Chiisakobé - Actualité manga
Dossier manga - Chiisakobé
Sommaire

Publié le Vendredi, 04 August 2017


La construction d’une vie


Chiisakobé est avant tout le récit d’un homme, d’une femme et d’enfants qui n’ont plus rien et qui vont devoir tout reconstruire autour d’eux. Ce thème de la construction de l’existence se retrouve dès l’évocation du métier de Shigeji, à savoir, la profession de charpentier. Celui-ci est un artisan, c’est-à-dire une personne qui façonne de ses propres mains les bois, les assemble et entreprend des travaux de charpente. Quant-à cette dernière, elle constitue  l'ossature fixe ou provisoire d'une construction. Ainsi, Shigeji va travailler dur pour mettre en place les fondements, la structure de son existence. De « Rien du tout… comme… ce tas de cendre », Shigeji va reconstruire Daitomé, mais il va également se recréer une famille en épousant Ritsu et en recueillant cinq orphelins turbulents. Cela n’est pas sans rappeler la signification du titre de l’œuvre. En effet, celui-ci évoque une légende selon laquelle un Empereur souhaitant tirer profit du ver à soie aurait ordonné à Sugaru, l’un de ses serviteurs de rassembler tous les « vermisseaux du pays ».  Cependant, celui-ci aurait mal interprété ses paroles et aurait réuni des enfants orphelins. L’Empereur, comme pour se moquer de lui, l’aurait surnommé : « Chiisakobe no Sugaru » autrement dit : « Sugaru aux petits-enfants » et par la suite, lui aurait demandé l’impossible à savoir attraper le tonnerre. Celui-ci en serait ressorti victorieux et aurait pris sous son aile les enfants ainsi rassemblés. Ce mythe prémonitoire sonne comme un message d’espoir pour Shigeji qui doit lui aussi affronter des épreuves difficiles.

Le personnage principal va véritablement évoluer tout au long du manga. Pendant longtemps, il a peur d’affronter la réalité et va même jusqu’à fuir à la découverte du monde en espérant que cela lui permettra de s’accomplir en tant qu’homme. C’est certainement pour cela que son visage est dissimulé de façon quasi permanente tout au long de l’œuvre. Il posera même l’interrogation suivante : « A partir de quel moment on devient un homme accompli ? Qui le décide ? ». Il prend finalement conscience que tout ce dont il a besoin se trouve autour de lui, qu’il suffit juste de le voir. A la toute fin du dernier volume, le lecteur découvrira entièrement son visage comme pour symboliser sa détermination et montrer qu’il a enfin réussi à se réaliser pleinement.  


  


« Ils sont inquiets ou terrifiés pour rien, ils font du mal aux autres, ils sont violents, ils prennent les gens de haut et souhaitent la destruction du monde »


Voilà le portrait peu attrayant qui nous est fait des cinq enfants orphelins recueillis par Shigeji et Ritsu.

Parmi eux, nous retrouvons tout d’abord Sakura, une enfant révoltée aux paroles terriblement justes et lucides. Il n’y a qu’à voir comme elle s’exclame dans un supermarché en compagnie de Ritsu : « Elle est fiable cette date limite de consommation ? Il y a des additifs ? Cette couleur, ce sont des colorants de synthèse ? Est-ce qu’on peut faire confiance à ce monde ? ».

« La vérité sort de la bouche des enfants ». Cela exprime parfaitement la capacité qu’ont les enfants à sentir des choses qui peuvent échapper aux adultes. Sakura ne fait pas exception. Lorsque Ritsu éprouve de la jalousie envers Yûko alors même que cela n’est pas explicité, l’enfant lui dit : « Hi Hi… En fait, peut-être qu’on se ressemble, toi et moi… Je viens de sentir le côté obscur qui se cache dans les tréfonds de ton cœur. » et, plus tard, elle explique à Shigeji que « Yûko et Ritsu n’ont pas du tout eu la même éducation et le même parcours scolaire. C’est normal que Ritsu soit jalouse. Elle s’est donné du mal pour prendre soin de nous et, alors qu’on commençait enfin à s’entendre, Yûko a débarqué, comme si on n’avait plus besoin de Ritsu. » Le lecteur est alors impressionné par l’esprit d’analyse de la fillette.

