Übel Blatt - Actualité manga

Dossier

actualité manga - Übel Blatt

Note des lecteurs: 18 /20

Présentation


L'histoire

Dans un univers digne des plus grands romans d'heroïc fantasy, découvrez l'incroyable destinée de Köinzell, guerrier semi-elfe. Déterminé à accomplir sa vengeance, celui qu'on appelait autrefois «Ascheriit» ne trouvera le repos qu'après avoir tué ses sept anciens compagnons... Mais les  amis d'hier sont aujourd'hui de puissants seigneurs, considérés par le royaume comme de grands héros. Les vaincre ne sera pas une chose aisée...


Fiche signalétique

Übel Blatt (ユーベルブラット) est publié au Japon depuis juillet 2005 par l'éditeur Square Enix dans le magazine de prébublication Young Gangan. Cette série est réalisée par Etorouji Shiono (塩野 干支郎次). Elle est toujours en cours de parution au Japon.
C'est Ki-oon qui se charge de publier ce titre en France, depuis juillet 2007.


L'auteur

Nous en savons malheureusement très peu sur ce jeune auteur qui a presque essentiellement travaillé pour Square Enix. Il voue une grande passion pour la photographie (il collectionne les appareils photo numériques) et les voyages (même s'il n'a pas trop le temps de voyager à cause de sont travail). Il ne s'est intéressé que tardivement à l'héroïc fantasy.
Voici ses autres oeuvres:

Broken blood (ブロッケンブラッド): 2 volumes parus



Necossas: six (ネコサス:シックス―完全版): One shot



Extra existence (エクストラ・イグジステンス): One shot


Le saviez-vous?

*La série Übel Blatt est en fait un travail de commande qui a servi à lancer le magazine de prepublication Young Gangan.
*Le volume 1 et le volume 0 sont sortis simultanément au Japon.



Un univers noir, violent et implacable



La légende des 14 lances sacrées

Tout le scénario d'Übel blatt repose sur une légende communément appelée «la légende des 14 lances sacrées». En guise de prologue, je vais vous raconter cette légende.
Il y a 20 ans, une terrible menace planait sur le royaume Szaaland: Wischtech et son armée des ténèbres étaient sur le point d'envahir et de détruire le royaume. Pour protéger son peuple, l'empereur Largor choisit 14 guerriers, à qui il remit 14 lances sacrées. Leur mission fut bien évidémment de tuer le roi des armées des ténèbres.

3 membres périrent lors du périple qui devait les mener au terme de leur mission. On les appelle «les glorieux guerriers sans retour». Il s'agit d'Ediem, Ergnach et Lanbard.
4 autres guerriers eurent pour nom «les lances de la trahison». Ils pactisèrent avec l'ennemi et rejoignirent son armée. Malheureusement pour eux, ils subirent le courroux des 7 guerriers restants. Les félons sont Kfer, Güsstav, Krentel et Ascherit.

Enfin, il y a les 7 guerriers qui accomplirent leur mission vainquirent les armées du mal. Ce sont «les 7 héros» et encore aujourd'hui, leur bravoure est saluée par le peuple. Pour avoir sauvé le royaume, tous ont obtenu des titres honorifiques et des terres. Ces 7 hommes sont le comte Schtemwölech, le marquis Lebellond, le comte Ischüdien, le marquis Glenn, le comte Güllengurv, le comte Nirgenfeled et le comte Barestar.
Cette légende est aujourd'hui un des fondements du royaume de Szaaland... Mais si elle était fausse? Si «les 7 héros» n'étaient que des imposteurs qui ne doivent leur gloire qu'à un ignoble mensonge?


De la Dark fantasy comme on en voit peu!

Dès les premières pages d'Übel Blatt, le ton est donné: l'histoire s'ouvre sur un cri de souffrance qui sera suivi d'un effroyable meurtre. Le récit créé par Etorouji Shiono marque immédiatement le lecteur par sa dureté.
Mais Übel blatt ne se résume évidemment pas à une surenchère d'hémoglobine. L'auteur a su créer un univers digne des plus grandes épopées de fantasy.

