe déclaré et totalement surexcité, opposé à tout, donnant son avis sur tout, essayant de diriger la vie de chacun vers ce qu’il en attend.

Et enfin, le personnage interchangeable. Takanaga a eu la bonne idée, pour mettre en avant ses autres protagonistes, de créer en face de chacun une figure dont le caractère est moins puissant, une personnalité plus effacée. Kurokawa et Morinaga se ressemblent beaucoup dans le rôle du seme totalement soumis. Même combat pour les deux hommes, qui cherchent à dompter comme ils peuvent leurs compagnons respectifs. Seulement, leurs pulsions et leurs sentiments qui sont toujours plus forts que ceux de leur vis-à-vis ne restent pas enterrés à jamais. Ils ont tous deux l’impulsion de protéger celui qu’ils aiment, même contre leurs propres envies. Morinaga passe son temps à se battre contre son désir dévorant, acceptant de négocier avec So-ichi la fréquence de leurs rapports ou la définition de leur relation. Il cherche chaque signe d’approbation, notamment quand So-ichi râle un peu moins fort ou se laisse faire. Kurokawa est plutôt semblable, puisqu’il fait très attention à Tomoé, jusqu’à accepter de ne pas le toucher tant qu’il n’est pas prêt. Chaque homme qui approche Tomoé est un rival potentiel tant que ce dernier ne lui avoue pas ses sentiments, et il va tout faire pour lui épargner les difficiles débuts d’une relation homosexuelle. Cette attention, et cet amour profond qu’ils ont chacun pour un des frères Tatsumi font de Kurokawa et de Morinaga les deux personnages quasi-identiques, pivots de leurs histoires respectives. Ce qui, au demeurant, donne une dimension amusante supplémentaire au manga.
 
 



Mais à côté de cette nonchalance et de cette facilité dans le scénario, un tout autre monde s’ouvre à nous dans le style de Takanaga. Celui du véritable sentiment. Dans Silent Love, l’amour se concrétise rapidement, dans Little Butterfly il nait dans le cœur de deux jeunes gens qui n’approfondissent donc pas totalement toute l’ampleur de cette émotion. Ici, et surtout dans la relation entre So-ichi et Morinaga, l’auteur se révèle complètement. Ce dernier est droit, sincère et persévère depuis bien longtemps. C’est donc un amour à sens unique classique, qu’on apprécie pour la tendresse qui en nait. Mais So-ichi aime d’une manière tout à fait différente. Il est égoïste, n’assume absolument pas ce qu’il se passe dans sa tête, ne comprend même pas ce que certaines de ses propres réactions signifient. Morinaga se bat pour essayer de le lui faire comprendre, et l’image la plus belle est l’escapade des deux hommes au Canada. So-ichi s'évanouit littéralement de plaisir dans les bras de celui qu’il enlace enfin, pour la première fois. Tout comme lorsqu’il se caresse en solitaire en devant penser à Morinaga. Autant de petits signes qui sont proprement adorables et qui nous font battre le cœur à nous lecteurs. On sent la complexité de ce sentiment naissant en So-ichi, celui qu’il refuse mais qu’il commence doucement à accepter, même si ce ne sera jamais à voix haute. Tomoé est semblable à son frère, à lui aussi il faut beaucoup de temps pour s’avouer et c’est précisément cela qui nous séduit au fur et à mesure. A noter aussi la complexité de l’entourage, qui est bien plus développé ici que dans ses autres œuvres. Dans Rien n’est impossible, on apprend à connaitre la mère de Kurokawa, son meilleur ami, des amis de Tomoé, sa famille ... Et dans the Tyrant who fall in love, c’est un peu le même principe. La famille de So-ichi est très présente, le background autour de Morinaga n’est pas non plus absent puisque l’on rencontre celui qui l’a tant fait souffrir, ainsi que son frère. Enfin, la fac dans laquelle nos deux amis étudient est remplie de personnages secondaires que l’auteur utilise de temps à autre pour le bien du scénario. Et ce panel de protagonistes autour d’un couple principal est réellement une bonne idée, enrichissant véritablement le scénario. Dernier point et non le moindre, la continuité des personnages. On constate rapidement que les deux séries sont liées, et même si Rien n’est impossible est une des premières séries de l’auteur tandis que The Tyrant est une de ses dernières, So-ichi est le fil conducteur puisqu’il apparait dans les deux. Le lecteur n’est pas forcé de lire les deux, mais pour une compréhension globale des interactions entre tout ce petit monde, c’est tout de même vivement recommandé. Notamment pour comprendre la marge de progression de So-ichi, qui était encore plus réfractaire à l’homosexualité dans Rien n’est impossible, et pour visualiser comment Tomoé a fini dans les bras de Kurokawa. Voilà donc comment l’auteur construit la complexité de ses histoires, au-delà de la facilité qu’elle semble y mettre tout du long.
 
 

© HINAKO TAKAGAWA / LIBRE Publishing Co., Ltd.

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