Bonne nuit Punpun - Actualité manga
Dossier manga - Bonne nuit Punpun

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Sommaire

Publié le Vendredi, 21 November 2014


À la recherche du bonheur disparu…


Être heureux. Au fond, et si la définition du mot « heureux » diffère selon les individus, cet état de bien-être est un objectif tacite pour tout un chacun. Les protagonistes de Bonne Nuit Punpun n’échappent pas à la règle, et recherche le bonheur avec avidité.

Mais le bonheur est une notion vague, fuyante et par-dessus tout, éphémère. De là à considérer sa recherche comme une action vaine, il n'y a qu'un pas. Punpun enfant se pose beaucoup de question, et recherche déjà à être heureux, sans le formuler de cette manière. Il souhaite que ses parents s'entendent bien, qu'Aiko s'intéresse à lui…
Cas pratique : dans le tome un, Aiko se rapproche beaucoup de Punpun, allant jusqu'à l'embrasser. Dans ce même volume, le père de Punpun est arrêté pour avoir violenté sa femme. À l'issue de ces deux événements, Punpun est-il heureux ? Difficile à dire, disons qu'il ressent des sensations fugitives de bien-être et de mal-être pendant des laps de temps variables, et on peut considérer l'état de bien-être comme une période heureuse, bien qu'elle soit courte.
Malgré les nombreuses déceptions et désillusions auxquelles il doit faire face, Punpun ne cesse de rechercher le bonheur, à travers deux choses essentielles : l'amour et le sexe.

Deux notions à la fois liées et très différentes qui prennent une place colossale dans la vie de chacun des protagonistes du manga.
Nombreux sont les personnages de la série qui semblent penser qu'une vie de couple harmonieuse est le chemin le plus simple vers le bonheur, mais au final, l’œuvre présente énormément de personnages avides de sexe et assez peu de personnages simplement amoureux. L'exemple le plus frappant est Punpun lui-même. Combien de fois pense-t-il à faire l'amour, à toucher un sexe féminin, combien de fois prévoit-il d'effectuer telle ou telle action lubrique sur une fille ? De très nombreuses fois. Et à côté de ça, combien de fois pense-t-il à aimer, à chérir, combien de fois fait-il preuve de tendresse ? De très rares fois. Le père de Punpun matte les jeunes filles lorsqu'il en voit, sa mère préfère s'envoyer en l'air plutôt que de s'occuper de son fils, l'oncle Yûichi a plus de pensées graveleuses qu'amoureuses, Seki ne semble pas éprouver de réel sentiment amoureux (il n'a pas non plus l'air particulièrement avide de sexe non plus, me direz-vous). Bref, l'amour a une place bien particulière dans Bonne Nuit Punpun, et seuls quelques éléments semblent en être porteurs, comme Aiko, Sachi, Midori ou Harumi. Et là encore, on pourrait avoir quelques réserves. Aiko n'aime-t-elle pas Punpun uniquement parce qu'elle le voit depuis son plus jeune âge comme un espoir d'échapper à sa situation familiale ? Et d'une façon générale, n'aime t'ont pas par égoïsme, en espérant en retour de l'attention ?

Et justement, l’égoïsme est également très présent dans le manga. Les personnages sont mus par une volonté d’acquérir un bonheur le plus souvent tous personnel, et leur entourage leur sert en général de moyen vers cette finalité, même s’ils se voilent la face à ce sujet. Même au sein de la famille de Punpun, chaque membre n’accorde qu’une attention relative, voire nulle aux autres, et se préoccupe de sa propre existence uniquement. À noter que la plupart des personnages finissent tout de même non seulement par réaliser leur nombrilisme, mais également par se repentir et par tenter de réparer leurs erreurs, de bonne foi, ou pas.
  
  
  
  
  

…et illusoire


Aiko, comme Punpun, semble inconsciemment se fixer des objectifs qui ont très peu de chance de se réaliser pour conserver un espoir quant à l'existence du bonheur véritable. Tous deux tombent amoureux lors de la période la plus heureuse et insouciante de leur vie, lorsqu’ils sont en primaire. Ils se perdent de vue et, en grandissant, se sentent tous deux malheureux dans leur quotidien. C'est comme si alors, par une association d'idées, ils portaient tous leurs espoirs sur l'autre, cette figure de leur enfance synonyme de bien-être, en espérant la retrouver pour recommencer à vivre, ou à ne jamais la retrouver, pouvant ainsi conserver l'espoir d'un bonheur quelque part, et vivre dans l'attente, se voilant la face quant à une quête du bonheur finalement impossible. On a véritablement cette impression d'attente chez Punpun, qui, pendant la quasi-totalité des instants passés sans Aiko, semble en léthargie, vit son quotidien sans trop y réfléchir. Les quelques apparitions d'Aiko durant cette période sont particulièrement soignées, le temps semble suspendu dès l'apparition du visage triste de celle qui a le pouvoir de relancer la vie.
Pourtant, les deux héros finissent par se retrouver. Malgré le mythe qui s'est développé au fur et à mesure autour d'Aiko, celle-ci n'est qu'une jeune adolescente comme les autres, paumée, et ayant eu la malchance d'évoluer dans un climat familial malsain. Sur la base d'une amourette vieille de dix ans, ils fuient ensemble dans un final plus pénible à lire que jamais, tant nos deux protagonistes tentent désespérément de s'accrocher à leurs sentiments passés pour se retrouver face à une ultime déception: le passé et révolu, et le bonheur à jamais inaccessible.

La mort est alors envisagée comme une solution, à la fois après cette nouvelle désillusion, mais à de nombreuses autres occasions au fil du manga. On peut s'étonner de la facilité avec laquelle les personnages évoquent l'éventualité d'en finir avec la vie, parfois de façon anodine, au détour d'une conversation, et pas entièrement avec ironie. C'est finalement assez courant dans les mangas, sans doute est-ce une particularité des japonais (je manque d'informations à ce sujet).

Le lecteur (comprendre « moi », mais, je ne pense, pas être le seul) est véritablement peiné de voir ces deux enfants (si vous êtes un peu masochiste, feuilleter à nouveau le volume un après la lecture du dernier) grandir, se perdre de vue, et se retrouver pour se détruire mutuellement dans un abîme de débauche. Asano peut se vanter de savoir faire passer les émotions avec une incroyable efficacité.
  
  
  
  
  
Une question s'impose alors : leur quête était-elle vraiment vaine ? N'y avait-il aucune autre issue ? Pourquoi ont-ils évolué comme ça ?
Difficile d'apporter une réponse complète, mais la société est en partie pointée du doigt.
  
  
  

© 2007 Inio ASANO / Shogakukan Inc., Tokyo

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