En plus des hommes, le royaume de Szaaland est peuplé par de nombreuses autres espèces qui donnent au final un bestiaire plutôt riche. On note ainsi la présence de dragons (qui servent de destriers pour les chevaliers), d'êtres féériques (semi-elfes, fées...) et aussi de créatures non identifiées mais particulièrement terrifiantes!!
Mention spéciale pour le gigantesque humanoïde du premier volume, qui donnera du fil à retordre à notre héros.


C'est par l'épée que la paix est maintenue dans le royaume de Szaaland. Il existe divers ordres de chevaliers et des écoles prestigieuses pour les former. C'est par ses talents de bretteur qu'on reconnaîtra la valeur d'un homme. Übel blatt offre ainsi de magnifiques combats à l'arme blanche, très bien orchestrés et dynamiques.

Mais le panel des armes finit par s'élargir à d'autres domaines. On sent en effet que l'auteur s'est inspiré de l'univers de Final fantasy, notamment en faisant apparaître dans son récit des vaisseaux volants. Ces derniers semblent marcher grâce à des hélices et ont un design similaire aux vaisseaux de Final Fantasy. Certains châteaux sont défendus par des canons.

La magie est également omniprésente. Certains bretteurs, Köinzell en tête, utilisent des techniques surréalistes faisant appel à des puissances élémentaires. On constate également que des sorts peuvent être contenus dans un parchemin, ce qui permet à un novice ou un non-pratiquant d'utiliser des sorts puissants. Certains êtres humains vont même jusqu'à changer de forme!

L'organisation du royaume de Szaaland est somme toute classique pour un récit de cette nature: Un empereur est à la tête du pays. Il est secondé par les 7 héros qui ont à leur charge des provinces du royaume. L'ordre est maintenu grâce à une armée et des milices. On note la présence d'un clergé et donc d'un culte. Globalement, chaque province est dominée par une ville de taille importante, avec en périphérie des campagnes et des petits hameaux.

Certaines villes échappent néanmoins à cette organisation. Ainsi la ville de Rielde Velem (volume 1) est dirigée d'une main de fer par une troupe de moines soldats mais n'est pas  pour autant le centre névralgique d'une province.


Pour noircir le tableau et ainsi créer cette ambiance vénéneuse qui caractérise si bien Übel Blatt, l'auteur a eu l'idée de mettre en place certains éléments négatifs d'ordre géopolitique et/ou social.
Tout d'abord, l'ordre et la paix ne couvrent pas tout le royaume de Szaaland. Certaines régions, notamment frontalières, sont délaissées et livrées à elles-même. Des brigands peuvent alors y faire régner la terreur et la loi du plus fort. Les populations civiles tentent de fuir, ce qui provoque des diaspora et autres mouvements de population.

On note ensuite de très fortes inégalités sociales. Le pouvoir et les richesses sont concentrés entre les mains des grands seigneurs ou de quelques élus du destin. Bien souvent les villages de campagne sont très pauvres et manquent de tout. Les villes sont plus prospères, mais sont soumises à l'insécurité.

Enfin, le pouvoir est corrompu à presque tous les niveaux. Des 7 héros jusqu'aux simples officiers, la tentation d'opprimer la population pour s'enrichir devient trop tentante pour certains. Le lecteur s'en rend compte dès l'ouverture du récit, puis quelques pages plus loin lorsqu'il découvre les moines soldats de Rielde Velem, qui n'hésitent pas à accorder leur «bénédiction» aux plus offrants.



Avant de conclure cette partie, il fallait également dire un mot sur la manière dont se construit le scénario d'Übel Blatt. Force est de constater qu'Etorouji est un talentueux conteur. En effet, nous savons tout de suite où nous emmène notre auteur: nous avons affaire à une histoire de vengeance, dans laquelle le héros doit éliminer un certain nombre d'ennemis. C'est peut être classique, mais en tout cas le lecteur ne sera pas perdu dans d'innombrables digressions que l'on retrouve dans d'autres récits du même genre. Etorouji a un plan et il compte s'y tenir!
Bref, tous les ingrédients sont réunis pour faire d'Übel blatt un excellent seinen d'heroïc fantasy, à l'instar de son grand frère Berserk.


Les personnages


Une seule thématique réunit tous les personnages d'Übel Blatt: la thématique du masque. En effet chaque intervenant offre un double visage et décide bien souvent de cacher ses réelles motivations. Il devient difficile d'expliciter ce phénomène sans spoiler sur certains éléments de l'histoire. Je préfère donc m'abstenir et vous propose de passer directement aux présentations.