Mais celle-ci souhaite également faire du mal autour d’elle et est étonnement morbide et cynique pour son âge, lorsqu’elle dit, par exemple : « Un jour, je les tuerai tous en les maudissant très fort… ». Sakura a, en réalité, été profondément blessée par les adultes et a perdu toute confiance en eux.

Il y a également Atsuko dite « la pleurnicharde ». « Dès qu’elle y pense, les choses qui se passent au loin lui font peur ou la rendent triste. Elle se met à pleurer et à avoir de la fièvre. » nous explique Ritsu. Cette enfant représente les craintes de l’être humain. En effet, si nous nous mettons à réfléchir à la vie de façon primaire, l’existence est vraiment effrayante. Nous sommes en danger à chaque instant et nous sommes condamnés à mourir d’un moment à un autre d’une manière que nous ignorons. L’être humain a une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Au fil du temps, nous faisons abstraction de cela pour survivre. Il n’y a qu’à voir ce que répond Shigeji à Ritsu qui lui explique que la petite fille est effrayée par l’espace qu’elle trouve « trop grand » : « Moi aussi je regardais l’émission… Et, c’est vrai que l’antimatière, les trous noirs et tout ça, quand on y pense… ».

Quant à Kikuji, il représente la relation typique entre une mère et son fils tant il tient à garder Ritsu pour lui et semble éprouver de la jalousie à l’égard de Shigeji.

Enfin, celle qui est présentée sous le surnom d’ « Aubergine » tout comme Matakichi qui a volé des friandises cherchent à attirer l’attention.

Ce qui est commun entre chacun d’eux est leur personnalité sans filtre. Ils s’expriment en effet de façon tout à fait spontanée contrairement aux adultes.




    

« J’avais tort de me croire capable de m’occuper des enfants »


Ritsu est une jeune femme au fort tempérament et très responsable. C’est avec sérieux qu’elle s’occupe de l’intendance de la résidence de Shigeji et des enfants. Et pourtant, elle a un grand manque de confiance en elle. Très vite, elle développe un complexe d’infériorité face à Yukô qui fait des études, qu’elle trouve plus jolie et plus compétente avec les enfants. La question de la maternité va véritablement être traitée au travers du personnage de Ritsu. Elle va en effet, être en proie au doute comme toutes les mamans : Sera-t-elle capable d’élever ces enfants ? De leur inculquer ce dont ils ont besoin ? Mais elle est également inquiète pour eux notamment au moment où ils sont introuvables. De plus, elle prend conscience de tous les sacrifices qui accompagnent la vie de famille : alors qu’Atsuko a de la fièvre le jour où elle doit partir aux sources thermales avec les enfants, elle est contrainte de rester à la maison pour veiller sur cette dernière. Aussi, elle est confrontée à toutes les difficultés concernant l’éducation. Du jour, au lendemain, à seulement vingt ans, elle doit prendre en charge cinq enfants, leur donner un cadre et des limites. Ceux-ci vont l’aider à grandir et à évoluer. Telle une maman, elle se met à leur portée pour interpréter leurs agissements et y répondre de manière adéquate. Elle fera effectivement un travail sur elle pour écrire une histoire à vocation morale à destination des enfants pour leur apprendre à tenir compte des sentiments des autres. Par ailleurs, les cinq orphelins sont plus sévères envers elle qu’avec Yukô : les enfants sont toujours plus durs avec leurs parents qu’avec l’extérieur. Et pourtant, ils sont véritablement attachés à elle : Kikuji l’appelle maman et lorsqu’elle disparait, tous les enfants se demandent où elle peut bien être.

Enfin, tout comme une bonne épouse, Ritsu soutient Shigeji en prenant soin de lui. Elle croit en ce dernier et a toujours le mot juste pour lui venir en aide. C’est notamment le cas, lorsque celui-ci lui demande s’il est entêté et qu’elle répond : « Un homme a intérêt à se montrer entêté… Plutôt que lâche… ». A ces mots, Shigeji reprend confiance et poursuit son but.



  
  
  


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