Köinzell: un guerrier aux multiples facettes


Au delà du scénario et de l'univers créé par Etorouji, c'est bel et bien le personnage de Köinzell qui donne toute cette saveur particulière à Übel Blatt.
Véritable pilier du manga, il impressionne tout d'abord  par sa détermination sans faille. Victime jadis d'un complot qui lui coûta énormément, il est revenu d'entre les morts sous une forme différente, bien décidé de se venger en tuant un à un ses anciens bourreaux.

Le second point à signaler, c'est justement son apparence... Celle d'un enfant de quinze ans! Pour un guerrier, on a déjà vu plus baraqué! Et pourtant, il ne faut surtout pas vous fier aux apparences... Köinzell est bel et bien un redoutable combattant, très charismatique et maîtrisant une multitude de techniques d'épée. Il dispose même de pouvoirs magiques grâce à son sang elfique... C'est un guerrier complet, à l'instar d'un Guts ou d'un Daï.

On peut néanmoins s'interroger sur le pourquoi d'un tel visage et d'un tel corps... En effet, n'est-ce pas une prise de risque de l'auteur, de proposer une apparence si angélique au héros d'une histoire si noire et violente?
Choix personnel ou volonté de plaire à un large public au détriment de la communauté restreinte des aficionados d'heroïc fantasy?
Pour ma part, j'opterai largement pour la seconde option. A l'heure actuelle, les références stylistiques servant à la création graphique des héros de shonen et de seinen sont en pleine mutation. Fini les hèros musclés, solitaires et sexués, place aux héros androgynes qui appartiennent à un groupe.

Köinzell s'inscrit entre ces deux mouvances. Il est doté d'une apparence enfantine et quelques illustrations d'Etorouji Shiono lui confèrent une certaine sensibilité (par exemple sur la couverture du tome 4, nous découvrons notre héros en larmes). On peut penser que ce choix stylistique va plaire à un lectorat féminin.
Néanmoins, Köinzell n'en reste pas moins un véritable guerrier, qui cherche souvent à agir de manière solitaire. Il fait également preuve de désir pour la gent féminine (le récit est parfois ponctué  de séquences de sexe assez explicites).

En définitive, Köinzell se pose comme un héros «complet», susceptible de plaire à presque tous les types de public.


Les autres personnages



Peepi



Peepi est un jeune réfugiée de la tribu des Milel-Milael. Ses oreilles pointues témoignent de ses origines elfiques. Elle rencontre notre héros alors qu'elle essayait de passer de manière clandestine un poste frontière. Koïnzell lui sauva la vie. Depuis lors, elle décide de voyager en sa compagnie. De par son jeune âge, elle n'est guère douée pour les arts guerriers. Elle possède néanmoins un certain don pour la danse.

Altea



Jolie jeune femme qui exerçait le métier de passeur clandestin dans la cité de Rielde Velem, jusqu'à sa rencontre avec Köinzell. Débusquée par les autorités, elle dut fuir en compagnie de Köinzell pour échapper à la potence. On peut dire qu'elle a un «petit faible» pour ce dernier, avec qui elle a eu une relation très intime... Sans être une guerrière de premier ordre, elle maîtrise le combat à l'épée. Elle a malheureusement tendance à perdre ses moyens.

Ato



Ato est la princesse de la tribu des Kschahlundo. Elle poursuit dans un premier temps notre héros, qu'elle accuse d'avoir tué son frère Krato. Elle finira par prendre conscience de son erreur et voyagera avec Köinzell. Ato est une guerrière accomplie, qui tire partie de son agilité. Malheureusement, son naturel belliqueux et son manque de tempérance lui jouent parfois des vilains tours...

Glenn



Glenn est l'un des 7 héros du royaume. Il est donc l'un des destinataires de la vengeance de Köinzell. C'est probablement l'un des plus puissants seigneurs de Szaaland. Il est aimé de son peuple, passé maître dans le maniement de l'épée et est entouré d'une garde d'élite nommée «L'ordre des chevaliers des sept lances».




Le volume 0


C'est suffisamment rare pour le signaler: La parution d'Übel Blatt n'a pas débuté avec un volume, mais deux!
Ce tome, qu'on appelle communément «volume 0», est une prequel qui nous permet de suivre certains évènements très importants qui se sont déroulés peu de temps avant les faits du premier tome.
Notre héros va affronter les 4 lances de la trahison (je vous invite à relire la partie «La légende des 14 lances sacrées» pour en savoir plus) dans les contrées sauvages de Sahrandien. A la tête d'une armée de brigands assoiffés de pillages, ces quatre «ex-héros»  sont bien décidés à semer le trouble et à se venger des 7 autres héros vertueux. Köinzell se dressera sur leur route, pour sauver le peuple mais aussi faire éclater la vérité (mais quelle vérité??).

Bien que la lecture de ce tome bonus ne soit pas essentielle pour comprendre les aventures de notre héros, elle reste fortement appréciable. Car ce tome est à mes yeux le meilleur volume d'Übel Blatt sorti à ce jour. Il exploité en effet à merveille tous les thèmes qui constituent le récit: action, épée  & magie, monstres... Les chapitres s'enchaînent selon un rythme endiablé et une narration particulièrement dynamique. Les combats sont superbement chorégraphiés... Etorouji Shiono est réellement au summum de son art pour ce volume bonus, tant scénaristiquement que graphiquement!



Graphismes et adaptation

Le style graphique d'Etorouji Shiono est très esthétique, voire à la limite de l'avant-gardisme étant donné le genre (Dark Fantasy) du récit. En effet le lecteur risque d'être surpris de découvrir des dessins si propres, nets et lisses alors que l'histoire se prêterait plus à des dessins sombres et partiellement brouillons, comme on peut le voir chez Berserk de Kentaro Miura. C'est le choix de l'auteur, qui traduit une fois de plus cette volonté de proposer un titre susceptible de plaire graphiquement à un maximum de lecteurs. Personnellement ce style propret ne me gêne aucunement.
On ressent tout de suite que Shiono est très à l'aise pour dessiner les phases d'action. Quel dynamisme!! C'est réellement un plaisir de suivre ce type de séquences... et pour notre plus grand plaisir, il y en a beaucoup! Certains plans en deviennent presque des tableaux épiques et nous «saisissent» littéralement par leur force. Je me souviens notamment du face à face entre Köinzell et Glenn, lors du deuxième volume... Impressionnant!


Le seul bémol concernant les  graphismes reste la manière plutôt redondante de l'auteur à dessiner la gent féminine. Même forme du visage, même forme des yeux et parfois même coupe de cheveux. Pour certains plans, j'en suis parfois arrivé à ne pas savoir faire la différence entre Ato et Altea!
Heureusement, ce point reste somme toute assez anecdotique.

Concernant l'adaptation, on ne peut que saluer le travail irréprochable des éditions Ki-oon. Le papier et l'impression sont de qualité.
Les onomatopées sont traduites et permettent donc une compréhension totale de l'œuvre. La traduction est excellente, tout comme le lettrage. Je n'ai relevé aucune coquille.
Enfin, on notera la présence d'une page couleur dans chaque volume. Pour un travail de cette qualité, le prix unitaire de 7.50 euros est appréciable.
Bref, c'est du très bon boulot!!



Conclusion

En définitive, Übel Blatt a toutes les cartes en main pour devenir un hit incontournable: scénario maîtrisé, dessins léchés, héros charismatique... Il suffit juste de laisser la série s'installer sur la durée  pour voir si Etorouji Shiono va conserver un tel niveau qualitatif... Je l'espère en tout cas!
Alors vous aussi, laissez-vous tenter par cette épopée unique qui ravira les fans d'héroïc fantasy... mais aussi les autres!


Note: Dans la présentation du personnage de Köinzell, la notion qui développe l'idée des deux types de héros est empruntée à un article de Sebastien Kimbergt intitulé «Ces mangas qui utilisent le yaoi pour vendre». Vous pouvez lire ce texte en vous procurant l'ouvrage Manga 10000 images des éditions H. Un livre très intéressant!


Dossier réalisé par shinob

© 2005 Etorouji Shiono / SQUARE ENIX

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D'où vient cette réplique ?
"l'homme n'est pas fait pour bouffer du poireau!"
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